Val-de-Marne - Conseil départemental (aller à l'accueil) mis à jour le 16/11/2020

La plupart du temps, qui plus est après une période d’arrêt, l’activité physique génère un certain nombre de ressentis plus ou moins désagréables. A une certaine “inertie physiologique” peuvent s’ajouter des gênes et des douleurs diverses. Signes des contraintes subies par les tissus musculaires, osseux, cartilagineux et tendineux, ces douleurs ne sont pas toutes bénignes. Il est alors nécessaire de discriminer celles “normales” qui ne nécessitent que du repos et de la progressivité, des autres, “anormales”, plus difficiles à gérer autrement qu’en alternant arrêts et reprises de la pratique. Cet article vous permettra de mieux appréhender les différents messages délivrés par votre organisme.

Douleurs “normales” et douleurs “anormales”… vers une classification

Les douleurs sont dites “normales” lorsqu’elles ne sont pas pathologiques, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas l’expression d’une lésion importante ou d’une infection. Il s’agit des  douleurs induites par l’effort et des courbatures du lendemain ou du surlendemain auxquelles on peut ajouter, chez certains sportifs, des petites crampes résiduelles.

Les douleurs dites “anormales” sont celles qui interpellent au sujet d’éventuels dégâts sous-jacents. Ces douleurs invitent à s’interroger sur leur gravité présente ou à venir. Si un arrachement de tendon, une rupture de ligament, une déchirure musculaire ou encore une fracture provoquent des douleurs inacceptables, d’autres moins graves au premier abord, peuvent masquer des dégâts parfois différés, comme suite à une chute de cheval, de moto, de vélo ou bien suite à un coup contracté en sport de combat…

Pour Grémion (2014), on peut classer les douleurs selon le type d’exercices pratiqués :

1. Les « douleurs [des articulations et des muscles] provoquées par l’effort physique » : elles sont dues à l’hyperacidité, provoquée par le manque local d’oxygène entraînant aussi un déséquilibre électrique et électrolytique dans le liquide extracellulaire, ce qui stimule les récepteurs à la douleur intramusculaire.

2. Les « blessures après un traumatisme aigu » : les traumatismes (rugby, boxe, hockey…) provoquent des dégâts de l’appareil locomoteur responsables de réactions douloureuses très vives. En effet, les traumatismes entraînent la sécrétion des médiateurs inflammatoires qui stimulent les récepteurs à la douleur.

3. Les « douleurs chroniques en sport » : elles résultent essentiellement d’une surcharge prolongée de l’appareil musculo-squelettique (genoux, chevilles, hanches, épaules voire colonne vertébrale). Ce sont des blessures chroniques tendineuses ou cartilagineuses pouvant être dues à de l’arthrose. Le surentraînement et l’âge sont des facteurs aggravants. La douleur est associée à une réponse inflammatoire locale.

La douleur : interprétation et fonctions

La douleur est la résultante d’une analyse et d’une interprétation par le système nerveux central (le cerveau) d’un message émis et véhiculé par le système nerveux périphérique (les nerfs). On parle de message nociceptif. Celui-ci est un signal nerveux et non une douleur.

Aussi, le système nerveux central étant indépendant, il peut ou non engendrer une douleur à des intensités variées en fonction de l’état émotionnel : stress, fatigue ou concentration. Il a donc la capacité de faire varier sa perception.

Par exemple, un stress important peut l’atténuer (sécrétion d’adrénaline), alors qu’au contraire une fatigue chronique peut augmenter la sensibilité à la douleur (sécrétion de cortisol).

La douleur possède trois fonctions

  • Alerter, c’est-à-dire prévenir de l’altération d’une structure.
  • Protéger en immobilisant ou inhibant l’activité de la zone altérée.
  • Soigner, en déclenchant une chaîne de réactions biochimiques visant à permettre la guérison de la structure.

Mais, plusieurs facteurs d’ordres biologiques, psychologiques et sociaux peuvent exacerber et même faire perdurer ces messages. Cette persistance dans le temps va alors entraîner des modifications cérébrales durables. La douleur peut ainsi passer du stade aigu à persistant (anciennement appelée douleur chronique).

Réaction et gestion de la douleur

Selon les personnes et le contexte, deux stratégies comportementales ont été identifiées :

1. La kinésiophobie ou évitement du mouvement, qui à terme entraîne un déconditionnement physique néfaste pour la santé et les performances sportives.

2. Le comportement de persistance malgré la douleur (CPMD), qui va entraîner une augmentation de la sensibilité du système nerveux central (Campbell, 2016) et par conséquent une persistance de la douleur (douleur chronique).

Il est donc important de comprendre les types de douleurs anormales et les stratégies comportementales de chacun(e) face à la douleur.

Par ailleurs et concernant les adolescentes, « la production d’œstrogènes […] qui exercent aussi des effets sur le système nerveux central, modifie la tolérance à la douleur. Les adolescentes semblent ne plus vouloir se faire “mal” à l’entraînement ou en compétition.

Elles deviennent plus sensibles et vulnérables face à l’effort » (Maquet, 2010). A cela s’ajoute une diminution de la consommation maximale d’oxygène qui passe en moyenne de 50 ml/kg/min à 8 ans à 40 ml/kg/min à 16 ans (Ibid). Ces éléments vont influencer, chez les adolescentes, la motivation et la persévérance dans leurs pratiques sportives.

A l’inverse, les œstrogènes permettent aux adolescentes d’être moins sujettes aux courbatures et autres lésions associées à l’exercice musculaire (Ibid). Plus généralement,: la période de l’adolescence est une source de conflits internes.

Elle reflète une crise identitaire pouvant exploiter la douleur comme une souffrance psychique non verbalisable. La douleur devient alors le reflets des relations familiales, scolaires ou sportives litigieuses, qui deviennent à leur tour le vecteur de la sympthomatologie.

Ces différentes modifications biologiques et psychiques au cours de cette période rendent son évaluation et sa gestion plus complexe pour l’encadrement sportif et médical.

Comment alors interpréter la douleur à l’effort ?

Interpréter les douleurs anormales

Les douleurs sont des signaux qu’il faut savoir interpréter pour agir en conséquence : persévérer ou modifier la pratique ou encore l’interrompre.

Pour cela, l’entraîneur peut utiliser un outil d’évaluation, disposant d’un indicateur précis pour gérer au mieux la douleur à l’entraînement : l’échelle visuelle analogique (EVA). Cet outil permet, de manière subjective mais simple, d’évaluer la douleur perçue à un instant « “t »”.

L’EVA est une échelle de 0 à 10 :

  • 0 : pas de douleur. 

 pediadol.org

  • Entre 0 et 4 : douleur tolérable chez l’adulte.
  • Supérieure à 4 : douleur excessive, pouvant entraîner l’arrêt de la pratique sportive.
  • 10 : douleur extrême.

Cependant, chacun perçoit la douleur de manière subjective et plus ou moins intense. Pour autant, la pertinence de la dimension subjective de l’EVA ne tient pas à la possibilité de comparer la différence de perception entre différentes personnes, mais d’observer, chez une même personne, l’évolution de la douleur perçue au cours d’une tâche.

Ainsi, ce n’est pas le niveau de douleur avant l’activité qui est le plus important, mais sa variation au cours de la pratique : croissante ou décroissante.

Adaptation de l’entraînement

Le moment où s’opère cette variation est appelé point d’inflexion de la douleur (PID) ou “moment clef” pour modifier voire interrompre la pratique. L’entraîneur sera alors amené à moduler l’entraînement afin d’optimiser la séance et les bénéfices liés à l’activité physique dans le processus de guérison :

  • Si aucune variation n’apparait et que la douleur reste tolérable, l’activité peut être poursuivie.
  • En cas d’augmentation de la douleur, lors de la pratique, la modification voire l’arrêt de l’exercice devront alors être envisagés pour éviter l’hypersensibilisation du système nerveux central.

Il s’agira plus précisément de modifier les variables suivantes : posture, amplitude gestuelle, charges, mode de contraction, temps de récupération, durée, intensité et fréquence d’effort.

Trois questions permettent de caractériser la douleur et de modifier la pratique :

  • Est-ce que la douleur persiste plus de 48h après l’entraînement ?
    Si non => on continue ; Si oui => modifier les variables ou passer à la question 2
  • En réduisant la charge de travail, les douleurs diminuent -elles ?
    Si oui => on continue ; Si non => modifier les variables ou passer à la question 3
  • En réduisant la difficulté de l’exercice les douleurs diminuent-elles ?
    Si oui => on continue ; Si non => on change de localisation du travail.

Conclusion

Cependant, si ignorer une douleur anormale et continuer à s’entraîner peut conduire à la blessure, ceci ne signifie pas que toutes les douleurs même anormales doivent entraîner un arrêt systématique de l’activité physique. Dans la plupart des cas, il est possible de s’entraîner autrement. C’est même souhaitable pour éviter d’entrer dans un cercle vicieux arrêt-désadaptation-reprise.

Steeve CHIAPOLINI* & Rachid ZIANE

* Steeve Chiapolini est kinésithérapeute, il est également titulaire d’une Licence professionnelle “Remise en forme et loisirs sportifs associés, responsable d’équipe et de projets” UFR-STAPS d’Orsay.

Références