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Catamarans de sport, multicoques géants, monocoques 60 pieds, dériveurs légers, Figaro 3… On se pose la question : cette floraison de foils finira-t-elle par atteindre les bateaux de croisière ? On a demandé à l’architecte David Raison, connu pour avoir été le pionnier des carènes de type scow et aussi pour avoir développé, au sein de la société SEAir, la version volante de son fameux proto mini 747.

Le chantier Black Pepper avait mis à l’eau à l’été 2018 une version foiler de son Code 1 – un monocoque chic de 12 mètres. D’après le constructeur ces appendices permettent de gagner 30 % de vitesse au reaching !

Le chantier Black Pepper avait mis à l’eau à l’été 2018 une version foiler de son Code 1 – un monocoque chic de 12 mètres. D’après le constructeur ces appendices permettent de gagner 30 % de vitesse au reaching ! | VIDEOCIEL.COM

Sébastien MAINGUET. Publié le 16/06/2020 à 06h30

PRESQUE VRAI : « De mon point de vue, pour du bateau de grande diffusion, ce sera assez difficile à démocratiser. En tout cas pour les foils tels qu’on les voit sur les bateaux de course. Pourquoi ? Déjà parce que ça coûte cher, c’est beaucoup de maintenance et ça induit des fragilités. Si vraiment on accélère beaucoup cela peut aussi devenir accidentogène.

Donc pour des bateaux à moteur pourquoi pas, puisque cela a un impact intéressant sur la consommation, on dépasse les 20 % d’économie de carburant (SEAir a développé des foils pour bateau semi-rigide et c’est assez convaincant, ndlr), mais à la voile, à court et moyen termes, je n’y crois pas vraiment. De toute façon l’intérêt d’un foil par rapport à une carène traditionnelle augmente avec la vitesse.

Article à retrouver dans le n° 585 de Voiles et Voiliers en vente ici

Pour l’architecte David Raison, difficile d’imaginer des bateaux de croisière à foils. | LOÏC MADELINE

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Sur les Imoca par exemple, plus ils vont vite et plus ils mettent la charge sur le foil. Ce n’est même pas une question de poids, c’est d’abord une question de vitesse. Il y a un seuil de vitesse en deçà duquel le foil est pénalisant : il est moins efficace pour créer du couple de redressement ou de la sustentation qu’une carène à déplacement traditionnelle, ou même qu’une carène planante traditionnelle.

Pour que les foils apportent un bénéfice il faut aller assez vite, et avec des bateaux de croisière ce n’est pas possible. Je n’irais pas m’emmerder avec ça.

Alors bien sûr, on pourrait imaginer d’en mettre sur des catas de croisière un peu rapides. Ils ont tenté le coup avec le Gunboat G4, mais bon, il fallait un équipage assez chevronné. Mais un plaisancier, quand il prend son bateau pour aller faire de la croisière, il a envie d’être en famille ou entre amis et il ne veut pas d’un bateau compliqué ou stressant.

De même qu’à mon avis, sur le marché automobile, ce qui bride le développement des voitures hybrides ou électriques, c’est aussi le fait que c’est un peu compliqué et que ça change les habitudes. Avec le foil c’est le même problème, pour un gain qui n’est pas du tout évident.

Et cela complique aussi le carénage… À titre personnel, je n’irais pas m’emmerder avec ça. En bref ça marche sur des bateaux à moteur, parce qu’en bateau à moteur tu vas plus vite qu’en bateau à voile… Et il y a aussi le fait qu’en bateau à moteur, tu es à peu près tout le temps à plat, alors qu’un monocoque à voile ça gîte, donc c’est plus compliqué aussi pour cette raison : il faut que le foil s’adapte aux différents angles de gîte du bateau. »

Le cas du Gunboat G4

La vidéo avait beaucoup circulé à l’époque sur les réseaux sociaux : on y voit un drôle de catamaran rouge baptisé Timbalero III qui chavire pendant les Voiles de SaintBarth. C’était en 2015. Il s’agit d’un Gunboat G4, le seul véritable voilier « de croisière », disons plutôt de course-croisière, à foils qu’on ait vu à ce jour.

Il était vraiment capable de voler au-dessus de l’eau et ne pesait que 2,8 tonnes pour 12,74 mètres…

Mais quand le groupe Grand Large Yachting a repris la marque Gunboat en 2016, le G4 a été laissé de côté. « On a sciemment décidé de ne pas le reprendre, affirme Benoît Lebizay, actuel directeur général de Gunboat. On ne peut pas héberger sous la même marque un bateau de croisière, même très rapide, et un bateau qui vole. Même si on va à 25 nœuds, ce n’est pas la même chose que de voler… Pour nous ce n’est pas compatible avec l’image croisière, performances, luxe qu’on veut pour Gunboat. »

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L’un des deux seuls G4 construits à ce jour était en vente sur le site du broker monégasque Y.CO pour 2 millions d’euros. | DNA