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Description générée automatiquement Publié le 19/04/2022

Les troubles du comportement alimentaire (TCA) comprennent de manière non exhaustive, l’anorexie mentale, les épisodes de frénésie alimentaire, la boulimie mentale, les évitements alimentaires et d’autres troubles dont l’anorexie mentale atypique.

Leur prévalence est estimée entre 0,5 et 3,5 % pour les femmes et entre 0,1 et 2 % chez les hommes, une sous-estimation étant probable du fait de l’augmentation notable de la prévalence de ces troubles au cours des derniers semestres durant la pandémie de Covid-19.

Récemment, et pour la première fois, l’US Preventive Services Task Force (USPSTF) s’est proposé d’évaluer l’intérêt d’un dépistage des troubles alimentaires chez des adolescents et des adultes asymptomatiques, avec indice de masse corporelle (IMC) élevé ou normal.

Malheureusement, fautes de données probantes, elle n’a pu se prononcer en faveur ou contre ce dépistage.

En effet, le dépistage des troubles alimentaires est, en règle, réalisé par des questionnaires renseignant sur les habitudes alimentaires, sur la perception propre de l’individu vis-à-vis de l’alimentation ou encore de son poids.

Le plus utilisé est le questionnaire SCOFF* qui possède une sensibilité de 84 % et une spécificité de 80 %.

Un autre outil est le Eating Disorder Screen for Primary Care, dont la sensibilité se situe entre 97 et 100 %, mais avec une spécificité plus faible, comprise entre 40 et 71 %.

L’USPSTF a pu conclure que le SCOFF était adapté pour le dépistage des TCA chez la femme adulte mais qu’il n’existait pas de preuves formelles de son utilité chez les adolescents et dans d’autres types de population.

De plus, SCOFF est surtout utile dans les dépistages de l’anorexie et de la boulimie nerveuse mais moins adapté dans de nombreuses autres formes de TCA, de présentation clinique très diverse.

En second lieu, l’USPSTF n’a pu trouver aucun essai clinique qui ait évalué le rapport bénéfices/risques d’un tel dépistage en soins primaires, d’où, fautes d’éléments probants, l’absence de recommandations.

Un des facteurs pouvant expliquer cette carence tient au fait que la prise en charge des TCA est multidisciplinaire, incluant divers spécialistes médicaux, nutritionnistes et comportementalistes.

Les services traitant de ces pathologies sont peu nombreux, dans des hôpitaux surtout universitaires ; les files d’attente longues…

Sans un accès facile, l’absence de dépistage des troubles alimentaires peut provoquer de l’anxiété dans l’attente d’une consultation spécialisée ou engendrer de la honte, avec des effets délétères secondaires.

Tous les professionnels de santé devraient être capables d’identifier des signes évocateurs de TCA

L’USPSTF préconise de cibler, dans l’avenir, prioritairement le dépistage chez les adolescents et adultes asymptomatiques, chez lesquels il existe un manque de données probantes.

Tous les professionnels de santé devraient être capables d’identifier des signes évocateurs de TCA comme, par exemple, une préoccupation excessive vis-à-vis du poids corporel ou des prises caloriques, des jeûnes fréquents ou encore des vomissements provoqués visant à une réduction pondérale.

Chez la femme, la présence d’une irrégularité des cycles menstruels ou d’une aménorrhée doit aussi alarmer car pouvant faire évoquer des TCA.

Les facteurs de risque de tels troubles sont divers : adversité ou traumatisme dans l’enfance, perfectionnisme, pression sociale portant sur l’apparence physique, altération de la santé mentale, voire anomalie génétique.

En soins primaires, la détermination du poids et le calcul de l’IMC sont les éléments de base.

Ils fournissent d’utiles informations mais ces dernières sont limitées. Ainsi, la mesure de l’IMC ne renseigne pas sur la composition corporelle en masse maigre et grasse.

Il existe certes des stéréotypes parmi les populations souffrant de troubles alimentaires mais, à l’inverse, tous les individus peuvent en être atteints, quels que soient leur sexe, IMC, orientation sexuelle, origine ethnique ou encore niveau socio-économique.

Les troubles alimentaires sont, de fait, très hétérogènes et non accessibles à un seul test de dépistage ou à une intervention unique.

Ainsi, un IMC anormal ne peut, seul, faire conclure à un trouble alimentaire.

A titre d’exemple, l’anorexie nerveuse atypique est fréquente chez des sujets ayant eu une perte de poids notable mais peut également concerner des personnes dont le poids est normal ou sub normal.

De plus, il faut parfois être alarmé par des comportements particuliers comme des vomissements fréquents, un évitement alimentaire ou encore la prise de médicaments non indiqués tels que diurétiques, laxatifs, pilules diététiques…

Il en va de même en cas de survenue d’épisodes d’hyperphagie compulsive.

Des travaux ultérieurs devront préciser dans quel type de population peuvent survenir ces troubles, notamment chez les adolescents, les hommes et dans des races différentes.

De plus, chez l’homme, ces troubles alimentaires peuvent être liés à des préoccupations de musculation, amenant à une consommation excessive de protéines aux dépends de celle d’hydrates de carbone, utilisation de stéroïdes ou d’additifs alimentaires visant à renforcer la masse musculaire.

Or, ce type de comportements anormaux peuvent ne pas être détectés par SCOFF ou les méthodes habituelles de dépistage.

Il faut aussi signaler une autre population à risque, celle des individus trans genre, souvent affectés par des problèmes liés à leur image corporelle.

Toutes ces populations particulières sont à risque de trouble du comportement alimentaire non diagnostiqué et rendent compte du besoin d’autres outils de dépistage.

En conclusion, l’USPSTF a été dans l’impossibilité de se prononcer, faute de preuves, en faveur d’un dépistage des troubles alimentaires chez les adolescents et adultes asymptomatiques.

L’analyse précise du rapport bénéfices/ risques d’un tel dépistage, en situation de soins primaires, reste à faire, notamment dans certaines catégories particulières de population : hommes, minorités ethniques ou sexuelles.

*Détection des TCA par le questionnaire SCOFF en 5 questions :

  1. Vous êtes-vous déjà fait vomir parce que vous ne vous sentiez pas bien « l’estomac plein » ?
  2. Craignez-vous d’avoir perdu le contrôle des quantités que vous mangez ?
  3. Avez-vous récemment perdu plus de 6 kilos en moins de trois mois ?
  4. Pensez-vous que vous êtes trop gros(se) alors que les autres vous considèrent comme trop mince ?
  5. Diriez-vous que la nourriture est quelque chose qui occupe une place dominante dans votre vie ?

Dr Pierre Margent

RÉFÉRENCE: Nagata JM : New US Preventive Services Task Force Recommandations On Screening for Eating Disorders. JAMA Intern Med. 2022 ; publication avancée en ligne le 15 mars doi: 10.1001/jamainternmed.2022.0121.

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