Accueil Régate  Coupe de l’America

Depuis le temps que les organisateurs de régates de haut vol essaient de se comparer à la Formule 1, la Coupe de l’America, elle, parvient à intégrer les vraies écuries de F1.

Après les Anglais d’Ineos avec Mercedes-AMG Petronas, Alinghi s’associe à Red Bull.

À quand Ferrari avec Luna Rossa ?

Mais c’est loin d’être la seule curiosité de la 37e America’s Cup où le mercato, l’espionnage et les surprises continuent…

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Pendant la 36e America’s Cup à Auckland le 12 mars 2021. | GILLES MARTIN-RAGET

Gilles MARTIN-RAGET. Publié le 16/12/2021 à 07h02

Vroum ! Vroum ! L’alliance enfin réelle de la Formule 1 et du bateau à voiles, ce n’est plus seulement une formule toute faite et un peu creuse, mais bien la réalité confirmée par le lancement à Genève de l’équipe Alinghi Red Bull Racing.

Celle-ci a officiellement annoncé son challenge pour participer à la 37 e édition de la Coupe de l’America, déposé via la Société Nautique de Genève.

Où aura lieu cette future America’s Cup en 2024 ? On ne sait pas encore.

Reste que Alinghi nouvelle formule réunit non seulement – en plus de son expérience de l’épreuve – deux équipes sportives au top des séries de catamaran sur foils (GC32 Racing Tour et Extreme Series) depuis plusieurs années, mais aussi désormais une association avec la cellule R&D de l’écurie de F1 Red Bull Racing… celle-là même dont le pilote Max Verstappen vient de remporter de manière spectaculaire le titre mondial de Formule 1 à Abu Dhabi.

Les tifosis rêvent d’une association entre Luna Rossa et Ferrari

Après la quasi-intégration du challenger officiel Ineos Team UK au sein de l’équipe Mercedes-AMG Petronas de F1, l’America’s Cup met un donc un gros paquet de chevaux-vapeur dans ses voiles.

Inutile de préciser que tous les tifosis du monde rêvent d’une association entre Luna Rossa et Ferrari !

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En juillet 2007 à Valence, les Suisses d’Alinghi gagnaient la 32e America’s Cup contre Emirates Team New Zealand. | COLIN MARTIN-RAGET

Le retour d’Alinghi dans la Coupe de l’America que l’équipe suisse a remporté deux fois (Auckland 2003, Valencia 2007) avant de la perdre (Valencia 2010) est sans conteste une bonne nouvelle pour le plus vieux trophée sportif de l’ère moderne, ainsi que pour tous les supporters de la « famille » Alinghi, et ils sont nombreux.

Un defender et quatre challengers de haut vol

En plus du defender Emirates Team New Zealand, ce sont donc désormais quatre challengers de très haut vol, tous largement financés et déjà au travail qui se présentent : Ineos Team UK (Ben Ainslie, Royal Ocean Racing), Luna Rossa (Max Sirena, Circolo Vela Sicilia), American Magic (Terry Hutchinson) qui ne représente plus le New York Yacht Club mais a fait savoir qu’il était en ordre de marche, et donc désormais Alinghi Red Bull Racing (Société Nautique de Genève).

Quel plateau !

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Ernesto Bertarelli à droite et Hans Peter Steinacher, double champion olympique en charge du volet voile chez Red Bull ont officialisé leur partenariat. | SAMO VIDIC/ RED BULL CONTENT POOL

Évidemment animée et financée par Ernesto Bertarelli, l’équipe suisse intègre Hans Peter Steinacher, double champion olympique en Tornado, l’Autrichien qui gère la voile pour Red Bull depuis de nombreuses années, mais aussi des vieux briscards comme le légendaire néo-zélandais Brad Butterworth (4 victoires dont deux avec Alinghi) ou l’incontournable entraîneur Pierre-Yves Jorand.

Des surprises côté mercato

L’équipage 100 % suisse intégrera surtout de jeunes navigateurs comme Arnaud Psaforaghis, Bryan Mettraux, tous deux présents à la conférence de presse de Genève.

Également sur scène, l’architecte naval d’origine italienne Silvio Arrivabene, déjà membre de l’équipe Alinghi lors des campagnes précédentes et passé depuis par la case American Magic, est intervenu en tant que responsable de la partie technique et de l’équipe de conception.

L’AC75 suisse sera construit à Ecublens chez Decision, chantier historique des Alinghi récemment racheté au groupe Carboman.

VOIR AUSSI :

America’s Cup. Alinghi officialise sa participation à la 37e Coupe et s’associe à Red Bull

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Brad Butterworth (Nouvelle-Zélande) Ernesto Bertarelli (Suisse) et Hans Peter Steinacher (Autriche) lors de l’annonce de la participation d’Alinghi Red Bull Racing à la 37e Coupe de l’America à Genève (Suisse), le 14 décembre 2021. | WWW.REDBULLMEDIAHOUSE.COM

Voilà de quoi donner un peu plus de souci – si jamais il en manquait – à Grant Dalton, le big boss d’Emirates Team New Zealand.

Non seulement il n’a toujours pas trouvé un lieu idéal pour organiser la prochaine édition – ce qui lui permettrait d’assurer le financement à la fois de son team et de l’organisation – mais le fait de vouloir le faire en dehors de la Nouvelle-Zélande lui crée une avalanche de problèmes.

Des soucis pour Grant Dalton, le big boss kiwi

En effet, loin de laisser tomber, les partisans d’une défense courue en baie d’Auckland emmenée par Mark Dunphy et Hamish Ross (ancien avocat d’Alinghi) continuent d’agiter les médias au point que désormais des voix s’élèvent en Nouvelle-Zélande pour pousser le Royal New Zealand Yacht Squadron à cesser de se cacher derrière l’accord qui donne les pleins pouvoirs à ETNZ pour mettre tout le monde autour d’une table et essayer de résoudre le problème.

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Emirates Team New Zealand lors de la dernière Coupe de l’America. | GILLES MARTIN-RAGET

Pensant que c’était une bonne nouvelle, « Dalts » a quand même annoncé que Prada allait faire valoir la cause de priorité de renouvellement de son contrat de 2021 pour redevenir sponsor de la finale, mais s’est fait retoquer dès le lendemain par la firme italienne qui a tenu à préciser qu’elle voulait d’abord voir quel serait le lieu choisi.

À rapprocher de la déclaration de Miuccia Prada, héritière de la marque et femme de Patrizio Bertelli, qui indiquait quelques semaines auparavant qu’il ne serait pas question pour elle d’aller courir en Arabie Saoudite, l’un des trois lieux généralement cités avec Cork en Irlande et un groupe de villes espagnoles.

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Alinghi sait voler. Ici en TF35 au Bol d’Or Mirabaud 2021. | GILLES MARTIN-RAGET

Côté Mercato, la surprise est encore venue du camp kiwi qui a annoncé avoir « signé » le talentueux australien Nathan Outteridge, et réembauché d’autres équipiers comme Glenn Ashby et Joss Junior Mais toujours pas Peter Burling et Blair Tuke. Étonnant !

Ces deux-là seraient en train de fricoter avec un challenger potentiel d’un pays « émergent « (sans expérience de la Coupe), seule solution pour eux de courir en dehors de Team New Zealand, que cela ne surprendrait personne. Ou pas.

Allez savoir ce qui se passe vraiment dans la base de Team New Zealand !

On attend avec impatience de voir la liste des design teams des différentes équipes pour savoir où sont passés les nombreux architectes et ingénieurs français qui travaillaient en coulisse à Auckland, et en premier lieu Guillaume Verdier.

La dernière fois que nous l’avions rencontré à Auckland (voir sa passionnante interview fleuve par ailleurs), il en avait un peu assez de s’habiller en noir tous les jours, ce qui ne veut rien et tout dire à la fois.

Seule certitude, son homologue Martin Fischer a quitté Luna Rossa pour Ineos Team UK. Ciao !

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Luna Rossa Prada Pirelli Team. | GILLES MARTIN-RAGET

La bonne nouvelle est que les Kiwis et les Anglais ont réussi à publier à temps le protocole qui donne les directives techniques des futurs bateaux et précise les contours de la prochaine édition.

Outre le fait qu’il n’y aura qu’une seule et même structure qui organisera la sélection du challenger et la finale, communication comprise, on retiendra que les AC75 V2 seront plus léger d’une tonne, menés par 8 équipiers au lieu de 11, qu’il y aura plus de pièces et de logiciels (dont celui d’aide au départ) monotypes, que les winches de foc et l’obligation de les manipuler vont disparaître, tout comme les code zéro et donc les bouts-dehors.

Toutes choses qui vont permettre aux bateaux de voler plus tôt dans la gamme de vent prévue et certainement d’aller plus vite, éventuellement d’économiser de l’argent.

En revanche, la production d’énergie humaine ne sera plus limitée aux bras ce qui ouvre la porte au retour des wincheurs « cyclistes ».

Chaque équipe ne pourra construire qu’un seul bateau neuf, le temps d’entraînement sera à nouveau limité, mais les équipes n’ayant pas participé à l’édition 2021 auront plus de temps disponible pour se faire les dents sur un bateau de la génération V1 qu’elles auraient racheté.

Alinghi Red Bull Racing serait donc dans ce cas.

Question subsidiaire : quel bateau l’équipe suisse va-t-elle racheter ?

Le premier bateau construit par les Kiwis est sorti de sa base la semaine dernière…

Ils ont inventé l’espionnage en commun

Autre point d’importance, la création d’un AC40 dessiné par Team New Zealand et qui sera construit en Chine par le chantier d’origine australienne Mac Conaghi.

Ce foiler intégral dont les deux premières unités sont – charité bien ordonnée commence par soi-même – réservées à Team New Zealand et Ineos Team UK, serviront d’outil d’entraînement à toutes les équipes mais serviront surtout de coursier pour deux épreuves annexes d’importance : la Youth America’s Cup et la Women America’s Cup qui seront organisées en marge de l’épreuve reine.

On ne sait pas encore si les jeunes dames, décidément très convoitées, pourront participer aux deux compétitions à la fois…

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American Magic en difficulté le 17 janvier 2021. | GILLES MARTIN-RAGET

Au chapitre des bizarreries absolues, les deux signataires annoncent la création d’une « équipe d’observation commune » qui filmera tous les entraînements des uns et des autres et mettra en ligne sans délai les chiffres de la journée, les manœuvres tentées ou les voiles utilisées par chaque équipe.

L’espionnage en commun, il fallait l’inventer !

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Pendant la dernière Coupe de l’America, sur les AC75 volants. | GILLES MARTIN-RAGET

Par ailleurs, il est prévu de faire une production TV sur ce qui se passe à l’intérieur des équipes sans aucune possibilité de refuser l’accès.

Là on demande à voir ! Pas certain de vouloir être à la place de celui qui ira filmer de près ce qu’il y a sur l’écran d’ordinateur de Dan Bernasconi au cœur du design team d’ETNZ.

Ou de « tourner » Dalton tenter de démolir de rage sa propre base parce qu’un secret bien gardé aura fuité dans les médias. On va rire !

La France dans tout ça ? Pas forcément aux oubliettes…

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Ernesto Bertarelli pendant le Bol d’Or Mirabaud 2021. | GILLES MARTIN-RAGET

Et la France dans tout ça, partie aux oubliettes ? Mmm… Pas si sûr que cela !

Disons que lorsque vous avez déjà participé à la Coupe de l’America, que ce soit du temps des AC75 monocoques époque Valencia ou des AC50 à deux coques façon Bermuda, et/ou si vous avez plus qu’un pied dans le circuit SailGP, le virus ne vous quitte pas si facilement.

Ça s’agite en coulisses, des yachts clubs situés bien au Sud et à l’Est de la Loire ont été contactés, mais il est bien trop tôt pour que les impétrants veuillent – ou puissent – annoncer quoi que ce soit.

Donc, comme il est prudent de le faire en matière de Coupe de l’America, il est urgent de wait and see…

COUPE DE L’AMERICA ALINGHI 75 ERNESTO BERTARELLI GRANT DALTON

BEN AINSLIE RACING MATCH-RACING FOILER