SANTÉ  –   MAXIME BILODEAU 24-01-2022

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Description générée automatiquement Image: Shutterstock

Une vaste étude canadienne confirme que la déprescription de médicaments est à la fois efficace et sécuritaire.

Une pilule, une petite granule, un comprimé, un cachet. Une pharmacie bien garnie, peut-être même trop.

Les Québécois, surtout les plus âgés aux prises avec des maladies chroniques comme le diabète et l’hypertension, consomment une pléthore de médicaments.

Cet usage simultané de plusieurs substances pharmacologiques a un nom : la polypharmacie.

Et selon de nombreux experts, dont ceux de l’Organisation mondiale de la santé, ce bar ouvert ne représente rien de moins qu’une crise de santé publique dans les pays développés.

« On estime que près de 90 % des résidents des CHSLD consomment cinq médicaments ou plus par jour.

Chez les personnes de 65 ans et plus dans la communauté, on parle d’environ 50 % », affirme Émilie Bortolussi-Courval, doctorante en médecine expérimentale à l’Université McGill et coauteure d’une vaste étude canadienne sur la déprescription de médicaments, l’antidote à la polypharmacie.

L’article a été publié à la mi-janvier dans les pages du JAMA Internal Medicine.

En plus de ne pas toujours être nécessaire, la consommation de nombreux médicaments cause parfois plus de tort que de bien.

Certaines interactions bien connues, comme celles entre plusieurs classes de psychotropes, peuvent même s’avérer nuisibles et entraîner des visites à la salle des urgences, des hospitalisations, voire des décès prématurés.

Tout cela a bien sûr des coûts pour la société. En 2013 seulement, les Canadiens de plus de 65 ans ont déboursé 419 millions de dollars pour se procurer des médicaments sur ordonnance estimés potentiellement dangereux pour leur santé.

« Les ordonnances, une fois rédigées, ne sont pas nécessairement réévaluées chaque année.

Or, on sait que certains médicaments perdent de leur pertinence avec le temps, lors de l’avancée en âge par exemple », explique la Dre Emily McDonald, professeure de médecine interne générale à l’Université McGill et première auteure de l’article.

De là l’utilité d’outils comme MedSécure, qui examine les croisements entre les divers médicaments d’un patient et ses problèmes de santé, puis qui offre des recommandations personnalisées.

C’est justement cette solution informatique qui a été mise à l’épreuve dans l’étude.

Celle-ci porte sur 6 000 patients de 65 ans et plus hospitalisés au Québec, en Ontario ou dans l’ouest du Canada entre 2017 et 2020.

Pour y participer, chaque patient devait consommer cinq médicaments ou davantage par jour.

Le cas échéant, le dossier de santé électronique était soumis à MedSécure, qui suggérait alors d’interrompre ou de diminuer certains d’entre eux.

L’état de santé des participants était suivi pendant 30 jours à la suite du congé de l’hôpital.

Les résultats sont encourageants. Les chercheurs ont réussi à obtenir un taux de dé-prescription de l’ordre de 25 %.

« Nous avons donc réussi à dé-prescrire au moins un médicament auprès d’un patient sur quatre, ce qui est considérable », analyse Emily McDonald.

Mieux encore : peu d’effets secondaires indésirables ont été rapportés à la suite de ce réajustement. « Les cliniciens sont souvent craintifs vis-à-vis de l’arrêt ou de la réduction de la médication. Nos données indiquent pourtant que cela est sécuritaire si c’est bien fait », souligne-t-elle.

Cette étude a le potentiel de sensibiliser les patients à la nécessité d’aborder la question de la dé-prescription avec leur médecin.

C’est du moins ce que pense Caroline Sirois, professeure à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval et chercheuse au Centre d’excellence sur le vieillissement de Québec.

« Les personnes âgées ont tout particulièrement confiance en leur médecin.

Elles se fient aveuglément à lui sans penser à remettre en question le statu quo », constate celle qui n’a pas pris part à ces travaux.

L’experte en polypharmacie et en dé-prescription chez les aînés regrette néanmoins que le suivi des patients ait été si court dans l’étude.

« On passe peut-être à côté de baisses de mortalité et d’admissions à l’hôpital.

Un suivi plus long aurait ouvert une fenêtre de détection de tels phénomènes, qui militent en faveur de la dé-prescription », estime-t-elle.

N’empêche, elle salue la grande qualité de l’étude, une des plus grosses du genre à sa connaissance.

« La simple absence d’effets secondaires négatifs constitue en soi une victoire », lance Caroline Sirois.

Chose certaine, vous n’avez pas fini d’entendre parler de MedSécure.

Dans les prochaines années, le logiciel fera petit à petit son entrée dans les CHSLD du Québec qui ont recours aux dossiers de santé électronique.

« C’est un chantier qui se mène en concertation avec le ministère de la Santé et des Services sociaux, révèle Émilie Bortolussi-Courval, qui pilote l’initiative dans le cadre de son doctorat.

L’objectif est d’examiner les besoins du milieu, d’adapter MedSécure à ceux-ci, puis de l’implanter progressivement dans le réseau. »

La numérisation du système de santé québécois ne pourrait être plus tangible.