https://www.jim.fr/e-docs/00/02/BB/9B/carac_photo_1.jpg Publié le 23/08/2019

Dans les pays à hauts revenus, parmi les patients chez lesquels un cancer a été diagnostiqué, environ un sur deux survit 10 ans ou plus. Cependant, cet allongement de la survie semble associé à une augmentation du risque de pathologies cardiovasculaires à moyen et long termes.

Cela serait la conséquence de la cardio-toxicité des traitements et de mécanismes en relation directe avec la biologie du cancer, ajoutés aux facteurs de risque cardiovasculaire « habituels ». Il apparaît donc essentiel de préciser ce risque, pour mettre en place des mesures de prévention et une prise en charge efficaces.

Pour cela, une équipe du Royaume-Uni a constitué une cohorte de 108 215 personnes en vie au moins 1 an après un diagnostic de l’un des 20 des cancers les plus courants. Ces patients ont été comparés à 523 541 sujets témoins.

L’analyse des données montre que les patients avec des antécédents de cancer ont en effet un risque supérieur de développer une ou plusieurs pathologies cardiovasculaires. Mais il apparaît aussi que le risque varie selon le site du cancer et son évolution.

Des risques cardiovasculaires élevés mais différents selon le type de cancer

L’attention est principalement attirée par le risque de maladie thrombo-embolique, élevé chez les patients traités pour 18 cancers spécifiques sur 20. Si le risque est modérément augmenté après un cancer prostatique (Hazard Ratio HR 1,72 ; intervalle de confiance à 95 % IC 1,57 à 1,89), il est maximal après un cancer pancréatique (HR 9,72 ; IC 5,50 à 17,18). Le risque diminue toutefois avec le temps, mais reste supérieur à celui des témoins plus de 5 ans après le diagnostic.

Le risque d’insuffisance cardiaque ou de cardiomyopathie est lui aussi significatif, après 10 des cancers les plus courants, incluant les cancers hématologiques (HR 1,94 ; IC 1,66 à 2,25 pour les lymphomes non-hodgkiniens, HR 1,77 ; IC 1,50 à 2,09 pour les leucémies et HR 3,29 ; IC 2,59 à 4,18 pour le myélome multiple). Les cancers œsophagiens sont aussi en cause (HR 1,96 ; IC 1,46 à 2,64), de même que les cancers pulmonaires (HR 1,82 ; IC 1,52 à 2,17), rénaux (HR 1,73 ; IC 1,38 à 2,17) et ovariens (1,59 ; 1,19 à 2,12). La possibilité d’arythmie, de péricardite, de pathologie coronaire, d’accident vasculaire cérébral et de pathologie valvulaire sont retrouvés pour de nombreuses localisations cancéreuses, y compris hématologiques.

Les traitements sont probablement en cause

Notons que l’augmentation relative de l’incidence des accidents thrombo-emboliques, de l’insuffisance cardiaque ou des cardiomyopathies est plus marquée chez les patients n’ayant pas d’antécédents cardio-vasculaires et chez les plus jeunes.

L’accroissement du risque de pathologie cardiovasculaire ne semble pas pouvoir être expliqué par les facteurs de risque « classiques ». Les données semblent en revanche désigner les traitements, et particulièrement la chimiothérapie, comme les principaux responsables.

Il apparaît de plus en plus évident que des stratégies pour réduire et prendre en charge le risque cardiovasculaire sont nécessaires pour les patients, de plus en plus nombreux, survivants après un cancer.

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCES: Strongman H et coll. : Medium and long-term risks of specific cardiovascular diseases in survivors of 20 adult cancers: a population-based cohort study using multiple linked UK electronic health records databases. Lancet, 2019 ; publication avancée en ligne le 20 août. doi.org/10.1016/S0140-6736(19)31674-5.

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