Publié le 30/03/2012

À l’heure où une campagne de « choc advertising » sur l’euthanasie crée le « buzz » en France [1] , ce thème passionne aussi aux antipodes : « L’euthanasie et l’assistance au suicide constituent peut-être aujourd’hui les questions les plus âprement débattues dans l’éthique médicale » explique ainsi Leo Sher [2] dans un éditorial de l’Australian & New Zealand Journal of Psychiatry. Illégales dans la plupart des pays, ces pratiques controversées sont parfois autorisées (comme au Luxembourg ou aux Pays-Bas) [3]. L’auteur évoque les connotations psychiatriques de la volonté suicidaire : « 90 % des suicides accomplis et la plupart des tentatives sont en rapport avec une maladie mentale. » Ce contexte psychopathologique (souvent méconnu) empêche de banaliser la demande d’« assistance » au suicide, car il n’est pas certain qu’en la formulant, l’intéressé conserve vraiment l’intégrité de son jugement.

Si la dépression est le problème le plus fréquemment incriminé, d’autres troubles psychiatriques peuvent conduire au suicide : alcoolisme ou addictions à diverses drogues, troubles anxieux, psychose, etc. Par exemple, environ « un tiers des cancéreux (en phase terminale) souffrent aussi d’une dépression majeure, 20 % d’un délire, et la moitié de troubles anxio-dépressifs. » Et pour Leo Sher, les patients souhaitant mourir lors d’une maladie grave ou en phase terminale « ont généralement une dépression pouvant être traitée. » D’autre part, il ne faut pas méconnaître la fréquence du « trouble de stress post-traumatique [4] chez les personnes très malades », ni les liens possibles entre des maladies mentales et la perception de la douleur : ces pathologies peuvent comporter des « altérations du processus algique » où des douleurs chroniques peuvent affecter le « fonctionnement émotionnel et neurocognitif. »

On doit donc transmettre aux jeunes médecins l’idée qu’une demande d’assistance au suicide est souvent « un appel à l’aide et un signe de dépression. » Il faut l’interpréter comme une incitation à trouver des « solutions de rechange positives pour des problèmes réels et difficiles. » Un autre aspect méconnu de la tentation à promouvoir l’euthanasie semble illustrer l’aphorisme (attribué à Samuel Johnson) « l’enfer est pavé de bonnes intentions » : il peut s’agir du refus de prolonger un « acharnement thérapeutique » pour des raisons matérielles. Ce risque est « considérable » et beaucoup plus élevé « dans les pays légalisant l’euthanasie ou le suicide assisté : gouvernements et compagnies d’assurance-maladie peuvent faire pression sur les médecins et les administrateurs d’hôpitaux pour limiter » (les dépenses de santé liées à la fin de vie) et « recommander l’euthanasie ou le suicide assisté. »

[1] http://www.jim.fr/en_direct/pro_societe/e-docs/00/01/FD/87/document_actu_pro.phtml
[2] http://www.internetandpsychiatry.com/joomla/editors/leo-sher-md.html
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9gislation_sur_l’euthanasie_par_pays
[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_de_stress_post-traumatique

Dr Alain Cohen

 Leo Sher: What should we tell medical students and residents about euthanasia and assisted suicide? Aust N Z J Psychiatry, 2012 ; 46 : 87–91.

 Vous pouvez lire sur un thème proche :

       Condamnations en série de la campagne pro euthanasie de l’ADMD