Par Kylie Taggard

Tasse de café Profession Santé logo   23/11/2021

Les résultats d’un essai clinique randomisé suggèrent que la consommation de caféine n’augmenterait pas le risque de déclencher certaines arythmies.

La consommation de café était également associée à plus d’exercice, mais au détriment du sommeil.

Les résultats proviennent de l’essai CRAVE (« Coffee and real-time atrial and ventricular ectopy »), qui ont été publiés le 14 novembre lors des sessions scientifiques annuelles de l’American Heart Association.

Les séances ont eu lieu virtuellement et en personne à Boston.

L’essai a étudié les effets aigus de la consommation de caféine chez des personnes en bonne santé.

« Ces données s’ajoutent aux preuves de plus en plus nombreuses selon lesquelles les personnes souffrant d’arythmies supraventriculaires ou une fibrillation auriculaire, ou qui y sont à risque, ne devraient pas nécessairement éviter le café », a expliqué le Dr Gregory Marcus, électrophysiologiste et chercheur principal de l’étude.

Le Dr Marcus est professeur de médecine à l’Université de Californie à San Francisco.

L’analyse des données a toutefois suggéré que les personnes sujettes à des contractions ventriculaires prématurées ou à des arythmies ventriculaires devraient éviter de boire du café.

L’essai a randomisé 100 adultes en bonne santé qui étaient prêts à se passer de café pendant un maximum de deux jours consécutifs.

L’âge moyen était de 38 ans. Tous les participants ont reçu une montre FitBit, qui surveillait le nombre de pas et la durée du sommeil.

Ils ont été équipés d’un timbre pour la surveillance continue de l’ECG et du glucose, et les chercheurs ont génotypé tous les participants pour les SNP (polymorphismes du nucléotide simple) liés au métabolisme de la caféine.

Les participants ont reçu un texto tous les soirs avec l’instruction de consommer du café ou non le lendemain.

On leur a demandé d’appuyer sur un bouton du timbre de surveillance de l’ECG au moment où ils prenaient le café.

En moyenne, les participants ont porté le timbre de surveillance de l’ECG pendant 12,8 jours.

La consommation de café a été associée à beaucoup moins d’épisodes de tachycardie supraventriculaire (TSV) par rapport à l’abstention de café.

« Nous n’avons pu trouver aucune preuve que le café augmentait le risque de ces arythmies et, en fait, les résultats suggèrent que le café pouvait même réduire le risque de ces arythmies », a indiqué le Dr Marcus.

En revanche, consommer de la caféine a plus que doublé le risque de subir une contraction ventriculaire prématurée par rapport à ne pas prendre de café.

La consommation de café n’a eu aucun effet sur les niveaux de glucose.

Plus de pas, moins de sommeil

Le café a fait bouger les participants davantage. En buvant du café, les participants ont fait en moyenne 1058 pas de plus par jour que s’ils n’en buvaient pas.

Chaque verre de café supplémentaire s’est traduit par 587 pas supplémentaires par jour.

L’inconvénient, c’est qu’ils dorment moins: la consommation de café a entraîné une diminution moyenne de 36 minutes de sommeil par rapport à l’absence de café.

La constitution génétique des participants a affecté leur réponse au café.

Ceux qui ont une variante génétique qui les fait métaboliser la caféine plus lentement ont encore moins dormi après un café que ceux qui n’avaient pas cette variante génétique.

Les personnes qui avaient une variante associée au métabolisme rapide du café ont rapporté plus de TSV lorsqu’elles ont bu du café que celles sans variante génétique.

Alors que la plupart des études sur la consommation de café reposent sur l’autodéclaration, le Dr Marcus et ses collègues ont pris des mesures pour s’assurer que les changements dans l’ECG étaient bel et bien liés à la consommation d’une tasse de café.

Tout le café (même si les participants le buvaient les jours où s’ils étaient censés s’abstenir) était remboursé si les participants fournissaient un reçu horodaté.

Les participants ont téléchargé une application permettant de localiser leur emplacement afin de cartographier leurs visites dans les cafés.

On leur a également demandé d’appuyer sur un bouton de leur timbre ECG chaque fois qu’ils prenaient un café.

Le Dr Marcus a indiqué que la conformité au protocole de l’étude était bonne.

Patients jeunes

La Dre Sana Al-Khatib, électrophysiologiste et professeure de médecine au Duke University Medical Center, a commenté l’étude CRAVE lors des sessions scientifiques.

Elle a noté que la question du risque que la consommation de café déclenche des arythmies était importante.

« C’est une question que nous nous posons fréquemment dans la pratique clinique », a-t-elle expliqué.

Elle a souligné que les patients ayant participé à CRAVE étaient jeunes, avaient un faible IMC et pouvaient utiliser un téléphone.

« Ils ne sont pas représentatifs du patient moyen que nous voyons dans la pratique clinique », a-t-elle précisé.

La question de savoir si l’augmentation de l’activité physique avec le café se traduit par des résultats cliniques mérite une autre étude, a-t-elle ajouté la Dre Al-Khatib.

Autre étude

Le Dr Marcus était également chercheur dans un autre essai, appelé I-STOP AF.

Dans l’étude, les patients exposés à la caféine n’ont signalé aucune augmentation des épisodes de fibrillation auriculaire.

« Cela correspond tout à fait à d’autres données d’observation, démontrant de plus en plus que la caféine n’augmente pas nécessairement le risque de fibrillation auriculaire », a ajouté le Dr Marcus.

Si le café peut être un facteur de risque pour les épisodes de fibrillation auriculaire, l’alcool reste un élément déclencheur.

Dans l’étude I-STOP AF, lorsque les patients étaient exposés à l’alcool, les épisodes de fibrillation auriculaire étaient plus nombreux.

« Conformément à la littérature, l’alcool semble avoir un effet nocif à court terme concernant l’augmentation du risque d’épisode de fibrillation auriculaire », a expliqué le Dr Marcus.