Publié le 07/09/2020

Le mouvement « Me Too » a libéré la parole sur le harcèlement sexuel, et particulièrement le harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Sa prévalence exacte est encore difficile à évaluer et ses conséquences ne sont sans doute pas non plus parfaitement appréhendées, comme le montre une récente étude.

Il s’agit d’une étude prospective de cohorte, réalisée en Suède. Entre 1995 et 2013, près de 86 500 personnes, salariées, ont répondu à un questionnaire, comprenant des items abordant l’expérience du harcèlement sexuel au travail. Les auteurs ont fait le lien entre les réponses données et le risque de suicide et de tentatives de suicide.

Près de 5 % de victimes de harcèlement sexuel

Notons d’entrée que 4,8 % des participants rapportent avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail au cours des 12 mois précédents (1,9 % des hommes et 7,5 % des femmes). Quelques caractéristiques démographiques les distinguent du reste de la cohorte. Parmi les femmes, il s’agit principalement de célibataires, divorcées ou séparées, et, dans une certaine mesure, nées hors d’Europe.

Les hommes célibataires ou divorcés et sans enfant, et les hommes nés hors d’Europe constituent l’essentiel des hommes victimes. De plus, les personnes harcelées sont généralement plus jeunes que le reste de la cohorte et leurs revenus sont plus faibles, particulièrement pour les femmes.

Dans la totalité de la cohorte, 1,5 % des participants se disent exposés au harcèlement sexuel de la part d’un supérieur ou d’un collègue de travail, tandis que 3,8 % sont victimes de harcèlement de la part d’autres personnes (patients, clients, passagers, étudiants).

Un excès de mortalité par suicide

Au cours d’un suivi moyen de 13 ans, 125 personnes sont décédées par suicide, 11 parmi les personnes exposées au harcèlement sexuel (0,1 %) et 114 non exposées (0,1 %) (Hazard ratio 2,23 ; intervalle de confiance à 95 % 1,19 à 4,16). Après ajustement pour le sexe, le pays de naissance, le type de structure familiale, le niveau d’étude et le revenu, le risque est encore augmenté (HR 2,82 ; IC 1,49 à 5,34). Les auteurs estiment que ceci correspond à une fraction de la population de 0,06 %.

Parmi les participants n’ayant aucun antécédent de tentative de suicide, 1 % ont fait une tentative pendant le suivi, soit 2 % des personnes victimes de harcèlement et 1 % des personnes non victimes (HR 1,59 ; IC 1,21 à 2,08). Il n’apparaît pas de différence significative entre les hommes et les femmes.

Ces résultats soulignent que la prévention du suicide en milieu professionnel doit prendre en compte le risque que constitue le harcèlement sexuel au travail. Le sujet mériterait des recherches plus approfondies, pour préciser les facteurs de risque du harcèlement sexuel au travail et expliquer l’association avec les conduites suicidaires.

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCES: Magnusson Hanson LL et coll.: Work related sexual harassment and risk of suicide and suicide attempts: prospective cohort study BMJ2020;370:m2984

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