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POKEMON GO : L’effet bénéfique ne dure qu’un temps…                      
Publiée le 15/12/2016 par P. Bernanose   

BMJ

Des effets bénéfiques pour la pratique de l’activité physique, en général, de très courte durée, c’est le bilan de cette étude de la Harvard TH Chan School of Public Health sur Pokémon Go, le premier jeu favorisant la marche…dans la vraie vie. Le jeu, téléchargé plus d’un demi-milliard de fois n’aiderait donc pas tant que ça à rester en forme et en bonne santé. Données publiées dans le British Medical Journal.

Il s’agit ici d’un sondage mené auprès de joueurs de Pokémon Go américains, âgés de 18 à 35 ans. L’analyse révèle que le niveau moyen d’activité quotidienne des joueurs retombe à son niveau antérieur, 6 semaines après le téléchargement du jeu : les joueurs marchent au début environ 11 minutes de plus par jour dans la première semaine du téléchargement, mais même cette augmentation d’activité est bien inférieure à toute intervention visant à augmenter la marche : soit une augmentation quotidienne moyenne de 995 pas dans la première semaine de téléchargement du jeu, bien inférieure aux 2.500 pas supplémentaires par jour de tout programme d’activité.

Les chercheurs ont recruté 1.182 volontaires équipés de téléphones iPhone 6, qui enregistrent automatiquement le nombre de pas effectués par leurs utilisateurs. Les participants ont partagé leurs données et renseigné par questionnaire leur pratique du jeu Pokémon GO (temps passé, distance marchée…). Les chercheurs ont suivi ainsi la distance effectuée pat les joueurs durant 10 semaines, 4 avant le téléchargement du jeu et 6 après et comparé le nombre de pas des joueurs de Pokémon GO à ceux de joueurs qui n’avaient pas téléchargé le jeu. Enfin, les chercheurs ont pris en compte les facteurs de confusion possibles, dont l’âge, le niveau de revenu, l’origine ethnique, le lieu de vie, l’IMC etc…

– 47,4% des participants à l’étude ont téléchargé Pokémon GO et joué,

– dans les semaines qui précédaient le téléchargement, leur nombre de pas était semblable à celui des non-joueurs (soit une moyenne de 4.256 pas par jour vs 4.126 pour les non-joueurs).

– après téléchargement, la distance de marche des joueurs a augmenté de 5.123 pas la première semaine, puis a commencé à diminuer progressivement jusqu’au niveau d’avant.

Précisément, les différences entre joueurs et non-joueurs sont les suivantes :

Semaine 1 : 995 pas

Semaine 2 : 900 pas

Semaine 3 : 544 pas

Semaine 4 : 446 pas

Semaine 5 : 381 pas

Semaine 6 : 130 (différence non statistiquement significative)

Bref, un effet physique de courte durée, mais peut-être d’autres avantages, comme la bonne humeur et le contact social ?

Source: BMJ 2016;355: i6270 December 13 2016 

Gotta catch’em all! Pokémon GO and physical activity among young adults: difference in differences study 

  Cardio

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En meilleure santé depuis que vous chassez le Pokémon ?

  Publié le 19/12/2016

Le lancement du jeu Pokemon Go en juillet dernier a fait l’effet d’un véritable raz- de-marée. Plus de 500 millions de téléchargements ont été effectués à travers le monde. Beaucoup se sont réjouis de cet engouement, enthousiasmés à la vue de ces hordes de « dresseurs » se ruant à travers rues et jardins à la recherche de leurs petites figurines. Et l’on se souvient du tweet de notre ministre de la santé : « À tous les dresseurs : sortez, marchez, c’est bon pour la santé ». Mais cela correspond-il à une réalité ? La chasse au Pokemon a-t-elle réellement contribué à l’amélioration de l’activité physique ? Pas si sûr…

Une équipe états-unienne a en effet mené une enquête en ligne, recrutant des utilisateurs de smartphones équipés d’un compteur de pas et amateurs du jeu Pokemon Go. Plus de 1 100 personnes âgées de 18 à 35 ans ont accepté de participer à cette enquête, la moitié d’entre elles étant des joueurs, au moins de niveau 5. L’objectif de l’étude était de comparer le nombre de pas enregistré dans le smartphone au cours des 4 semaines précédant l’installation du jeu et pendant les semaines suivant cette installation.

Loin des objectifs de L’OMS

En moyenne, 4 256 pas sont effectués par jour avant la mise en route du jeu. Chez les joueurs, ce nombre de pas augmente rapidement dès le lancement du jeu, en moyenne de 955 pas par jour. Mais les choses se gâtent très rapidement, puisque ce nombre diminue graduellement, pour retrouver son état antérieur 6 semaines après l’installation du jeu.

Estimant la longueur de pas à 0,80 m, et la vitesse des joueurs de 4 km/h, l’augmentation de l’activité physique quotidienne au cours de la première semaine peut être estimée à 11 mn supplémentaire de marche quotidiennement, soit moins de 80 mn par semaine, soit la moitié de ce que préconise l’organisation mondiale de la santé (150 mn ou plus par semaine). Les interventions conçues pour augmenter l’activité physique cherchent quant à elles à atteindre au moins 2 500 pas quotidiens supplémentaires.

Au risque de décevoir notre ministre de la santé, Pokemon Go n’était pas l’instrument inespéré qui allait réduire la sédentarité. Même si l’amélioration constatée peut être considérée comme étant « mieux que rien », son maintien trop bref dans le temps laisse craindre un bénéfice plutôt modeste. Sans compter qu’un nombre non négligeable d’accidents ont été relatés, provoqués ici et là par l’inattention des joueurs.

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCES

Howe BK et coll. : Gotta catch’em all! Pokémon GO and physical activity among young adults: difference in differences study.
BMJ 2016; 355: i6270

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