Philippe Gouard : « Le jeu est ouvert »
 
« A deux ans des Jeux, nous ouvrons à un maximum d’athlètes la possibilité de participer à toutes les grandes compétitions internationales, nous voulons donner sa chance à chacun » dit d’entrée Philippe Gouard, qui cumule les fonctions de DTN et de directeur de l’équipe de France de voile, reprenant le rôle que tenait Claire Fountaine jusqu’aux JO de Pékin 2008.
 
L’effet de cette politique d’ouverture, qui s’applique aussi à l’encadrement à travers un renouvellement des générations, se fait sentir en 2010. Les résultats dans toutes les séries olympiques (au nombre de 10) sont excellents, comme le démontre la récente performance d’ensemble à la Semaine Olympique Française (SOF) de Hyères fin avril : 9 podiums dont trois victoires. « Nous avons récemment appris que nous passions première Nation au classement mondial de l’ISAF (Fédération Internationale de Voile). C’est-à-dire devant les Anglais. C’est un évènement important, cela montre que nous sommes capables de les battre chez eux, à Weymouth en 2012. Il faut savoir qu’ils ont fait de la voile une de leurs priorités pour ces Jeux. Ils ont parlé de 10 médailles ! ».
 
 
Nicolas Charbonnier et Baptiste Meyer Dieu (470)
 
Pour aller défier les marins d’Albion dans leur fief, il faudra tout d’abord s’assurer une participation maximum, c’est-à-dire qualifier toutes les séries pour les Jeux Olympiques : planche à voile RS :X, 470, Laser, Finn, 49er et Star pour les hommes; RS :X, 470, Laser Radial et Elliott 6 (match racing) pour les femmes.
 
« La distribution des quotas Olympiques aura lieu lors des championnats du monde 2011 à Perth en Australie. L’idée est bien sûr de qualifier tout le monde. A Pékin, nous avions emmené 10 séries sur 10. Cette fois, nous renouvelons ce pari d’être présents partout. Et notre but sera d’avoir 10 finalistes en « medal races » et 5 à 6 médailles à Londres. Aujourd’hui, nous avons le potentiel pour réaliser cet exploit et je crois que les coureurs comme les coaches-managers sont demandeurs d’un tel pari».
 
Julien Dortoli et Noé Delpech (49er)
 
« Je serai le seul sélectionneur»
 
L’abondance de biens, la présence de plusieurs navigateurs et navigatrices français de très haut niveau dans chaque discipline, entraîne la question de la sélection olympique, étant donné que les places acquises à Perth ne seront pas nominatives. « Je serai le seul sélectionneur. En juin, puis en novembre 2010, j’éditerai les principes sur lesquels je me baserai, les critères sur lesquels je m’appuierai pour décider qui ira défendre ses chances aux Jeux. Le but est de sortir de l’aspect purement mathématique. Ce sera au cas par cas. Certaines séries, qui font plus appel à la technologie, auront besoin d’être fixées plus tôt que d’autres, pour lesquelles la sélection pourrait se faire le plus tard possible. Je prendrai en compte le fait que pour les Jeux, épreuve atypique, il faut des coureurs atypiques. Certains et certaines ont ce profil, d’autres l’ont moins tout en étant d’excellents coureurs. Il faut des marins solides capables de se sublimer dans des conditions de stress extrêmes, il faut qu’ils soient susceptibles de reproduire un niveau de jeu très élevé sur une durée déterminée et aux jours J ».
 
Pour ce travail de sélection, Philippe Gouard compte s’entourer d’un collège d’experts, « qui n’ont pas tous un regard spécifique sur la voile, mais qui ont la culture du très haut niveau, je pense à des gens comme Fabien Canu, Claude Fauquet, Philippe Bana ou Patrick Cluzaud », tous anciens ou actuels DTN.
 
Le jeu est ouvert, à tous les niveaux. Ainsi, non content d’offrir leur chance aux jeunes espoirs de la voile (tels les équipagesEmmanuelle Rol/Hélène Defrance en 470 dames ou Julien Dortoli/Noe Delpech en 49er, qui ont brillé à la SOF de Hyères), le DTN/directeur de l’équipe de France ouvre aussi en grand la porte à de jeunes entraîneurs qui sont souvent, comme Nicolas Le Berre, Gildas Philippe ou Nicolas Huguet, des champions de voile olympique tout juste retirés de la compétition. « Je leur laisse un maximum d’autonomie. Je suis exigeant sur les résultats et j’attends d’eux une motivation extrême. Cet élan de jeunesse, du côté des coureurs comme des entraîneurs, est un des facteurs de nos succès. Il faut d’abord avoir la motivation, le reste s’acquiert ensuite. Je me place en metteur en scène, je place la barre le plus haut possible et je laisse les groupes fonctionner ».
 
 
Emmanuelle Rol et Hélène Defrance (470)
 
Des « coaches managers »
 
Philippe Gouard insiste sur le rôle qu’il entend voir jouer par ses jeunes entraîneurs, celui de « coach-manager » : « Ils doivent se comporter en chefs de projet, capables de créer de la performance. Il faut oublier cette obsession pour le savoir technique, la connaissance. Il faut faire du coaching et mettre avant tout l’accent sur le facteur humain ».
 
Enfin, le patron de la voile française, qui loue le fonctionnement du tandem qu’il forme avec le président de la Fédération Française de Voile, Jean-Pierre Champion, note qu’il n’y a que deux pays qui visent présence et résultats dans l’ensemble des séries de la voile olympique : la France et l’Angleterre.
 
« Notre chance, c’est d’avoir au moins deux équipages de niveau mondial dans pratiquement chaque discipline. Tout le monde devra rester mobilisé. Il y aura les sélectionnés et les remplaçants, et pas de chèque en blanc. La possibilité d’effectuer des changements existera jusqu’au bout. Il faut sécuriser les athlètes tout en restant vigilant sur la performance. Nous nous programmons sur un potentiel de 5 ou 6 médailles aux Jeux. Je dois cela à tous mes coureurs et tous mes coachs qui ne comprendraient pas que je ne leur fasse pas confiance dans cette projection pour les médailles aux JO. Nous aurons des hauts et des bas d’ici là et l’important est de préserver un climat de confiance, de solidarité et surtout faire preuve d’énormément d’humilité au quotidien car dans le sport de haut niveau tout est extrêmement fragile. Il faut rester en alerte, en permanence car rien n’est jamais acquis », conclut-il. Au travail !