CANCÉROLOGIE NUTRITION  –   Par Marielle Ammouche le 12-11-2020

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L’Institut national du cancer (INCa) vient de publier une expertise sur les connaissances scientifiques concernant la nutrition pendant et après un cancer, assortie de recommandations.

Les risques associés à la surcharge pondérale, la dénutrition, ou encore l’alcool, et divers aliments spécifiques ou compléments alimentaires, ont été passés en revue pour les différentes localisations tumorales.

On sait depuis longtemps l’impact des facteurs nutritionnels pour la prévention des cancers. Mais il est aussi largement établi qu’une bonne hygiène de vie améliore la morbimortalité associée aux cancers. Il s’agit d’un enjeu majeur car près de 3,8 millions de personnes en France vivent aujourd’hui avec un cancer ou en ont guéri.

C’est pourquoi l’Institut national du cancer (INCa) a décidé de réaliser une expertise des dernières connaissances scientifiques dans ce domaine. Avec l’objectif d’actualiser les recommandations de l’American Cancer Society publiées en 2012. « La survie des patients atteints de cancer a été améliorée pour la plupart des localisations, grâce aux progrès effectués dans les dépistages, le diagnostic et les traitements des cancers, rappelle ainsi l’INCa.

Pour permettre la poursuite de cet élan, la prévention après un diagnostic de cancer apparaît comme un enjeu majeur. Elle permet en effet de réduire les risques de morbidité et de mortalité toutes causes confondues lors et après traitement de la pathologie cancéreuse ».

Les résultats de cette expertise sont présentés par localisation de cancers et portent sur l’influence de la surcharge pondérale, de la dénutrition, de la consommation d’alcool, d’aliments spécifiques ou de compléments alimentaires en particulier.

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Ainsi, le rapport confirme l’effet délétère de la surcharge pondérale (obésité) sur certaines localisations, en particulier, le cancer sein au stade précoce (risque de récidive, de 2ème cancer, de mortalité), le cancer colorectal (risque de récidive, mortalité), rénal (mortalité). À l’inverse, le surpoids et l’obésité sont associés à une diminution probable de la mortalité (globale et spécifique) chez les patients atteints de cancer du poumon, et de la mortalité globale chez les patients atteints de cancer de l’oesophage.

La dénutrition est aussi un facteur péjoratif. Elle est associée à une augmentation de la mortalité globale et du risque de récidive et de progression chez les patients atteints de cancer colorectal. Elle impacte aussi négativement les patients atteints de cancer du poumon, du pancréas, de l’œsophage, du foie, et de l’estomac. Il pourrait en être de même pour le cancer du rein, du col de l’utérus, du nasopharynx ou encore hématologiques ; mais les données apparaissent plus limitées dans ce cas.

Concernant l’alcool, les études prouvent son rôle délétère sur la survenue d’un second cancer après diagnostic d’un cancer des voies aérodigestives supérieures (VADS).

Effets de certains aliments

Le rapport détaille aussi l’impact de certains aliments. Ainsi, les régimes pauvres en matières grasses diminuent probablement la mortalité globale et le risque de récidive chez les patientes atteintes de cancer du sein.

Concernant le cancer prostatique, les acides gras saturés pourraient accroitre la mortalité globale et les produits laitiers gras, la mortalité spécifique. A l’inverse, les graisses végétales seraient bénéfiques.

La consommation de fibres réduirait la mortalité globale liée au cancer du sein. Et des données suggèrent que le café pourrait être associé à une diminution de la mortalité globale liée au cancer colorectal.

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Des effets variables pour les compléments alimentaires

Pour le cancer du sein, la consommation de compléments à base de vitamine C serait associée à une diminution probable de la mortalité. Ceux à base de vitamines D ou E pourraient aussi en diminuer le risque de récidive ; mais les preuves sont limitées. Autre complément potentiellement favorable : ceux à base d’acides aminés à chaine ramifiée contre le cancer du foie (effet sur la mortalité possible).

A l’inverse, l’American Cancer Society (ACS) a souligné les effets délétères de la consommation de compléments alimentaires à base de vitamine E chez des patients atteints de cancer des VADS. En outre, « plusieurs interactions entre compléments alimentaires et traitements anti-cancer ou autres ont par ailleurs été observées » soulignent les auteurs du rapport de l’INCa.

Si les données manquent concernant les doses, durées, et temporalité par rapport aux traitements ils déconseillent « aux patients atteints de cancer de consommer de compléments alimentaires, en l’absence d’indication médicale et de déficit en nutriments nécessitant une supplémentation ».

Des recommandations pour chaque localisation

Forts de ces données, les auteurs de cette expertise font des recommandations aux professionnels de santé qui prennent en charge des patients atteints de cancer pendant et après la maladie. Ils conseillent tout d’abord d’évaluer l’état nutritionnel des patients tout au long du parcours, de déclencher la mise en place d’un accompagnement nutritionnel si nécessaire, et de suivre et contrôler le poids.

Il s’agit, en particulier d’éviter la prise de poids en cas de cancer colorectal, du sein, du rein ; d’éviter toute perte de poids en cas de cancer pulmonaire, et de l’œsophage ; et de repérer tout signe de dénutrition en cas de cancer du poumon, et digestifs (colorectal, estomac, pancréas, foie).

La consommation d’alcool sera contrôlée, en particulier en cas de cancer des VADS. Au cours du cancer du sein, on limitera les aliments riches en matières grasses, et privilégiera les aliments riches en fibres (céréales complètes, légumes secs et fruits et légumes).

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Enfin, les auteurs de l’INCa promeuvent la pratique et la prescription d’une activité physique régulière, si besoin adaptée, conseillent de ne pas recourir aux compléments alimentaires sauf indication médicale, ni aux extraits et décoctions de champignons et plantes médicinaux chinois. Les régimes restrictifs et le jeûne thérapeutique sont aussi prohibés.

Sources : Institut national du cancer, 16 octobre 2020

https://www.e-cancer.fr/Expertises-et-publications/Catalogue-des-publica…

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