SANTÉ PUBLIQUE  –  Par Marielle Ammouche le 18-12-2020

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Si l’état de santé des français apparait globalement bon, il existe de fortes disparités en fonction du sexe et du genre des individus.

Ainsi, on observe des différences de morbi-mortalité et de comportements à risque plus ou moins marquées en fonction du sexe.

Et, dans de nombreuses situations, les spécificités liées au sexe et au genre ne sont pas – ou pas assez – prises en compte.

C’est le cas, en particulier chez les personnes en situation de handicap ou âgées, qui peuvent apparaitre comme « asexuées ».

En outre, les personnes trans et les personnes intersexes peinent souvent à accéder au système de santé dans de bonnes conditions.

La Haute Autorité de Santé (HAS) a donc décidé de se saisir de ce sujet dans le cadre de l’élaboration de son rapport annuel d’analyse prospective du système de santé.

Pour l’institution, en effet, « les constats développés dans ce rapport justifient aujourd’hui un changement d’approche ».

Elle formule donc 10 propositions pour inciter pouvoirs publics et acteurs de terrain à « inclure davantage les questions et enjeux liés au sexe et au genre dans les politiques publiques de santé et les instruments qui les servent ».

Le lien entre sexe, genre et santé est complexe et fait intervenir des facteurs biologiques et des déterminants sociaux. Pour la HAS, il apparait nécessaire d’aller au-delà des idées reçues et des représentations simplistes qui consistent, par exemple, à réduire la santé des femmes à la santé reproductive, ou celle des personnes trans aux questions liées à leur identité de genre.

Certaines pathologies sont attribuées à tort à un certain sexe, comme l’ostéoporose, ou dans le domaine des pathologies cardiovasculaires ou des maladies mentales.

En outre, la question de la surmortalité masculine avant 65 ans est préoccupante.

« Un équilibre doit alors être trouvé pour concevoir des stratégies d’action publique suffisamment globales et inclusives, tout en veillant à tenir compte des enjeux particuliers des différents sous-groupes de population » affirme la HAS.

Elle alerte contre des « effets en trompe-l’œil », avec des progrès globaux qui masquent une mise à l’écart de certaines catégories de personnes, comme c’est le cas des politiques de lutte contre les infections sexuellement transmissibles.

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Les 10 propositions que formulent la HAS s’adressent donc à la fois aux pouvoirs publics, et aux professionnels des secteurs sanitaire, social et médico-social, ainsi qu’aux universitaires et membres du secteur associatif, pour tenter de réduire les inégalités liées au sexe et au genre.

Les objectifs globaux sont de « prendre conscience de l’impact des questions de sexe et genre sur la santé, en tenir compte le cas échéant à chaque étape de la construction des politiques publiques de santé, et adapter les instruments destinés aux acteurs de terrain ».

Ces propositions visent le long terme. Il s’agit en particulier d’impliquer davantage les usagers du système de santé et les associations qui les représentent dans la réflexion initiale précédant les études d’impact, ou pour accompagner au plus près les personnes concernées.

Les recommandations doivent évoluer pour y intégrer les différences liées au sexe ou au genre.

La formation doit être adaptée pour que les acteurs de terrain puissent appréhender ces questions dans leur pratique quotidienne, mais aussi dans la gestion administrative.

De nouvelles études semblent aussi nécessaires.

Les données de santé, issues de la recherche clinique ou des enquêtes publiques notamment, doivent être analysées pour aller explorer plus profondément les causes des disparités constatées.

« Les résultats sont trop souvent considérés, par habitude, comme valables pour tous.

Prendre en compte le sexe et le genre dans la définition des questions de recherche, et veiller à une meilleure mixité dans les métiers de l’analyse des données, sont des façons de mieux mobiliser le patrimoine grandissant de données dont nous disposons » précise la HAS.

Il s’agit aussi de définir des méthodes d’évaluation et des indicateurs clés adaptés aux questions de sexe et de genre en santé, qui permettront progressivement d’améliorer la qualité, l’efficacité et l’efficience du système de santé.

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En outre, la HAS prend elle-même plusieurs engagements.

Elle décide notamment de faire des questions de sexe et genre, l’un des axes du plan de formation de ses agents, de mener des travaux sur la pertinence du « sex ratio », et d’inclure cette problématique dans ses méthodes de travail, ses guides méthodologiques et son projet stratégique.

Elle sensibilisera par ailleurs les industriels en intégrant au sein de ses évaluations des produits de santé la préoccupation sur la représentativité homme-femmes dans les données cliniques.

Sources : D’après la Haute Autorité de santé, 16 décembre 2020

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