Revue de presse Mediscoop du 18-11-2019

Le Figaro

C’est ce que titre Le Figaro, qui relève qu’« il y a encore beaucoup à attendre, et à espérer, de la pharmacologie et de médicaments plus efficaces et mieux tolérés pour réduire les douleurs rebelles ».

Le Pr Michel Hamon, neuropharmacologue et membre de l’Académie de pharmacie, observe ainsi que « la question est d’une actualité brûlante, pas seulement pour des raisons thérapeutiques… D’abord, parce qu’il est de bon ton de jeter l’anathème sur les médicaments. […] Ensuite, parce que les médicaments, tout particulièrement ceux contre la douleur, sont trop banalisés et souvent mal utilisés ».

Le Pr Hamon souligne en effet que « les médicaments opiacés (ou opioïdes), ces antidouleurs morphiniques dérivés de l’opium, sont responsables d’une crise sanitaire sans précédent aux États-Unis. En France, grâce à la réglementation et l’encadrement de la délivrance de ces médicaments, nous en sommes très loin, heureusement ; mais l’Agence nationale du médicament (ANSM) fait état d’une augmentation de la prescription d’opioïdes d’environ 150% entre 2006 et 2017 ».

« Cette augmentation traduit une meilleure prise en charge de la douleur, et l’on doit s’en féliciter. Mais elle s’accompagne aussi de mésusage et de décès par overdose (200 à 300 par an) », note le spécialiste.
Il explique notamment que « la surconsommation des opioïdes, au départ pour la recherche de leurs effets euphorisants, ensuite pour réduire l’état de souffrance créé par leur potentiel addictif (et la recherche de leurs effets «antidépresseurs», à la mode américaine), peut provoquer une dépression respiratoire et in fine l’arrêt cardio-respiratoire. Aussi le tramadol, antalgique opioïde le plus prescrit aujourd’hui, fait-il l’objet d’une attention toute particulière de la part des autorités sanitaires ».

Le Pr Hamon rappelle que « même le paracétamol pose problème. Avec plus de 400 millions de boîtes vendues annuellement, la France est la plus forte consommatrice en Europe, et aussi en tête pour le nombre d’atteintes (hépatiques, rénales…) majeures, et de décès par surdosage ».

Le neuropharmacologue continue : « La douleur est certes liée à une atteinte physique, mais elle comporte aussi une forte composante psychique (affective, émotionnelle), et les deux peuvent intervenir dans des proportions respectives différentes d’un type de douleur à un autre (la « douleur morale », sans atteinte organique apparente, n’est d’ailleurs pas un vain mot !) ».

« Du fait de cette hétérogénéité, divers traitements médicamenteux, ciblés sur la composante physique, la composante affective/psychique, voire les deux, sont donc envisageables. […] Souvent, la composante psychique est essentielle, comme le démontre l’efficacité antalgique d’un placebo, qui n’a, par définition, aucun effet pharmacologique. Ce qui compte, c’est le conditionnement du patient en attente d’un effet bénéfique et le lien empathique avec le soignant », poursuit le Pr Hamon.

Le spécialiste souligne enfin que « même si la thérapeutique a progressé ces dernières années, les douleurs chroniques restent un problème de santé publique majeur, puisque plus de la moitié des personnes qui en souffrent ne sont pas (ou trop peu) soulagées par les traitements antalgiques «multi-modaux» disponibles ».

« La mise en œuvre d’outils d’investigation de plus en plus performants (modélisation moléculaire, génétique, épigénétique, neuro-imagerie…) contribue à l’élucidation des mécanismes biologiques en cause et à l’identification de nouvelles cibles moléculaires pour des stratégies thérapeutiques innovantes. C’est ainsi qu’on vient de mettre au point de nouveaux médicaments pour le traitement de fond de la migraine », relève-t-il.

Date de publication : 18 novembre 2019