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Description générée automatiquement Publié le 10/09/2021

À l’arrivée de la COVID-19 aux États-Unis, rappelle JAMA Psychiatry, ce pays affronte déjà depuis plusieurs décennies une autre crise sanitaire, marquée par le mésusage de certains médicaments (notamment des substances opioïdes) entraînant une mortalité importante, avec par exemple « plus de 70 000 décès » pour la seule année 2019.

Dès le début de la pandémie, les observateurs s’attendaient à une forte augmentation de cette mortalité par surconsommation de médicaments (et/ou d’autres substances), en raison des conséquences néfastes de la pandémie : aggravation du chômage et de l’isolement social, surcroît des dépenses de santé, contexte mortifère…

Sans surprise, les premières statistiques disponibles confirment cette forte augmentation de la mortalité par mésusage de médicaments1.

L’analyse provisoire des dossiers (arrêtée en mai 2020) indique ainsi « un total de près de 82 000 décès en un an. »

Une année meurtrière

Synthétisant des données venues de plus de 11 000 services d’urgences des États-Unis, l’étude publiée par JAMA Psychiatry repère les tendances « ethniques, sociales et géographiques » observées dans les arrêts cardiaques associés aux surdosages médicamenteux depuis le début de la pandémie de Covid-19. Sur les « 33,4 millions de passages aux urgences » enregistrés, 50,2 % concernent des femmes et 48,8 % « des Blancs non hispaniques. »

À l’échelle nationale des États-Unis, les arrêts cardiaques associés à un surdosage de médicaments ont augmenté de 42,1 % en 2020, avec un accroissement « le plus élevé » constaté chez les Latinos (environ +50 %), les Afro-Américains (idem), et plus généralement chez « les personnes vivant dans les quartiers les plus pauvres » (+46,4 %).

Et la fréquence des arrêts cardiaques liés au mésusage médicamenteux augmente même de 63,8 % chez les migrants venus d’états du Pacifique, une population pourtant moins affectée, avant la Covid-19, par cette crise des opioïdes.

Pour les auteurs de cette étude, les États-Unis connaissent ainsi une « augmentation nationale de grande ampleur de la mortalité », imputable à la conjonction du mésusage préalable de médicaments (crise des opioïdes) et de l’irruption inopinée du SARS-CoV-2 au début de l’année 2020.

Extrapolant ces données pour toute l’année 2020, les auteurs s’attendent à environ 85000 à 95000 décès par surdosage de médicaments, ce qui ferait de cette année, déjà bien « noircie » au point de vue sanitaire par la COVID-19, la plus meurtrière jamais enregistrée aux États-Unis.

[1] https://www.reuters.com/world/us/us-drug-overdose-deaths-rise-30-record-during-pandemic-2021-07-14/

Dr Alain Cohen

RÉFÉRENCE: Friedman J et coll.: Racial/ethnic, social, and geographic trends in overdose-associated cardiac arrests observed by US emergency medical services during the COVID-19 Pandemic. JAMA Psychiatry; 2021 vol 78(8): 886–895.

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