PSYCHIATRIE  –  Par Clément Guillet le 01-04-2021

egora.fr

L’actualité a récemment mis sur le devant de la scène les violences scolaires.

Et, en effet, une augmentation inquiétante du cyberharcèlement – ou ” bullying ” – a été constaté pendant la pandémie.

Dans ce contexte, le médecin généraliste est en première ligne ; certains signes peuvent attirer son attention.

C’est contre intuitif et pourtant la crise que nous traversons depuis un an n’a pas stoppé les violences scolaires.

Au contraire, ces dernières ont même augmenté, car si les enfants et adolescents ne se voient plus, cela ne veut pas dire que les violences cessent.

Aujourd’hui, le « bullying », le cyberharcèlement, a pris le pas sur le harcèlement physique et verbal dans la cour d’école ou à la sortie du collège.

Et ces violences peuvent être encore plus dévastatrices pour les jeunes.

La limitation des déplacements a d’abord entraîné une augmentation de la consommation des réseaux sociaux par des jeunes qui en sont déjà friands en temps normal.

Ainsi, selon une étude réalisée pour le site e-enfance après le premier confinement, 78 % des ados déclaraient avoir passé plus d’heures sur les écrans, notamment pour regarder des vidéos, faire des recherches pour les cours ou pour envoyer des messages.

Parmi les lycéens, ils étaient 56 % à avoir passé plus de temps sur les réseaux sociaux.

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Selon la directrice de l’association e-enfance, leur plateforme d’écoute a alors noté une augmentation de 30 % des sollicitations, entraînant jusqu’à deux fois plus de signalement de cyberharcèlement et la fermeture de nombreux comptes, en coopération avec Instagram ou encore Snapchat, des réseaux sociaux très prisés des jeunes.

L’association signale aussi des groupes de discussion sur Whatsapp ou Facebook, dans lesquels des messages, insultes ou fausses rumeurs circulent.

Pendant le premier confinement, 7 adolescents sur 10 ont eu accès à une classe virtuelle ou un espace d’échange en ligne avec leurs camarades.

Dans ces nouveaux espaces d’échange, ce sont près de 10 % des adolescents qui ont été témoins de cyberharcèlement.

De plus, 3 % des adolescents ont été victimes de violences en ligne pendant le 1er confinement.

Pendant cette période, les plus jeunes ont été particulièrement impactés.

Chez les 10 et 12 ans, 5 % des collégiens déclarent avoir été victimes de cyberviolences.

Des conséquences psychiatriques durables  

Parmi les cyberviolences, on retrouve principalement des insultes tournées contre le physique, ainsi que de la jalousie ou bien de l’envie.

A court terme, ces cyberviolences entraînent des troubles anxieux, de l’insomnie, des somatisations ou de l’absentéisme.

Mais à moyen et long terme, ils peuvent être la cause d’épisode dépressif caractérisé, voire stress post-traumatique…

Le cyberharcèlement est particulièrement pourvoyeur de troubles psychiatriques.

Mais qu’est ce qui poussent les enfants et adolescents à la cyberviolence ?

Pour ceux qui ont liké, partagé ou posté un commentaire insultant : la première raison est « pour rigoler » (26 %) alors que la pression sociale, « faire comme les autres », vient bien après (9 %).

Si on constate une chute de la vengeance (8 % contre 22 % hors confinement) on assiste, en revanche, à une hausse de la colère (21 % contre 13 % hors confinement).

Très souvent les parents sous-estiment la capacité de nuisance de leur enfant.

Ainsi, les jeunes sont trois fois plus nombreux à déclarer avoir été l’auteur de cyber-harcèlement que les projections parentales.

Des signes doivent alerter le médecin généraliste

Comment faire pour les dépister les cyberviolences et les prévenir ?

Le médecin généraliste est aux premières loges étant le soignant le plus à même d’engager la discussion sur le sujet ou de dépister des comorbidités associées au harcèlement.

Mais les recommandations sur le sujet restent assez floues.

Aux Etats-Unis, certains auteurs conseillent de suspecter un harcèlement lorsque des enfants atteints de maladies chroniques voient leur santé se détériorer sans étiologie retrouvée ou lorsqu’ils ne respectent plus leur régime médicamenteux.

Chez les adolescents ou enfants, des symptômes psychosomatiques ou un comportement inexpliqué doivent aussi alerter le médecin traitant ou le pédiatre.

De même, lorsqu’ils présentent des problèmes avec l’école ou leurs amis, consomment des drogues ou encore expriment des idées suicidaires.

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Nécessité de renforcer la formation

En France, la formation sur le sujet nécessite d’être plus développée, car le médecin – notamment le généraliste – a un rôle essentiel d’écoute et de soutien.

Il doit être capable d’apporter son aide à la famille et de conseiller des stratégies anti-bullying.

Il permet la coordination avec la psychiatrie si son recours est nécessaire et peut orienter ses jeunes patients vers des ressources comme la plateforme netécoute.fr (Tel: 0800 200 000) qui recueille les signalements et donne des conseils aux parents et aux enfants.

Par ailleurs, s’il le juge utile, le médecin peut prendre contact avec l’établissement scolaire et parfois de conseiller le changement d’établissement scolaire.

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