Par Justine Montminy

Collaboration: Dr Pierre Frémont, médecin du sport et professeur titulaire au Département de réadaptation de la Faculté de médecine de l’Université Laval et Pierre Langevin, physiothérapeute, enseignant à la Faculté de médecine de l’Université Laval

Illustration commotion cérébrale Profession Santé logo 28/01/2022

Contrairement à l’idée reçue que les commotions cérébrales sont plus répandues dans le monde sportif, il est établi qu’elles surviennent tout au long de l’année et peuvent toucher n’importe qui.

Une bonne prise en charge par les professionnels de la santé est essentielle pour favoriser la récupération des patients.

Dans 70 à 80% des cas de traumatismes craniocérébraux (TCC) légers ou de commotions cérébrales, les patients récupèrent en bonne partie généralement en deux semaines. Pour les autres, les symptômes peuvent perdurer plusieurs semaines, voire plusieurs mois après l’impact.

Plusieurs éléments inconnus persistent encore dans la prise en charge optimale des commotions cérébrales, mais chose certaine, les professionnels de la santé ont un important rôle à jouer dans une réadaptation réussie.

Le Dr Pierre Frémont, médecin du sport et professeur titulaire au Département de réadaptation de la Faculté de médecine de l’Université Laval, et Pierre Langevin, physiothérapeute, enseignant à la Faculté de médecine de l’Université Laval, partagent leurs pistes de solution et leurs recommandations pour une bonne prise en charge des TCC légers en première ligne.

Les solutions

Détecter les commotions cérébrales toutes causes confondues

Bien que certains signes probants apparaissant à la suite d’un coup direct à la tête puissent faciliter la détection d’un TCC léger (comme une perte de conscience, une confusion, une amnésie, etc.), les professionnels de la santé ne doivent pas se limiter à ceux-ci, assure le Dr Pierre Frémont.

En effet, les commotions cérébrales peuvent survenir dans un nombre important de traumatismes, tels que le sport, évidemment, mais aussi les accidents de la route, les chutes ou la violence conjugale.

Selon le médecin, il faut rechercher les signes et les symptômes d’une possible commotion cérébrale dans tous les contextes où un traumatisme est survenu.

Par exemple, un patient se présente à l’urgence pour une fracture à la hanche à la suite d’une chute.

« Il ne faut pas se limiter à la blessure évidente. Il faut lui demander s’il s’est cogné la tête en tombant et être attentif.

S’il répond oui ou s’il ne sait pas, il faut rechercher activement les manifestations d’une éventuelle commotion cérébrale », dit-il.

Si le médecin qui évalue le patient a un doute quant à la possibilité d’une commotion cérébrale, il devrait procéder à une évaluation de façon systématique.

« C’est important, car la détection précoce et la mise en place de mesures simples améliorent la guérison », ajoute le Dr Frémont.

L’importance d’une gestion initiale standardisée avec réactivation précoce

Lorsqu’une commotion cérébrale est confirmée, les premiers jours de la récupération sont cruciaux.

Si, dans le passé, on encourageait le repos physique et cognitif jusqu’à la disparition des symptômes, ce n’est plus le cas aujourd’hui, précise le physiothérapeute Pierre Langevin.

« Le repos strict prolongé n’est plus recommandé, contrairement à il y a 20 ans.

Il faut plutôt une courte période de repos de 48 à 72 heures après l’impact.

On commence la réactivation précoce même s’il y a encore présence de symptômes, sans toutefois les aggraver ou en produire de nouveaux », explique-t-il.

Si les symptômes augmentent ou si de nouveaux apparaissent lors d’une activité, c’est le signe que le cerveau n’est pas prêt et qu’il vaut mieux attendre 24 à 48 heures avant de la reprendre, ajoute le Dr Frémont.

Les symptômes deviennent ainsi un guide pouvant aider les patients à déterminer leurs limites.

Enseigner au patient la gestion de son énergie

Lors de la phase de réactivation précoce, il est important que le patient soit en mesure de gérer lui-même son énergie.

« Le cerveau est comme une batterie rechargeable qui se décharge lorsqu’on fait une activité.

Quand on a une commotion, cette batterie se décharge plus rapidement », indique Pierre Langevin.

On pourrait ainsi suggérer aux patients d’alterner entre les périodes d’activation et les périodes de repos, et de faire les tâches plus exigeantes en début de journée lorsqu’ils sont plus reposés.

Cette recommandation s’applique également au retour au travail ou à l’école.

Par ailleurs, l’Association québécoise des médecins du sport et de l’exercice rend disponible, sur son site Internet, un outil sur la gestion de l’énergie après une commotion cérébrale à l’intention des patients.

Détecter les facteurs de risque de symptômes persistants le plus rapidement possible

La commotion cérébrale avec symptômes persistants se définit par la présence de symptômes plus de deux semaines après l’impact chez un adulte et environ quatre semaines chez un adolescent.

Elle représente 20 à 30% des cas de TCC légers.

Bien qu’il puisse être difficile de prédire la durée des symptômes, certains facteurs de risque peuvent contribuer à leur persistance.

Pierre Langevin invite les professionnels de la santé à questionner leurs patients dès le diagnostic initial.

Parmi les facteurs de risque figurent entre autres le nombre et l’intensité des symptômes au départ, la présence d’une pathologie associée, comme le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), un problème de santé mentale comme la dépression, ou encore le nombre antérieur de commotions.

Reconnaître les symptômes persistants pour adresser le patient au professionnel de la réadaptation approprié

Lorsque l’évolution du patient est assortie de symptômes persistants, plusieurs atteintes spécifiques doivent être recherchées, car elles peuvent être l’objet d’interventions susceptibles d’améliorer la récupération, précise le Dr Frémont.

Pierre Langevin indique qu’il existe quatre grandes catégories de symptômes lorsqu’on parle de symptômes persistants : somatiques (maux de tête, étourdissements, etc.), cognitifs (perte de mémoire, difficulté de concentration), affectifs (émotivité accrue) ou troubles du sommeil.

Le physiothérapeute rappelle l’importance de bien questionner son patient afin de le diriger vers le professionnel de la réadaptation qui convient : physiothérapeute, ergothérapeute, neuropsychologue ou kinésiologue.

Si le médecin traitant n’est pas à l’aise avec cette évaluation, une consultation auprès d’un médecin du sport ou d’une clinique spécialisée en TCC peut être envisagée.

Malheureusement, l’accès aux ressources de réadaptation publiques dans le cas de TCC légers peut être limité pour certains, notamment pour les adultes qui ne seraient pas assurés.

« Espérons que la prise de conscience de cette problématique de santé publique se traduira par une allocation de ressources publiques additionnelles », tient à préciser le Dr Frémont.

Ne pas minimiser l’importance de la prévention

Les stratégies de prévention primaire et secondaire des commotions font de plus en plus leurs preuves.

La réduction des contacts à l’entraînement, l’ajustement adéquat des casques, les protecteurs buccaux, l’entraînement neuromusculaire au niveau du cou et l’enseignement des techniques adéquates de contact sont des exemples de mesures qui réduisent la survenue des commotions cérébrales, poursuit le Dr Frémont.

En tant que médecin de première ligne, il est aussi possible de faire de la prévention sur le plan individuel.

En plus de rappeler à son patient qui pratique un sport de porter un bon équipement de protection, il est aussi possible de lui suggérer un entraînement neuromusculaire pour notamment stabiliser la tête, ajoute-t-il.

Ces mesures de prévention peuvent également être proposées aux patients qui consultent pour une blessure sportive afin de prévenir une future commotion cérébrale.

Former davantage les professionnels de la santé

Encore en 2022, des lacunes persistent dans l’enseignement des notions relatives aux commotions cérébrales auprès des futurs professionnels de santé, incluant les futurs médecins, croit le Dr Frémont.

Selon lui, la prévalence élevée de ce type de blessure en fait une problématique de santé publique à laquelle les professionnels de santé doivent être bien préparés.

Le spécialiste invite les médecins en exercice à aller chercher de la formation continue sur les commotions cérébrales ou encore à ne pas hésiter à adresser leurs patients à des médecins du sport pour leurs évaluations.