Avons-nous déjà perdu face au transhumanisme ?

http://www.jim.fr/e-docs/00/02/8F/F3/carac_photo_1.jpg Publié le 07/10/2017

Paris, le samedi 7 octobre 2017 – De nombreux intellectuels et scientifiques mènent depuis plusieurs années une réflexion autour du transhumanisme. Faut-il accepter que les progrès technologiques et médicaux soient mis en œuvre pour augmenter les capacités cognitives et physiques de l’être humain, au-delà de toute velléité thérapeutique ?

Certains, minoritaires, voient de telles évolutions favorablement, estimant qu’il serait contre-productif d’écarter des méthodes qui pourraient permettre à l’homme de se dépasser. D’autres, fatalistes, jugent que les dérives sont potentiellement dangereuses, notamment éthiquement, mais que la bataille paraît déjà perdue. Le professeur de chirurgie urologique Guy Vallancien, membre de l’Académie de médecine refuse de se ranger dans une de ces deux catégories.

Aucune précaution castratrice 

Dans un récent post publié sur son blog hébergé par le Huffington Post, il rappelle tout d’abord son attachement sans nuance à l’innovation médicale. « Je ne vois aucune limite à introduire dans le corps humain des systèmes qui réparent les déficits liés à des maladies, à des malformations ou à des traumatismes, telles les prothèses en tous genres allant jusqu’au cœur, au pancréas artificiel et aux implants cérébraux. C’est mon métier et ces instruments et systèmes implantés parfois ultra sophistiqués peuvent améliorer la vie de celles et ceux qui souffrent », observe-t-il en guise d’introduction avant d’ajouter plus loin qu’à son sens « Aucune restriction, aucune précaution castratrice d’idées ne doit freiner ou empêcher la recherche scientifique dans sa liberté de création et d’invention ».

Le jouet de quelques entreprises au pouvoir sur dimensionné

Cette belle confiance dans la recherche médicale et dans la nécessité de ne pas faire obstacle au progrès dans ce domaine ne signifie pas que Guy Vallancien soit prêt à franchir le pas vers le transhumanisme. Sa limite semble notamment concerner les techniques qui entraîneraient des modifications du fonctionnement cognitif ; de même que les interventions qui, en dehors de visée thérapeutique, entraîneraient des modifications de son “propre corps”, de ses cellules, tissus et organes avec pour seule ambition des améliorations quantitatives.

Les principales raisons de son hostilité sont de deux ordres. D’abord, il juge que le transhumanisme n’est guère éloigné du dopage et autres techniques de “triche”, qui annihilent toute la grâce de l’effort et de la compétition. « Quel intérêt à rechercher l’exploit en s’augmentant artificiellement ? » s’interroge-t-il. De manière plus grave, il s’inquiète de l’aspect commercial de ces dispositifs qui contribueraient à doper les capacités humaines et se refuse d’être à la merci de grandes entreprises. « Qui m’implantera des électrodes intracérébrales pour augmenter ma mémoire ou mon QI, qui manipulera le wifi de ma connexion ? (…). Deviendrai-je ainsi le jouet d’une entreprise aux possibilités démoniaques, me transformant en esclave à faire ce qu’elle voudra » s’interroge-t-il avant de s’opposer avec force à une telle perspective.

Ce que vivre veut dire

Le professeur Vallancien n’ignore pas ce qui est en jeu est l’éternelle quête humaine de l’immortalité. Il s’agit cependant à ses yeux d’un leurre qu’il faut savoir dépasser. « Ce qui m’intéresse n’est pas d’être plus intelligent en terme de QI, de courir plus vite et de vivre plus longtemps. Ce que je veux c’est vivre avec l’intensité de sentiment et la densité d’être maximales, là maintenant. L’immortalité n’est pas mon Grall sachant qu’elle me fera devenir pour de bon un vieillard inutile quand, n’ayant pas muté en mille ans, je serais dépassé par le reste de l’univers continuant imperturbable sa course évolutive vers une finalité mystérieuse » analyse-t-il.

La bataille n’est pas perdue

Beaucoup des confrères de Guy Vallancien font une analyse proche, mais parmi ces derniers, un grand nombre considèrent pourtant que le combat est déjà perdu. Tel est par exemple le sentiment du docteur Laurent Alexandre, cité par Guy Vallancien. « Son constat repose sur le fait que la régulation des dérivées techniques des progrès dans la connaissance scientifique ne serait qu’une utopie transgressée depuis la nuit des temps» résume le praticien. Mais ce dernier se refuse à un tel fatalisme et considère que l’humanité a les moyens d’imposer sa position. « Renoncer et baisser les bras en se plaignant que la partie est perdue est la pire erreur que nous pourrions commettre, réduits en esclaves consentants d’un petit groupe de décideurs qui commanderait la totalité de nos pensées et de nos actions. Est-ce notre avenir? NON, trois fois non. Ne nous laissons pas bercer par les prédictions pseudo religieuses des gourous de la Silicon Valley, ne craignons pas non plus l’apocalypse des Cassandre du numérique, mais raisonnons pour agir au mieux de nos propres capacités aidés par les outils digitaux que nous créons » conclue-t-il.

Ainsi, on le voit sur ce sujet complexe du transhumanisme, notamment parce qu’il englobe des champs multiples, les appréciations sont elles aussi diverses et mettent en lumière les attitudes générales adoptées par chacun face à la majorité des problématiques éthiques.

Pour relire la position du professeur Guy Vallancien : http://www.huffingtonpost.fr/guy-vallancien/faut-il-avoir-peur-de-ce-que-la-science-reserve-au-corps-humain_a_23080436/

Aurélie Haroche

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