Actualités  –  publiée le 23/05/2021 par Équipe de rédaction Santélog

Journal of Applied Physiology

Appliquer du froid sur une blessure musculaire pourrait dans de nombreux cas, retarder la récupération (Visuel Adobe Stock 301129289)

C’est le fameux protocole “RICE” qui vient d’être totalement remis en question : appliquer de la glace ou du froid sur une blessure musculaire pourrait dans de nombreux cas, retarder la récupération, conclut cette équipe de chercheurs de l’Université de Kobe (Japon).

L’étude menée sur un modèle animal, révèle que le refroidissement des muscles blessés retarde en effet la régénération musculaire.

Au-delà, les chercheurs décryptent ce phénomène : un retard dans l’arrivée des macrophages pro-inflammatoires puis anti-inflammatoires, responsables de la phagocytose ou de l’élimination des tissus endommagés.

La recherche, publiée dans le Journal of Applied Physiology remet en question une pratique pourtant courante dans le sport et l’éducation physique à l’école.

Les blessures musculaires englobent toute une gamme de lésions, allant du niveau micro-cellulaire à un niveau de blessure musculaire sévère.

Ces blessures comprennent non seulement celles qui surviennent pendant les cours d’éducation physique ou sportive à l’école, mais aussi les blessures du quotidien ou encore celles qui surviennent à la suite d’accidents ou de catastrophes.

Le protocole « RICE » pour Rest Ice Compression Elévation

(ou en français « GREC » pour Glaçage Repos Elévation Compression) est une approche courante pour les blessures musculaires quelle que soit l’étendue et la sévérité de la blessure.

Le protocole est utilisé dans l’éducation physique, le sport et même en médecine.

Ainsi, on applique systématiquement de la glace sur tous types de blessures musculaires.

« Mais on en sait peu sur les effets à long terme du « glaçage » 

L‘objectif, en appliquant la glace est de réduire voire supprimer l’inflammation, cependant, l’inflammation en réponse à une lésion tissulaire fait partie du mécanisme de réparation du corps et constitue une réponse vitale pour la régénération tissulaire.

En d’autres termes, supprimer l’inflammation avec de la glace peut retarder le processus de cicatrisation.

L’étude, in vivo : de précédentes études portant sur l’effet du refroidissement des muscles après une blessure ont abouti à des résultats contradictoires, certaines études concluant à un retard de régénération musculaire, d’autres indiquant que la glace ne perturbait pas le processus.

Cependant, c’est la première étude à évaluer ces effets, in vivo, chez un modèle de blessure imitant les blessures sportives courantes causées par contraction musculaire.

L’étude montre ainsi, chez la souris modèle de blessure musculaire, que :

  • 2 semaines après la blessure, le muscle squelettique régénéré est constitué de fibres plus petites chez les modèles du groupe d’intervention (glaçage) ;
  • La régénération des muscles squelettiques semble avoir été retardée ;
  • Durant le processus de régénération, les cellules inflammatoires se rassemblent sur le site de la blessure, éliminent les débris du muscle endommagé, puis commencent à construire un nouveau muscle.

Mais il apparaît plus difficile pour les cellules inflammatoires de pénétrer dans les cellules musculaires lésées lorsque de la glace est appliquée ;

  • Le glaçage semble retarder l’arrivée sur le site lésé, des macrophages, des cellules inflammatoires qui pénètrent dans le muscle lésé qui, normalement de pro-inflammatoires modifient leurs caractéristiques et deviennent anti-inflammatoires ;
  • Les macrophages sont incapables d’éliminer suffisamment les cellules et tissus endommagés ce qui retarde la production de nouvelles cellules musculaires et la régénération du muscle.

L’auteur principal, le Dr Arakawa, professeur agrégé de médecine, confirme que ces mécanismes suggèrent qu’en fait, ne pas appliquer de froid sur une blessure musculaire pourrait permettre une régénération plus rapide !

« Cette idée de refroidir immédiatement tout type de blessure est enracinée dans les cours d’éducation physique à l’école.

Certaines blessures très légères peuvent être soulagées par le froid, mais ce n’est pas le cas des blessure musculaires plus sévères ».

L’équipe travaille maintenant à préciser le protocole en fonction de l’étendue, du site et de la sévérité de la lésion musculaire :

« Notre objectif est de fournir des lignes directrices qui permettront aux personnes pratiquant le sport et aux professionnels de la réadaptation de disposer de recommandations précises sur la prise en charge à court terme des blessures musculaires ».

Source: Journal of Applied Physiology 07 May 2021 DOI : 10.1152/japplphysiol.01069.2020 Icing after eccentric contraction-induced muscle damage perturbs the disappearance of necrotic muscle fibers and phenotypic dynamics of macrophages in mice

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