Par Vanessa Milne et Justine Montminy

lit d'examen gynécologique Profession Santé logo 10/12/2021

Une vaste étude menée par des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) et publiée dans le New England Journal of Medicine révèle que de lever les restrictions entourant la prescription et l’usage de la pilule abortive (MifegymisoMD) au Canada n’a pas entraîné de retombées négatives.

Si elle est disponible au Canada depuis 2017, la pilule abortive n’a pas les mêmes restrictions partout au pays.

En effet, dans plusieurs provinces canadiennes, n’importe quel médecin peut la prescrire et les infirmières praticiennes spécialisées et les sage-femmes peuvent parfois également le faire.

Au Québec toutefois, la situation est différente. En effet, le Collège des Médecins du Québec considère que l’interruption de grossesse volontaire (IVG) constitue une activité qui relève du champ d’exercice de la médecine.

Ainsi, la prescription de la pilule abortive ne peut être faite dans la province que par des médecins pratiquant déjà des avortements dans leur pratique ou par des médecins ayant suivi une formation dans le domaine des IVGs

Deux modes de distribution existent pour permettre ensuite aux patients d’obtenir le médicament: la patiente peut obtenir le médicament en pharmacie après avoir reçu une ordonnance médicale, ou elle peut l’obtenir dans une clinique offrant des services d’IVG chirurgicale.

Bien que la pilule abortive soit gratuite au Québec depuis 2018, la firme Léger rapportait en juillet dernier que 61% des Québécoises ne savaient pas qu’une option non chirurgicale sous forme de pilule pour l’avortement est disponible.

L’étude de l’UBC montre notamment que l’approbation de la pilule abortive suivie par la levée de restrictions entourant sa prescription ne se sont pas traduites par une augmentation des avortements ni du nombre de complications de santé – déjà très rares – en lien avec l’IVG.

Pour parvenir à ce constat, les chercheurs ont examiné les données provenant de l’ICES sur 195 183 avortements en Ontario avant que la pilule abortive ne soit disponible, et sur 84 032 après qu’elle le soit.

« Les résultats de l’étude démontrent très clairement que les restrictions sur la pilule abortive ne sont pas nécessaires pour la sécurité des patientes », a affirmé l’une des coauteures, Elizabeth Darling, doyenne adjointe du département de formation des sages-femmes et professeure agrégée à l’Université McMaster.

Elle est également une scientifique à l’ICES, une communauté de recherche, de données et d’experts cliniques en Ontario.

« C’est la preuve la plus solide à ce jour qu’il est sécuritaire de fournir la pilule abortive comme la plupart des autres ordonnances, ce qui signifie que n’importe quel médecin ou infirmier praticien peut la prescrire, n’importe quel pharmacien peut la délivrer et les patientes peuvent la prendre où et quand elles le souhaitent » a partagé la coauteure, Laura Schummers, fellow postdoctoral au département de médecine familiale de l’UBC.

L’étude démontre que la proportion d’avortements réalisés au moyen de la pilule abortive est passé de 2,2% à 31,4% des avortements. L’avortement médicamenteux offre l’avantage de pouvoir se faire plus tôt dans la grossesse, et à domicile. De plus, le nombre total d’avortements a diminué chez les femmes de 15 à 49 ans, passant de 11,9 à 11,3 avortements pour 1 000 femmes.

« Nous avons constaté que le taux d’avortement continuait de baisser après la disponibilité de la pilule abortive en tant que prescription normale », explique l’une des autres coauteures de l’étude, la Dre Sheila Dunn, scientifique et médecin de famille au Women’s College Hospital de Toronto.

« Comme d’autres études l’ont montré, rendre l’avortement plus accessible n’augmente pas le nombre de personnes cherchant à avorter. »

Le Canada a été le premier pays à éliminer des restrictions supplémentaires sur la façon dont le médicament a été distribué et administré, et bon nombre de ces règlements sont toujours en vigueur dans d’autres pays, y compris les États-Unis. Cette étude suggère que ceux-ci ne sont pas nécessaires.

« Il n’y a aucune justification scientifique aux restrictions de la pilule abortive, qui ne font que compliquer l’accès des personnes aux soins dont elles ont besoin.

L’expérience du Canada offre une feuille de route pour d’autres pays sur la façon d’améliorer en toute sécurité l’accès aux services de planification familiale », a indiqué l’auteure principale de l’étude, la Dre Wendy Norman, professeure au département de médecine familiale de l’UBC.