Publié le 24/08/2021

Les évènements « néfastes » (EN) vécus pendant l’enfance englobent les mauvais traitements, les violences dans le foyer, la négligence, les fessées et autres punitions corporelles…

Ils peuvent être à l’origine de troubles du comportement à la fois intériorisés et extériorisés.

Les publications consacrées à ces EN examinent a posteriori devant des troubles du comportement de l’enfant ou de l’adulte l’association à des mauvais traitements antérieurs.

Des chercheurs en sciences sociales de l’Université d’Ann Harbor (Michigan) ont conduit une étude prospective sur les effets à long terme des punitions et EN entre 3 et 5 ans.

Les paramètres qui pouvaient interférer ont été contrôlés : âge des parents, ethnie, niveau d’éducation, statut socio-économique et voisinage, car l’association à un environnement défavorable joue un rôle sur le développement.

L’analyse s’est basée sur un échantillon d’enfants nés entre 1998 et 2000 (Fragile Families and Child Wellbeing Study) de 4 898 enfants vivant dans 20 villes de plus de 20 000 habitants.

Dans cette population, les mères non mariées représentaient près de trois quarts des cas.

Les mères ont eu un entretien à l’hôpital à la naissance (étape 1) puis des entretiens de suivi par téléphone lorsque les enfants étaient âgés d’un an (étape 2), de 3 ans (3), de 5 ans (4), de 9 ans (5) et de 15 ans (6).

L’échantillon analysé a été limité aux familles qui avaient participé aux étapes 3 et 4 (renseignements sur les mauvais traitements et le comportement) et pour lesquelles on avait des données sur le voisinage (n = 2 380).

Des conséquences sur le comportement de l’enfant indiscernables de ceux d’événements plus « graves »

Les problèmes de comportement rapportés par la mère ont été cotés 0, ou 1 (parfois), ou 2 (souvent).

Les troubles du comportement extériorisés à 5 ans étaient évalués à partir de 20 items concernant l’attitude de l’enfant vis-à-vis des objets et l’agressivité contre les personnes.

L’analyse des troubles intériorisés reposait sur 22 items : tristesse, dépression, plaintes, manque d’énergie.

Parmi les EN à l’âge de 3 ans, outre les fessées étaient retenus 9 items : les violences physiques, les violences émotionnelles, la négligence physique ou émotionnelle, l’exposition de la mère aux violences du partenaire, les problèmes de santé mentale des parents, l’usage de drogues, l’incarcération des parents et les décès.

Des modèles à niveaux multiples ont évalué les associations entre EN, fessées et troubles du comportement, ajustés en fonction des problèmes préexistants, des données démographiques et du voisinage.

À l’âge de 3 ans, 58 % des enfants avaient été victimes d’EN et 55 % avaient été fessés par leur mère ; les EN les plus fréquents étaient les maladies mentales des parents (30,5 %) et les violences physiques (19,5 %).

Le nombre total d’EN était plus important chez les enfants qui avaient été fessés.

Les mères qui fessaient leur enfant rapportaient à 3 et à 5 ans un taux plus élevé de troubles intériorisés et extériorisés (P < 0,001).

Cependant, après corrections en fonction des covariables, les fessées n’étaient pas associées significativement aux troubles intériorisés.

L’association entre EN, fessées et troubles du comportement extériorisés était statistiquement impossible à distinguer.

EN et fessées à 3 ans apparaissent comme des facteurs de risque distincts d’augmentation des problèmes de comportement extériorisés à 5 ans, indépendamment des problèmes de comportement antérieurs et de l’environnement démographique et de voisinage.

Les événements néfastes vécus pendant l’enfance et les fessées ont la même conséquence sur les troubles du comportement extériorisés à l’âge de 5 ans.

Pr Jean-Jacques Baudon

RÉFÉRENCE: Ma J et coll. : Adverse childhood experiences and spanking have similar associations with early behavior problems. J Pediatr 2021; 235: 170-177

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