Publié le 10/11/2020

Durant la grossesse, les femmes sont plus sensibles aux infections virales. Les précédentes épidémies à coronavirus (MERS et SRAS) ont été associées à une augmentation de la morbidité et de la mortalité maternelles, ainsi qu’à une augmentation des complications de la grossesse.

Certaines infections virales (toxoplasmose, rubéole, cytomégalovirus, herpès, parvovirus B19, zika, etc) peuvent être transmises durant la période d’organogénèse avec de graves conséquences. Des cas d’infection à parvovirus B 19, au 1er trimestre de la grossesse, même chez des mères asymptomatiques, ont été associés à une hyperclarté nucale. Cette association ne semble pas exister pour les autres virus, et n’a pas été documentée pour le MERS et le SRAS.

Au début de la pandémie, une étude a été entreprise à l’hôpital universitaire d’Hvidovre à Copenhague afin de savoir si l’infection par le SRAS CoV 2 au 1er trimestre de la grossesse avait un impact sur le développement fœtal, en mesurant la clarté nucale et en comptabilisant les fausses couches.

A l’occasion du dépistage combiné de la trisomie 21, entre le 17 février et le 23 avril 2020, les femmes enceintes ont été invitées à participer à l’étude. Ont aussi été invitées à participer à l’étude, celles qui avaient fait une fausse couche spontanée avant le dépistage, entre le 14 avril et 21 mai.

L’analyse sérologique des IgM et des IgG anti-SARS-CoV-2 a été faite en utilisant la méthode de chemiluminescence immunoassay (YHLO Biothechnology). Les taux d’IgM > 8 AU/ml et les taux IgM > 10 AU/ml étaient considérés positifs.

Si les IgG et les IgM étaient positives, ou que seules les IgG étaient positives, on estimait que la patiente avait été infectée par le SARS-CoV-2 ; si seules les IgM étaient positives, la femme était considérée négative, sauf si les IgG se positivaient sur les prélèvements ultérieurs.

La sensibilité de l’analyse était de 42 % pour les IgM et de 94 % pour les IgG. La spécificité était de 99,7 % pour les IgM et 99,3 % pour les IgG.

Au total, 1 019 femmes enceintes ont été incluses dans l’étude lors du dépistage combiné, ainsi que 36 femmes à la suite d’une fausse-couche avant le dépistage. L’âge gestationnel moyen était de 11 SA lors de l’analyse sérologique et de 13 SA lors de l’examen échographique ; le terme moyen des fausses couches était de 8 SA.

Pas d’épaississement de la clarté nucale et pas d’augmentation du risque de fausses-couches

Dix-huit (1,8 %) femmes enceintes avaient été infectées par le SARS-CoV-2 : 16 femmes avaient seulement des IgG positives, et 2 des IgM et des IgG positives. Aucune des femmes, qui avaient fait une fausse couche, n’avait d’anticorps anti-SARS-CoV-2.

L’épaisseur de la clarté nucale du fœtus au 1er trimestre était comparable dans le groupe des femmes porteuses d’anticorps anti- SARS-CoV-2, 1,8 mm (1,5-2), à celle du groupe des femmes non porteuses d’anticorps, 1,7 mm (1,5-2), après exclusion des femmes dont le fœtus était atteint d’une anomalie chromosomique (trisomie).
Les taux de β hCG et de PAPP-A n’étaient pas non plus significativement différents entre les deux groupes.

Parmi les 1 019 grossesses, 15 se sont interrompues après le dépistage, une seule parmi les femmes qui avaient été infectées. L’étude ne montre pas d’augmentation significative du risque d’interruption de la grossesse chez les femmes porteuses d’anticorps anti-SARS-CoV-2.

En ce qui concerne la symptomatologie, environ la moitié des femmes porteuses d’anticorps anti-SARS-CoV-2 avaient eu un ou plusieurs symptômes de Covid-19 en début de grossesse, avec par ordre de fréquence : agueusie ou anosmie, toux sèche, fatigue intense, fièvre, arthralgies, dyspnée, céphalées. Un quart des femmes qui n’avaient pas d’anticorps avaient aussi eu des symptômes.

A cette période de début de l’épidémie, les tests n’étaient pratiqués qu’en cas d’hospitalisation, et les cas suspects devaient se confiner chez eux.

Cette étude, faite très précocement au début de la pandémie, est l’une des rares études qui se soient intéressées au risque lié à l’infection par le SARS-CoV-2 en début de grossesse. Depuis, la pratique quotidienne a confirmé qu’au 1er trimestre, la Covid 19 dans ses formes asymptomatiques ou peu symptomatiques, alors qu’elle est souvent méconnue, ne semble pas modifier le pronostic des grossesses.

Dr Catherine Vicariot

RÉFÉRENCE : La Cour Freiesleben N et coll. : SARS-CoV-2 in first trimester pregnancy : a cohort study. Human Reproduction, 2020 ; publication avancée le 4 novembre. doi: 10.1093/humrep/deaa311.

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