Publié le 14/09/2020

Le virus influenza est l’un des principaux agents des infections respiratoires en pédiatrie ; elles sont parfois sévères à cet âge tout comme chez les personnes âgées, les manifestations neurologiques touchant cependant surtout les plus jeunes.

Considérées comme peu fréquentes, ces dernières ont été rapportées dès la pandémie H1N1 de 1918 mais au cours de celle de 2009, il y a eu une apparente augmentation de leur incidence et de leur sévérité. Leur pathogénie fait intervenir l’invasion directe des neurones ou les réactions inflammatoires. Les glycoprotéines et glycolipides présentes à la surface de la plupart des cellules servent de récepteurs aux hémagglutinines du virus.

Les manifestations neurologiques les plus fréquentes sont les convulsions fébriles ou non. Plus rarement, on observe des encéphalites, des myélites, des syndromes de Guillain-Barré. L’âge inférieur à 4 ans et les maladies neurologiques sont des facteurs de risque.

Un peu moins de 5 % des hospitalisations

Des pédiatres et infectiologues de l’Hôpital Universitaire de Madrid ont revu tous les cas d’infections à virus Influenza observés en hospitalisation durant 4 saisons épidémiques (2015-2018) chez les patients de moins de 16 ans. Le diagnostic était affirmé par au moins un test positif : culture, recherche d’antigène ou PCR pratiqués couramment en cas de fièvre ou de symptômes respiratoires.

Au total, 245 patients ont été admis pour grippe confirmée soit 4,4 % des hospitalisations avec des variations annuelles et un pic en 2016 (38 % des cas). L’influenza A représentait 70 % des cas. L’âge médian était de 21 mois (écart interquartile 6-57). Une comorbidité sous-jacente était notée dans 48 % des cas : neurologique (14,5 %), prématurité (13,5 %), obésité (6 %), malnutrition (26 %).

De l’oseltamivir a été administré à 86 % des patients. Des symptômes respiratoires étaient notés chez 92 % des enfants et une fièvre dans 93 % des cas (médiane 39°). La CRP était normale et la procalcitonine rarement élevée (médiane 0,5 µg/L). La durée d’hospitalisation médiane a été de 4 jours (3-6) ; 8,9 % des enfants ont été admis en soins intensifs.

Des convulsions surtout

Une atteinte neurologique est survenue chez 29 enfants (11,8 %). Les convulsions fébriles étaient les plus fréquentes (n = 21) puis les non fébriles (n = 2), les encéphalopathies (n = 2), autres (n = 3) : troubles du comportement, déficit focal, mouvements paroxystiques. Un état de mal a été observé chez 4 enfants et 70 % des convulsions ont récidivé.

Les explorations (LCR, EEG, imagerie) n’ont pas été contributives. Les patients avec une comorbidité avaient davantage de risque de complication neurologique (odds ratio OR 4,55 intervalle de confiance à 95 % IC 1,23-16,81). Les facteurs de risque d’admission en soins intensifs étaient le sexe mâle (OR 3,21 IC 1,22-8,33), l’influenza B (OR 2,82 IC 1,14-7,14), une atteinte neurologique (OR 3,34 IC 1,10-10,19).

Ainsi, une proportion significative des enfants hospitalisés pour grippe développe des complications neurologiques principalement des convulsions qui peuvent être prolongées ou à rechutes.

Les comorbidités, en particulier neurologiques sont les principaux facteurs de risque de complications et de sévérité.

Pr Jean-Jacques Baufon

RÉFÉRENCE : Solis-Garcia G et coll. : Neurologic complications in children hospitalized with Influenza infections. Prevalence, risks factors and impact on disease severity. Pediatr Infect Dis J., 2020; 39: 789-793

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Quand craindre une grippe compliquée chez l’enfant