PSYCHIATRIE  –  Par Clément Guillet le 05-01-2021

egora.fr

En France comme ailleurs, les conséquences de la pandémie et du confinement sur la santé mentale de la population se font de plus en plus sentir. Le médecin généraliste a une place majeure dans la détection de ces troubles.

“La santé mentale des Français s’est significativement dégradée entre fin septembre et début novembre” déclarait Olivier Véran, lors de l’un de ses points hebdomadaires de novembre 2020.

Le ministre de la santé affirmait ainsi que “l’impact psychologique de l’épidémie et, plus encore du confinement, est réel”.

Dans son allocution télévisée du 24 novembre Emmanuel Macron a ainsi demandé au Gouvernement “de préparer une stratégie pour prendre en compte les conséquences psychologiques de la pandémie et des différents confinements”.

De quels troubles psychologiques souffrent les Français en période de pandémie ? Qui sont les plus atteints ?

L’impact psychologique de la crise sanitaire et du confinement est une réalité.

Dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire du 12 novembre 2020, Santé publique France souligne que la santé mentale des Français s’est détériorée depuis fin septembre avec « une augmentation importante des états dépressifs pour l’ensemble de la population ».

L’institut réalise des enquêtes quantitatives répétées sur échantillons indépendants de 2 000 personnes de plus de 18 ans, échantillonnés par quota (sexe, âge, CSP, localisation) et observe une hausse importante des états dépressifs en particulier chez les jeunes (18-34 ans), les étudiants (cf. encadré) et les personnes déclarant une situation financière très difficile.

“Pronostic mental engagé” : une campagne choc pour alerter sur la santé des carabins

Les conséquences d’un confinement lors d’une épidémie étaient déjà bien documentées.

Une revue de littérature [1] rapportait ainsi, au cours de précédentes épidémies comme Ebola ou le Sras, une augmentation significative des dépressions, parfois jusqu’à 3 ans après.

La durée du confinement, la crainte pour soi ou pour ses proches, mais aussi la précarité économique et le manque de clarté dans la communication des responsables politiques sont pointés du doigt comme autant d’éléments majorant les conséquences psychologiques d’un confinement.

Historique par l’ampleur, la longueur et la répétition des confinements, la crise du Covid-19 confirme ces données. Mi-mars 2020, c’est d’abord un véritable état de sidération mentale qu’ont vécu les Français entre la peur du Covid-19 et le changement brutal de mode de vie.

Les troubles psychologiques ont alors fait un bond. Lors de la première semaine de confinement, la fréquence de la dépression est passée brutalement à 19,9% (contre environ 10 % habituellement) avant de diminuer à la fin du confinement.

Les troubles anxieux sont passés de 15% habituellement à 26,7%.

Les troubles du sommeil sont montés à un niveau plus élevé que d’habitude durant toute la durée du confinement et s’y sont maintenus après le déconfinement.

Identification de bactéries “antidépresseurs” dans le microbiote intestinal

Ailleurs dans le monde

La France ne fait pas exception.

En Belgique [2], durant le premier mois de confinement, les troubles dépressifs et anxieux ont doublé par rapport 2018 passant de passant de 11% à 20% pour les premiers et de 10% à 16% pour les seconds.

Les personnes les plus touchées étaient les femmes, les jeunes et les personnes n’ayant pas pu continuer leur activité, plus nombreuses à présenter des troubles dépressifs (22%) que celles qui ont continué à travailler (14%).

Aux USA, alors que la population américaine était confinée à 96%, une étude menée entre le 31 mars et le 14 avril et publiée dans le JAMA [3], rapporte ainsi une augmentation inédite des dépressions.

Chez les adultes, les symptômes de dépression ont triplé passant de 8,5% à 27,8%.

La santé mentale des Américains avait déjà été impactée par d’autres événements traumatiques, comme les attentats du 11-Septembre ou les guerres, parfois multipliant les symptômes de dépression par deux, mais jamais en les triplant.

Plus que dans les autres crises, les syndromes dépressifs étaient liés des facteurs économiques comme la perte d’emploi ou les problèmes financiers.

Le confinement est-il la seule cause de cette vague de troubles psychiatriques ? Pas sûr.

Seul pays européen à n’avoir pas confiné sa population, la Suède n’est pas exempte d’impact psychologique. Durant la première vague les Suédois ont ainsi vu augmenter leur niveau de dépression [4] de 30%, d’anxiété de 24,2% et d’insomnie de 38%, avec comme facteurs favorisant : un mauvais état de santé et des antécédents psychiatriques, ainsi que l’infection au Covid-19 et des soucis financiers.

« L’impact du Covid-19 sur la santé mentale en Suède est comparable aux études précédentes en Italie ou en Chine » concluent les auteurs. Le confinement ne semble ainsi pas être seul responsable.

La pandémie et la crise sanitaire ont bien des effets à part entière.

L’eskétamine, nouvel agent dans les dépressions résistantes

Durant la 2e vague 

Logiquement, la santé mentale des Français a de nouveau été impactée négativement par la 2e vague de Covid-19 à partir de fin septembre et par le 2e confinement à partir du 30 octobre, selon Santé publique France.

Cotée à l’aide d’une échelle de dépression de type HAD (Hospital Anxiety and Depression Scale), la prévalence des états dépressifs, a plus que doublé entre fin septembre (11%) et fin novembre (23%), alors qu’elle avait significativement diminué suite à la levée du 1er confinement.

Les états anxieux restent à un niveau élevé (18,5% contre 13,5% à la même période en 2017 et 15% en juillet 2020). Enfin, les problèmes de sommeil se sont maintenus à plus de 60% contre 49% l’année précédente.

Santé publique France

Des facteurs de risque

Mais tous les Français ne sont pas atteints de la même manière.

Quels sont ceux dont la santé mentale s’est le plus dégradée ?

Tout d’abord, pour la période du 4 au 6 novembre 2020 les personnes déclarant des antécédents de trouble psychologique – un risque connu de fragilité et de rechute dépressive – présentent plus de dépression (30,2% contre 18,5% chez ceux n’ayant pas d’antécédents).

De même, les personnes en situation financière très difficile (35% contre 14% chez ceux déclarant une bonne situation financière) ainsi que les femmes et les 25-34 ans) ont présenté plus d’anxiété, de dépression et de problèmes de sommeil.

Pour les états anxieux et dépressifs, les 18-34 ans, les étudiants (cf. encadré) et les personnes des catégories socioprofessionnelles inférieures (CSP-) et les inactifs sont surreprésentés.

Les 25-49 ans présentent, eux, plus de problèmes de sommeil (enquête CoviPrev de Santé Publique France).

Selon Santé Publique France, les déterminants cognitifs, comme la perception de la situation épidémique et des mesures de prévention, sont associés à une santé mentale plus dégradée.

Ainsi, percevoir les mesures de prévention comme peu efficaces ou contraignantes ou encore se sentir vulnérable au risque d’infection par le Sars-CoV-2 ou peu capable de mettre en application les mesures de protection entraîne plus d’anxiété, de dépression et de problèmes de sommeil.

Deuxième vague de Covid : une nouvelle enquête pour évaluer la santé mentale des internes lancée par l’Isni 

Des facteurs affectifs entrent aussi en jeu.

Sont plus associés aux états dépressifs, les personnes disant ressentir de la colère, de la frustration, le sentiment d’isolement et de solitude ou encore la peur.

Comme lors de la première vague, les contacts sociaux sont essentiels. Le fait de pouvoir travailler, même télétravailler est bénéfique au bien-être.

Des dispositifs d’écoute

« Le confinement a joué le rôle d’un facteur de stress.

Il a altéré le bien-être de la population française, touchant plus fortement les étudiants, les personnes en invalidité et celles qui vivent dans les conditions les plus modestes » conclut Nicolas Franck, psychiatre auteur chez Odile Jacob de COVID-19 et détresse psychologique.

Pour lutter contre les effets psychologiques de la crise sanitaire, des dispositifs en ligne et un numéro vert (0 800 130 000) existent et proposent à toute personne en détresse psychologique, une écoute, un accompagnement.

Selon le ministre de la Santé, Olivier Véran, près de 20.000 appels sont passés chaque jour sur cette ligne, signe de la nécessité qu’a chaque soignant de veiller à la santé mentale de ses patients particulièrement fragilisée en cette période de pandémie.

Sources:
[1] Samantha K Brooks and al. The  Lancet 2020; 395: 912–20
[2] https://covid-19.sciensano.be/sites/default/files/Covid19/Report1_COVID-…
[3] Catherine K. Ettman and al.  JAMA Netw Open 2020
[4]  Lance M. McCracken and al. Eur Psychiatry. 2020; 63(1)

Les étudiants particulièrement impactés
Les étudiants pâtissent spécifiquement de la période de pandémie et des deux confinements.

C’est ce que rapporte l’enquête menée par l’Observatoire national de la vie étudiante sur plus de 6 000 étudiants.

Durant le premier confinement, près d’un étudiant sur trois (31 %) a présenté les signes d’une détresse psychologique (contre 20 % dans l’enquête santé de 2016), notamment de la tristesse et de l’abattement (28 % souvent ou en permanence), du découragement (16 % souvent ou en permanence) ou encore de la nervosité (34 % des étudiants se déclaraient souvent ou en permanence très nerveux).

Les catégories d’étudiants les plus fragiles sont ceux en difficulté financière (46 % présentaient les signes d’une détresse psychologique contre 24 % des étudiants sans difficulté), les étudiantes (36 % contre 25 % des étudiants) et les étudiants étrangers (43 % contre 29 % chez les étudiants français). Santé publique France vient confirmer ces chiffres durant la 2e vague.

Début novembre, les étudiants sont aussi plus atteints en ce qui concerne la dépression (30,4 % contre 20,6 % dans l’ensemble de la population).

Par ailleurs, la période de confinement a également eu un effet sur les pratiques alimentaires et la consommation d’alcool des étudiants, avec des variations selon les conditions de confinement.

Les étudiants confinés seuls ont déclaré une surconsommation plus importante d’alcool, puisque 10 % ont déclaré avoir consommé de l’alcool tous les jours contre 5 % dans l’ensemble et 1 % en temps normal.

2021, l’année du contrôle de l’épidémie de Covid ?

Hésitation vaccinale : la pandémie de Covid peut-elle changer les choses ?

Personnes ayant déjà eu le Covid : la HAS ne recommande pas la vaccination systématique

Une feuille de route pour mieux lutter contre les maladies neurodégénératives