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En octobre 2021, une équipe de chercheurs new-yorkaise a réussi à transplanter le rein d’un porc à un humain, sans que le corps du receveur ne rejette l’organe.

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franceinfo avec AFP France Télévisions Mis à jour le 10/01/2022 23:51

Des chirurgiens à Baltimore (Etats-Unis), le 7 janvier 2022. (UNIVERSITY OF MARYLAND SCHOOL OF MEDICINE / AFP)

Des chirurgiens à Baltimore (Etats-Unis), le 7 janvier 2022. (UNIVERSITY OF MARYLAND SCHOOL OF MEDICINE / AFP)

« C’est une avancée chirurgicale majeure et qui nous rapproche encore un peu plus d’une solution à la pénurie d’organes », s’est félicité le docteur Bartley Griffith, qui a réalisé la transplantation.

Pour la première fois, des chirurgiens américains ont réussi à greffer sur un patient humain un cœur issu d’un porc génétiquement modifié, a annoncé lundi 10 janvier l’école de médecine de l’université du Maryland.

L’opération a été menée vendredi et a permis de montrer qu’un cœur d’animal pouvait continuer à fonctionner à l’intérieur d’un humain sans rejet immédiat, a expliqué l’institution dans un communiqué.

« C’était soit la mort, soit cette greffe »

David Bennett, 57 ans, qui a reçu le cœur porcin, avait été déclaré inéligible à recevoir une greffe humaine.

Il est désormais étroitement suivi par les médecins pour s’assurer que le nouvel organe fonctionne correctement.

« C’était soit la mort, soit cette greffe. Je veux vivre. Je sais que c’est assez hasardeux, mais c’était ma dernière option », a déclaré ce résident du Maryland un jour avant son opération, selon l’école de médecine.

« J’ai hâte de pouvoir sortir de mon lit une fois que je serai rétabli », a-t-il poursuivi, qui a passé les derniers mois alité et branché à une machine qui le maintenait en vie.

Le porc dont provient le cœur a été génétiquement modifié pour ne plus produire un type de sucre présent normalement sur toutes les cellules des porcs et qui provoque un rejet immédiat de l’organe.

Cette modification génétique a été effectuée par l’entreprise Revivicor, qui avait aussi fourni un rein de porc que des chirurgiens avait connecté avec succès aux vaisseaux sanguins d’un patient en état de mort cérébrale à New York en octobre.

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AP NOUVELLES

En 1ère, des chirurgiens américains transplantent du cœur de porc chez un patient humain

Par CARLA K. JOHNSONhier

Sur cette photo fournie par la faculté de médecine de l’Université du Maryland, des membres de l’équipe chirurgicale montrent le cœur de porc à transplanter chez le patient David Bennett à Baltimore le vendredi 7 janvier 2022. Le lundi 10 janvier 2022, l’hôpital a déclaré qu’il allait bien trois jours après la chirurgie hautement expérimentale. (Mark Teske / École de médecine de l’Université du Maryland via AP)1 sur 5

Sur cette photo fournie par la faculté de médecine de l’Université du Maryland, des membres de l’équipe chirurgicale montrent le cœur de porc à transplanter chez le patient David Bennett à Baltimore le vendredi 7 janvier 2022. Le lundi 10 janvier 2022, l’hôpital a déclaré qu’il allait bien trois jours après la chirurgie hautement expérimentale. (Mark Teske / École de médecine de l’Université du Maryland via AP)

Dans une première médicale, les médecins ont transplanté un cœur de porc dans un patient dans un dernier effort pour lui sauver la vie et un hôpital du Maryland a déclaré lundi qu’il allait bien trois jours après la chirurgie hautement expérimentale.

Bien qu’il soit trop tôt pour savoir si l’opération fonctionnera vraiment, elle marque une étape dans la quête de plusieurs décennies pour utiliser un jour des organes d’animaux pour des greffes vitales. Les médecins du centre médical de l’Université du Maryland affirment que la greffe a montré qu’un cœur d’un animal génétiquement modifié peut fonctionner dans le corps humain sans rejet immédiat.

Le patient, David Bennett, un bricoleur du Maryland âgé de 57 ans, savait qu’il n’y avait aucune garantie que l’expérience fonctionnerait, mais il était mourant, inéligible à une transplantation cardiaque humaine et n’avait pas d’autre option, a déclaré son fils à l’Associated Press.

« C’était soit mourir, soit faire cette greffe. Je veux vivre. Je sais que c’est un coup dans le noir, mais c’est mon dernier choix », a déclaré Bennett un jour avant l’opération, selon un communiqué fourni par la faculté de médecine de l’Université du Maryland.

Lundi, Bennett respirait seul alors qu’il était toujours connecté à une machine cœur-poumon pour aider son nouveau cœur. Les prochaines semaines seront cruciales alors que Bennett se remet de l’opération et que les médecins surveillent attentivement la santé de son cœur.

Il y a une énorme pénurie d’organes humains donnés pour la transplantation, ce qui pousse les scientifiques à essayer de comprendre comment utiliser des organes animaux à la place. L’année dernière, il y a eu un peu plus de 3 800 transplantations cardiaques aux États-Unis, un nombre record, selon le United Network for Organ Sharing, qui supervise le système de transplantation du pays.

« Si cela fonctionne, il y aura un approvisionnement infini de ces organes pour les patients qui souffrent », a déclaré le Dr Muhammad Mohiuddin, directeur scientifique du programme de transplantation animal-humain de l’université du Maryland.

Mais les tentatives antérieures de telles greffes – ou xénotransplantation – ont échoué, en grande partie parce que le corps des patients a rapidement rejeté l’organe animal. Notamment, en 1984, Baby Fae, un nourrisson mourant, a vécu 21 jours avec un cœur de babouin.

La différence cette fois: les chirurgiens du Maryland ont utilisé un cœur d’un porc qui avait subi une modification génétique pour éliminer un sucre dans ses cellules qui est responsable de ce rejet d’organe hyper-rapide. Plusieurs sociétés de biotechnologie développent des organes de porc pour la transplantation humaine; celui utilisé pour l’opération de vendredi provenait de Revivicor, une filiale de United Therapeutics.

« Je pense que vous pouvez le caractériser comme un événement décisif », a déclaré le Dr David Klassen, médecin en chef de l’UNOS, à propos de la greffe du Maryland.

Pourtant, Klassen a averti qu’il ne s’agissait que d’une première étape provisoire pour déterminer si cette fois-ci, la xénotransplantation pourrait enfin fonctionner.

La Food and Drug Administration, qui supervise de telles expériences, a autorisé la chirurgie en vertu de ce qu’on appelle une autorisation d’urgence « d’usage compassionnel », disponible lorsqu’un patient atteint d’une maladie potentiellement mortelle n’a pas d’autres options.

Il sera crucial de partager les données recueillies lors de cette greffe avant de l’étendre à d’autres patients, a déclaré Karen Maschke, chercheuse au Hastings Center, qui aide à élaborer des recommandations éthiques et politiques pour les premiers essais cliniques grâce à une subvention des National Institutes of Health.

« Se précipiter dans des greffes d’animaux à humains sans cette information ne serait pas conseillé », a déclaré Maschke.

Au fil des ans, les scientifiques sont passés des primates aux porcs, bricolant leurs gènes.

Pas plus tard qu’en septembre dernier, des chercheurs de New York ont réalisé une expérience suggérant que ces types de porcs pourraient offrir des promesses pour les greffes d’animaux à humains. Les médecins ont temporairement attaché le rein d’un porc à un corps humain décédé et l’ont vu commencer à fonctionner.

La greffe du Maryland fait passer leur expérience au niveau supérieur, a déclaré le Dr Robert Montgomery, qui a dirigé ce travail à NYU Langone Health.

« C’est une percée vraiment remarquable », a-t-il déclaré dans un communiqué. « En tant que receveur d’une transplantation cardiaque, moi-même atteint d’une maladie cardiaque génétique, je suis ravi de cette nouvelle et de l’espoir qu’elle donne à ma famille et à d’autres patients qui seront éventuellement sauvés par cette percée. »

L’opération de vendredi dernier a duré sept heures à l’hôpital de Baltimore. Le Dr Bartley Griffith, qui a effectué l’opération, a déclaré que l’état du patient – insuffisance cardiaque et rythme cardiaque irrégulier – le rendait inéligible à une transplantation cardiaque humaine ou à une pompe cardiaque.

Griffith avait transplanté des cœurs de porc dans environ 50 babouins en cinq ans, avant d’offrir l’option à Bennett.

« Nous apprenons beaucoup chaque jour avec ce monsieur », a déclaré Griffith. « Et jusqu’à présent, nous sommes heureux de notre décision d’aller de l’avant. Et il l’est aussi : un grand sourire sur son visage aujourd’hui. »

Les valves cardiaques de porc sont également utilisées avec succès depuis des décennies chez l’homme, et le fils de Bennett a déclaré que son père en avait reçu une il y a environ dix ans.

En ce qui concerne la transplantation cardiaque, « Il se rend compte de l’ampleur de ce qui a été fait et il réalise vraiment l’importance de cela », a déclaré David Bennett Jr. « Il ne pouvait pas vivre, ou il pouvait durer une journée, ou il pouvait durer quelques jours. Je veux dire, nous sommes dans l’inconnu à ce stade. »

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Lauran Neergaard, rédactrice médicale de l’AP, y a contribué.

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Le département de la santé et des sciences de l’Associated Press reçoit le soutien du département de l’enseignement des sciences du Howard Hughes Medical Institute. L’AP est seul responsable de tout le contenu.

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Implantation d’un cœur de porc chez un patient : « le futur, c’est maintenant »

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Description générée automatiquement Publié le 11/01/2022

Le chirurgien et son patientBaltimore, le mardi 11 janvier 2022 –

L’indispensable prudence est évidemment rappelée.

« Nous procédons avec précaution » assure ainsi le Dr Bartley Griffith qui vendredi dernier a conduit à l’hôpital universitaire du Maryland une intervention étymologiquement extraordinaire : l’implantation d’un cœur de porc chez un homme vivant, qui aujourd’hui se porte le mieux possible.

Cette vigilance n’empêche cependant pas l’enthousiasme qui se lit dans toutes les déclarations des spécialistes qui ont participé directement ou indirectement à cette prouesse.

Le Dr E. Albert Reece responsable des affaires médicales au sein de l’Université et le Pr Akiko K. Bowers commentent ainsi (en toute modestie) : « Nos équipes de chirurgiens transplanteurs sont les plus talentueuses du pays et nous permettent de concrétiser les promesses de la xénotransplantation.

Nous espérons que viendra le jour où ce type de technique deviendra une pratique de routine ».

Alors que d’autres saluent également un moment « historique » ou en tant que pionniers de la greffe se félicitent de pouvoir assister à cette étape majeure, le président du centre médical de l’Université du Maryland, Bert W. O’Malley affirme : « Je ne pourrais pas être plus fier d’affirmer que le futur c’est maintenant ».

Soit la mort, soit cette greffe

David Bennett, 57 ans, est atteint d’insuffisance cardiaque terminale.

Alors qu’il avait dû être placé sous ECMO il y a six semaines en raison de la dégradation de son état, plusieurs centres de transplantation dont l’Université du Maryland avaient considéré impossible son inscription sur la liste d’attente des patients en attente de greffe ou le recours à un cœur artificiel.

C’est alors que les équipes de chercheurs et de cliniciens de l’hôpital de Baltimore évoquent avec David Bennett et sa famille la possibilité d’une xénotransplantation à titre compassionnel.

Pendant plusieurs heures, les détails de cette intervention sont expliqués au patient et notamment les nombreuses incertitudes.

« C’était soit la mort, soit cette greffe. Je veux vivre. Je sais que c’est assez hasardeux, mais c’était ma dernière option » a fini par conclure le patient.

Modification génétique

Le cœur greffé à David Bennett est le fruit de longues années de recherche conduites par les équipes des Dr Griffith et Mohiuddin.

La particularité du greffon est notamment d’avoir été génétiquement modifié, afin d’inhiber sa production de glycane, un sucre secrété par le porc à l’origine d’une réponse immunitaire importante chez l’humain et qui avait été identifié comme la cause du rejet cataclysmique dont avait été victime une jeune femme de 26 ans en 1993 (elle avait reçu une greffe de foie de cochon).

La production de ces cœurs de porc modifiés a été réalisée par l’entreprise américaine Revicivor (qui appartient à United Therapeutics) en collaboration avec les équipes de l’Université du Maryland.

Par ailleurs, après son prélèvement sur le porc, le cœur a été placé dans un appareil qui permet de perfuser en sang oxygéné le cœur battant et ce jusqu’au moment de l’implantation.

Enfin, le patient reçoit en plus du traitement immunosuppresseur classique, un nouveau médicament, encore au stade expérimental, développé par Kiniksa Pharmaceuticals.

Aujourd’hui, David Bennett se porte bien et a hâte de pouvoir sortir de son lit.

Accélération de la recherche clinique

Cette intervention a été réalisée un peu plus de trois mois après celle conduite par le Pr Robert Montgomery à l’hôpital NYU de Langone de New-York qui avait consisté à un implanter un rein de porc chez un patient en état de mort cérébrale, dont la famille avait accepté la réalisation de cette expérimentation avant le débranchement des appareils le maintenant en vie.

Pendant, les trois jours d’observation, aucun signe de rejet n’avait été constaté tandis que très rapidement, une fonction rénale normale a pu être rétablie avec des niveaux de créatinine satisfaisants.

Si la prudence reste de mise, tant l’intervention de New-York que celle réalisée à Baltimore constituent des étapes majeures pour le développement de la xénotransplantation.

Or, celle-ci est depuis longtemps considérée comme une réponse aux problèmes de pénurie de greffons auxquels se heurtent tous les pays qui connaissent une activité de transplantation soutenue.

Aux États-Unis, par exemple 7 000 personnes meurent chaque année sur une liste d’attente faute de greffe.

Dans ce cadre, au fur et à mesure des expérimentations (et plus encore après l’expérience douloureuse de « Baby Fae » qui, n’avait survécu que 20 jours après avoir reçu un cœur de babouin en 1984), il est apparu que les organes de cochon constituaient les candidats les plus prometteurs.

Leurs atouts sont en effet nombreux : une physiologie extrêmement proche de la nôtre, une production industrielle parfaitement rodée et le fait que les porcs atteignent leur taille adulte en neuf mois, soit quinze fois plus vite que les primates.

Aurélie Haroche

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