Par Catherine Couturier

un homme discute de son cancer avec son médecin Profession Santé logo 24/08/2021

L’INESSS reconnaît la pertinence de l’utilisation de l’IRM multiparamétrique (IRMmp) dans l’investigation diagnostique du cancer de la prostate, dans un avis publié le 17 août.

Au Québec, le cancer de la prostate est le deuxième cancer le plus diagnostiqué chez les hommes, après le cancer des bronches et du poumon.

Le diagnostic s’effectue à partir d’un test de l’antigène prostatique (ASP), qui mesure le taux d’ASP dans le sang, ou encore par la détection d’une masse suspecte lors d’un toucher rectal.

Jusqu’à maintenant, la confirmation du diagnostic de cancer se faisait par biopsie guidée avec échographie transrectale, ou biopsie systématique.

L’échographie transrectale permet d’obtenir des images de la prostate à l’aide d’ultrasons.

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Or, l’échographie transrectale ne permet pas de caractériser ni de localiser clairement les lésions; certaines peuvent donc échapper à la détection.

Il est également difficile de distinguer les lésions plus bénignes ou à développement plus lent, ce qui peut mener à un surdiagnostic ou à un surtraitement.

Par ailleurs, ce type de biopsie est plutôt invasive.

Elle peut entraîner des effets indésirables pour les patients et affecter leur qualité de vie.

Pour un diagnostic plus précis et moins invasif

C’est dans ce contexte que le Programme québécois de cancérologie (PQC) a demandé à l’INESSS un avis sur la pertinence d’utiliser l’Imagerie par résonance magnétique multiparamétrique (IRMmp).

En utilisant plusieurs types d’épreuves d’IRM, l’IRMmp fournit des détails sur l’emplacement exact d’une tumeur dans la prostate, son agressivité et sa propagation à l’extérieur de la prostate.

Les biopsies ne seraient ainsi effectuées que lorsque des anomalies sont détectées à l’IRMmp.

L’INESSS a mené une évaluation en collaboration avec l’Unité d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé (UETMIS) du CHU de Québec, qui voulait également évaluer la pertinence d’intégrer ce type d’imagerie à son équipement.

Constats et recommandations

Pour dégager les principaux constats et ses recommandations, l’INESSS s’est basé sur des revues systématiques Cochrane, de même que sur une revue de littératures scientifique et grise.

L’analyse de cette littérature a permis de confirmer que la procédure standard (biopsie systémique) comporte de nombreux désavantages.

Cette intervention invasive présente des risques de complications et de morbidité non négligeables (douleur, saignements, infection, sepsis, hospitalisation).

L’IRMmp comme test de triage permettrait d’éviter une biopsie chez environ 30% des patients soupçonnés de présenter un cancer de la prostate.

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Par ailleurs, la biopsie ciblée avec l’IRMmp est beaucoup plus précise.

Elle permet d’obtenir trois fois plus d’échantillons positifs, tout en diminuant de 77% le nombre d’échantillons prélevés.

Les effets indésirables et les complications liés à l’IRMmp sont également moins importants et fréquents qu’avec la biopsie systémique.

Accessibilité et coûts liés à l’IRMmp

Malgré tous ses avantages, l’utilisation de cette technologie pose des défis, compte tenu de l’accroissement de la demande et des délais dans plusieurs établissements pour avoir accès à l’imagerie par résonance magnétique.

L’acquisition de nouveaux équipements et l’augmentation des coûts engendrés par l’utilisation de cette technologie s’ajoutent donc aux inconvénients.

L’INESSS reconnaît tout de même la pertinence de l’utilisation de l’IRMmp sous certaines conditions: elle pourrait être utilisée comme test de triage pour sélectionner les patients qui nécessitent une biopsie.

Son utilisation devient caduque lorsque les signes cliniques d’un cancer de la prostate sont sans équivoque, ou encore lorsqu’un dépistage par APS ou un toucher rectal ne justifient pas d’investigation diagnostique.

Si les résultats de l’IRMmp sont négatifs, un suivi de routine est tout de même recommandé.

Dans le cas d’un résultat intermédiaire, une biopsie ciblée peut être envisagée.

Dans le cas d’un résultat positif, une biopsie ciblée avec IRMmp est recommandée.

Du point de vue de l’optimisation de la pratique et de l’organisation des soins et services, l’INESSS recommande entre autres qu’une formation spécifique soit offerte aux principaux intervenants; la prescription des examens par IRMmp devrait également être réservée aux urologues.

Consultez l’évaluation et la fiche synthèse.