NUTRITION PÉDIATRIE    –    Par Corinne Tutin le 17-09-2019

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[CONGRES FRANÇAIS DE PEDIATRIE] Les enquêtes du Crédoc mettent en évidence une baisse de la diversification alimentaire globale dans la population, y compris chez les enfants.

« Les comportements alimentaires de la population évoluent », a expliqué Pascale Hebel, directrice du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), lors d’un symposium organisé à Paris le 20 juin dernier par le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) durant le congrès de la Société française de pédiatrie. Et les chiffres révèlent que la tendance ne va forcément dans le bon sens « avec une baisse de la diversité alimentaire, qui est pourtant corrélée à un meilleur indice d’alimentation saine », a insisté Pascale Hebel.

Tous les 3 ans, le Crédoc réalise des enquêtes sur les comportements et consommations alimentaires en France (CCAF). Leur évolution entre 2003 et 2016 révèle une alimentation de moins en moins variée lorsqu’on considère 5 groupes d’aliments : fruits/légumes/produits laitiers/viandes, œufs et produits de la mer/céréales. Cette réduction de la diversité alimentaire se voit chez les enfants de tous âges, ainsi que chez les adultes sauf à partir de 65-70 ans, et est particulièrement marquée chez les adolescents.

En 2016, 45 % des enfants de 3 à 17 ans consommaient ainsi moins de 2 portions de fruits et légumes par jour, contre 34 % en consommant 2 à 3,5 portions par jour, 15 % entre 3,5 et 5 portions, et 6 % 5 portions ou plus. Et, la consommation de produits laitiers, pourtant source de calcium, a diminué de 6 % et celle de lait de 21 % en 13 ans chez eux (176,9 ml/j en moyenne chez les 3-17 ans en 2016 contre 225,2 ml en 2003). Un fait que Pascale Hebel explique principalement par « un saut de plus en plus fréquent du petit-déjeuner, qui est le repas où 70 % du lait est consommé chez les 3-17 ans »« Un quart des 7-14 ans ne prend pas de petit-déjeuner tous les jours », a ainsi signalé Pascale Hebel. Chez les 15-17 ans, on dépasse même les 35 %.

Les familles se tournent aussi de plus en plus vers des produits plus pratiques, faute de temps car 80 % des femmes travaillent et les temps domicile-travail peuvent être longs. Ce sans compter le temps consacré aux écrans. Les enfants mangent donc davantage de pizzas et quiches qu’il y a quelques années (+ 39 % chez les 3-5 ans et + 38 % chez les 6-10 ans  entre 2007 et 2016), de sandwichs (+ 23 % chez les 6-10 ans), de compotes (+ 32 % chez les 6-10 ans), de plats composés (+ 13 % chez les 6-10 ans), La consommation d’aliments peu coûteux comme les pâtes, qui a été favorisée par la crise financière et économique de 2008, s’est accrue (+ 9 % chez les 3-5 ans et 6-10 ans entre 2007 et 2016), tandis que celle des viandes s’est réduite (- 19 % dans cette tranche d’âge) sauf pour les volailles (+ 50 %).

La France reste un pays où les repas sont plus diversifiés qu’ailleurs et continue de se différencier par un contenu calorique du déjeuner pratiquement équivalent à celui du diner alors que dans beaucoup d’autres pays le déjeuner est réduit à la portion congrue. « Mais, la tendance à manger en dehors des repas augmente. »

De plus en plus d’évictions

Après une stabilisation entre 2007 et 2010, en raison probablement de la crise économique, les attentes santé ont aussi progressé de la part des Français et 91 % des personnes interrogées considéraient en 2018 (contre 75 % en 1997 et 87 % en 2013) que la manière dont on mange a une influence sur son état de santé.

Les jeunes générations, mais pas seulement elles- en fait tous les Français de moins de 65 ans, citent aussi l’environnement comme l’une de leurs principales préoccupations. Cette valorisation du capital santé avec une attention portée au risque de cancers, à l’obésité, et les nouvelles attentes écologiques, ont toutes probabilité « de s’accompagner d’une accentuation de la baisse de produits animaux dans les années qui viennent », estime Pascale Hebel.  En 2018, 35 % des adultes (contre 33 % en 2016) déclaraient avoir limité leur consommation de viandes, et 3 % suivaient un régime sans lactose (2 % en 2016) et 2 % un régime sans gluten (même pourcentage en 2016).

Il faudra veiller à ce que cette évolution des consommations alimentaires permette de couvrir les besoins nutritionnels des enfants et adultes, notamment s’agissant des apports en calcium, protéines…

Activité sportive : du mieux chez les adultes mais pas chez les enfants

Un autre point d’inquiétude concerne la pratique d’une activité physique, élément qui a aussi été analysé dans les études CCAF. Chez les adultes, « cela bouge » (un peu), et 43 % d’entre eux étaient considérés comme « actifs » en 2016, c’est-à-dire pratiquant au moins 2 heures d’activité physique par semaine, contre 22 % en 2010 et 40 % en 2013. Rien de tel malheureusement pour les enfants, avec 64 % d’actifs (plus de 4 h/semaine) en 2016  soit moins qu’en 2007 (65 %).  C’est un élément essentiel à améliorer chez les enfants avec la diversification de l’alimentation, a souligné Pascale Hebel.

Sources : D’après la communication de P. Hebel (Paris) lors d’un symposium organisé par le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (CNIEL) dans le cadre du congrès de la Société française de pédiatrie (Paris, juin 2019).