Publié le 17 avril 2010 à 05h00 | Mis à jour à 10h04
 
Le Cégep de Sainte-Foy interdira la vente de boissons énergisantes à partir de l’automne.
 
 
Le Soleil, Laetitia Deconinck
 
 
(Québec) L’Association régionale du sport étudiant déclare la guerre aux Red Bull, Guru, Monster et autres cocktails stimulants en lançant une campagne de prévention dans les écoles de la région. Un nombre croissant de cégeps ont d’ailleurs décidé de bannir leur vente entre leurs murs.
Les boissons énergisantes ont la cote auprès des jeunes, particulièrement auprès des sportifs. Les ados sont nombreux à ingurgiter quelques cannettes de Red Bull avant une compétition de soccer ou un tournoi de hockey. «La perception parmi les jeunes, c’est que tu seras plus performant si tu prends du Red Bull. Mais c’est plutôt le contraire!» lance Daniel Veilleux, directeur de l’Association régionale du sport étudiant de Québec et Chaudière-Appalaches.
C’est pourquoi l’organisme a lancé récemment une campagne de prévention pour mieux informer les jeunes des effets de ces boissons bourrées de caféine, de sucre et d’ingrédients naturels. Sur une des affiches, on voit une plante desséchée. «Les boissons énergisantes accélèrent la déshydratation, ce qui a des conséquences négatives directes sur la performance sportive», peut-on lire. Sur une autre, une souris rappelle aux jeunes qu’ils servent de «cobayes», puisque les effets à long terme de ces boissons sont encore inconnus. Ces affiches ont été distribuées dans les cégeps et les écoles secondaires de la région.
 
Sensibiliser avant de retirer
L’initiative a incité le Cégep de Sainte-Foy à interdire une fois pour toutes la vente de boissons énergisantes, à partir de l’automne. «Avec cette campagne, on va pouvoir sensibiliser les étudiants avant de retirer le produit. Ça vient donner un coup de pouce à la réflexion qu’on avait entamée», affirme Louise Bédard, directrice des affaires étudiantes.
Il est difficile pour l’instant de prévoir la réaction des étudiants, mais Mme Bédard se montre optimiste. «C’est sûr qu’on ne sait pas si les jeunes vont aller acheter ces produits au dépanneur, mais le fait de ne pas en avoir à proximité devrait diminuer la consommation. On ne prévoit pas de grosses rébellions du côté des étudiants», dit-elle. Il a été impossible d’en discuter avec un représentant de l’association étudiante du Cégep de Sainte-Foy.
Au Collège François-Xavier-Garneau, la vente des boissons énergisantes est interdite depuis deux ans. «Les étudiants n’ont pas trop protesté, tout s’est bien passé. On veut les inciter à prendre de bonnes habitudes», affirme Laurent Plante, directeur des affaires étudiantes et communautaires. Même scénario au Cégep Lévis-Lauzon, sur la Rive-Sud, où les cannettes de Red Bull ont disparu des machines distributrices depuis déjà quel­ques années.
Au Cégep Limoilou, on hésite encore à faire le saut. «On est en réflexion», affirme le directeur des affaires étudiantes, Louis Groulx.
«Si on arrête d’en vendre et que les jeunes vont dans les dépanneurs, on ne règle pas le problème.»
Plusieurs nouveaux produits arrivent régulièrement sur les tablettes et il est difficile de démêler ce qui est nocif ou pas, ajoute-t-il. «On en perd un peu notre latin», affirme celui qui aimerait bien que le ministère de l’Éducation donne des directives claires à ce sujet.
À la Direction régionale de santé publique, la diététiste Pascale Chaumette rappelle que certaines cannettes contiennent autant de caféine que deux ou trois cafés, parfois même plus. «Il y a une partie de l’information qu’on ne possède pas», comme la teneur exacte en caféine et les effets combinés avec le tabac, des médicaments ou de l’alcool, par exemple. «C’est là que ça commence à être dangereux», dit-elle.
Selon une enquête de la Direction de santé publique de la Capitale-Nationale réalisée l’an dernier, 54 % des jeunes de 12 à 18 ans boivent occasionnellement des boissons énergisantes alors que 12 % en consomment souvent.
 
Des affiches pour le maire Labeaume 
Pour sensibiliser le maire de Québec, Régis Labeaume, aux dangers du Red Bull, l’Association régionale du sport étudiant ne s’est pas gênée pour lui faire parvenir ses affiches.
«Quand on a, à la une d’un journal, un maire qui brandit une cannette de Red Bull et qui dit au monde d’en acheter si vous ne voulez pas perdre un événement, ça n’aide pas. Il faut agir avec prudence avec ces produits-là», affirme Daniel Veilleux, directeur général de l’Association régionale du sport étudiant. Pour démontrer son soutien à l’événement Red Bull Crashed Ice, qui se déroule depuis 2006 ans dans le Vieux-Québec, le maire Labeaume avait brandi une cannette de Red Bull en plein conseil municipal l’an dernier.
M. Veilleux note par ailleurs que les stratégies de marketing de ce produit s’apparentent de plus en plus aux tactiques qu’utilisait l’industrie du tabac.