Revue de presse Mediscoop du 05-10-2020

Le Figaro

Pauline Fréour remarque en effet dans Le Figaro : « Schizophrénie, trouble bipolaire, dépression, anxiété, addictions… La sensibilisation aux difficultés rencontrées par les personnes souffrant de ces maladies mentales s’améliore doucement. Mais sait-on à quel point elles s’avèrent mortifères, notamment lorsqu’elles s’additionnent ? ».

La journaliste explique que « cette double peine apparaît très clairement dans les résultats d’une vaste étude danoise, publiée dans la revue World Psychiatry. Grâce à des registres nationaux d’enregistrement des pathologies de tous les Danois, les enquêteurs disposent de données à l’échelle d’une population entière, ce qui rend leurs statistiques particulièrement fiables ».

Pauline Fréour précise que « selon ces données récoltées de début 1995 à fin 2016, chaque année, 9 personnes sur 1000 se sont vu diagnostiquer une maladie mentale. Et à la fin des 22 années d’observation, 40% des malades psychiatrique identifiés présentaient au moins deux pathologies mentales ».

Oleguer Plana-Ripoll (Université d’Aarhus), auteur principal, indique que « cette étude montre qu’il est courant que les gens développent plusieurs maladies dans le temps, par exemple d’abord une dépression, puis de l’anxiété, ou le contraire. On sait qu’il existe des facteurs communs à différents troubles mentaux : des difficultés socio-économiques, un traumatisme, ainsi que des prédispositions génétiques ».

La journaliste souligne que « les implications en sont dramatiques : l’espérance de vie de ces patients est écourtée de 5 à 17 ans, selon les pathologies. Les schizophrènes vivent en moyenne 9 ans de moins que la population générale, les dépressifs ou bipolaires, 5 ans. La mortalité est particulièrement forte lorsque le patient psychiatrique souffre en sus d’une addiction ».

Le Pr Xavier Laqueille, chef du service d’addictologie à l’hôpital Sainte-Anne (Paris), remarque ainsi que « le fait de prendre des substances psychoactives multiplie par 2 la mortalité des troubles mentaux, démences exceptées ».

Le Pr Pierre Thomas, chef du pôle psychiatrie, médecine légale et médecine pénitentiaire au CHU de Lille, ajoute que « les addictions et les troubles mentaux entretiennent des relations très dangereuses. Il arrive d’ailleurs parfois que la consommation de substances “masque” la pathologie mentale et retarde d’autant sa prise en charge ».
Pauline Fréour note que « l’étude danoise souligne à quel point il est essentiel de diagnostiquer et traiter le patient le plus tôt possible. […] Or il y a de grands progrès à faire ».

Le Pr Thomas rappelle en effet qu’« entre l’apparition des premiers symptômes d’un trouble mental et le début d’une prise en charge adaptée, il s’écoule en général 2 ans en France. À titre de comparaison, pour la sclérose en plaques, qui est aussi une maladie insidieuse, c’est 6 semaines ».

« En 2 ans, on a le temps de se marginaliser, d’arrêter ses études ou son travail, de perdre le contact avec sa famille… L’entrée en addiction survient souvent à ce moment-là, et au bout des 2 ans, la dépendance s’est bien ancrée. Pourtant, si l’on intervient tôt, on peut éviter la chronicité », souligne le spécialiste.

Date de publication : 5 octobre 2020