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Vincent Richeux – 13 novembre 2018

Chicago, États-Unis — Une supplémentation quotidienne en acides gras oméga-3 ou en vitamine D ne réduit pas le risque d’événement cardiovasculaire majeur et ne protège pas du cancer, selon l’essai VITAL(Vitamin D and Omega-3 trial), qui a suivi près de 26 000 adultes en bonne santé. Les résultats ont été présentés au congrès AHA 2018 [1] et publiés simultanément dans le NEJM.

En considérant les critères secondaires d’évaluation, « l’apport d’oméga-3 semble toutefois avoir un léger impact sur l’incidence de l’infarctus du myocarde, tandis que la vitamine D réduirait la mortalité par cancer à plus long terme », a souligné le Dr JoAnn Manson (Harvard Medical School, Boston, Etats-Unis), principale auteure de l’étude, lors d’une conférence de presse.

Pour autant, les chercheurs sont formels : « une supplémentation quotidienne avec une dose élevée de vitamine D pendant cinq ans chez des individus américains initialement en bonne santé ne réduit pas l’incidence des cancers ou d’événements cardiovasculaires majeurs ».

Un suivi sur plus de 5 ans

Dans cette étude contrôle randomisée, le Dr Manson et son équipe ont inclus 25 871 adultes américains en bonne santé, sans antécédent de maladie cardiovasculaire ou de cancer, mais considéré comme à risque, en raison de leur âge (hommes de 50 ans ou plus et femmes de 55 ans ou plus). La moyenne d’âge est de 67 ans.

Ils ont été randomisés en double aveugle, selon un protocole en plan factoriel deux par deux permettant d’avoir une évaluation indépendante des deux produits. Ils ont reçu soit de la vitamine D3 (2000 UI par jour) ainsi que des acides gras oméga-3 (1g par jour), soit l’un ou l’autre avec un placebo, soit deux placebos.

Influence de la consommation de poisson

Le critère principal d’évaluation est un critère composite d’événements cardiovasculaires majeurs associant infarctus du myocarde, AVC ou décès d’origine cardiovasculaire. Pour le risque de cancer, il est basé sur l’incidence des cancers invasifs. Les critères secondaires distinguent les événements cardiovasculaires, le type de cancer et portent sur la mortalité.

Dans une première analyse se focalisant sur les effets de l’apport en oméga-3, 386 événements cardiovasculaires majeurs ont été rapportés chez les participants supplémentés, après un suivi médian de 5,3 ans, contre 419 événements dans le groupe placebo [2]. La différence n’est pas significative.

En s’attardant plus en détail sur le type d’événement majeur, il apparait néanmoins une légère différence concernant le risque d’infarctus du myocarde, réduit de 28% avec la supplémentation en oméga-3, par rapport au groupe contrôle (HR=0,72, IC à 95%, [0,59-0,90]). En revanche, il n’y a pas de différence pour la mortalité cardio-vasculaire ou le risque d’AVC.

La diminution du risque d’infarctus du myocarde est apparue davantage significative chez les participants afro-américains (-61%) et chez les individus consommant également moins de 1,5 ration de poisson frais par semaine (-40%). Chez ceux en consommant davantage, le bénéfice supplémentaire disparait.

Selon les chercheurs, ce bénéfice potentiel des oméga-3 sur le risque d’infarctus du myocarde « amène à s’interroger sur les différences observées dans des essais portant sur la prévention primaire et secondaire ». Les données de la littérature, même si elles peuvent être contradictoires, sont en effet un peu plus en faveur du bénéfice des oméga-3 en prévention secondaire.

Pour ce qui est du cancer, les chercheurs ont recensé 820 cas de cancer invasif au cours du suivi dans le groupe sous oméga-3, contre 797 cas dans le groupe placebo. Là encore, la différence n’est pas significative. Les incidences de cancer du sein, de la prostate ou de cancer colorectal sont apparues similaires. Tout comme la mortalité par cancer.

Mortalité toutes causes : résultats conformes aux précédentes méta-analyses

« L’absence d’effet significatif d’une supplémentation par oméga-3 sur la mortalité toutes causes dans cet essai est conforme aux résultats de précédentes méta-analyses et avec ceux de l’essai ASCEND », soulignent les auteurs. Présenté lors de l’ESC 2018, cet essai s’était, en effet, avéré négatif pour les oméga-3 en prévention cardiovasculaire chez les diabétiques.

« En ce qui concerne le cancer, nos résultats sont similaires à ceux des études sur l’intérêt des oméga-3 en prévention secondaire du risque cardiovasculaire qui ont montré que l’effet des acides gras sur l’élévation de l’incidence du cancer est nul ou léger (mais non significatif) », ont ajouté les chercheurs.

« L’absence d’effet significatif d’une supplémentation par oméga-3 sur la mortalité toutes causes dans cet essai est conforme aux résultats de précédentes méta-analyses et avec ceux de l’essai ASCEND Les auteurs

Vitamine D: un effet sur plus long terme?

Dans la deuxième analyse portant sur l’effet de la vitamine D, les chercheurs ont recensé 396 événements majeurs dans le groupe en recevant, contre 409 événements dans le groupe contrôle. La différence n’est pas significative. Cette fois, les résultats étaient similaires en distinguant les cas d’infarctus du myocarde, d’AVC ou la mortalité.

Par ailleurs, 793 cas de cancer invasif ont été rapportés chez ceux prenant de la vitamine D, contre 824 cas dans le groupe contrôle. Là encore, la différence n’est pas significative, même en distinguant les cancers du sein, de la prostate ou du colon.

En revanche, si la mortalité toutes causes reste identique entre les groupes, les chercheurs ont trouvé une diminution de 25% de la mortalité par cancer après exclusion des données des deux premières années. Par ailleurs, l’incidence du cancer est légèrement réduite chez les individus présentant un indice de masse corporel (IMC) normal.

« Ces résultats obtenus après évaluation sur les critères secondaires sont à prendre avec précaution », a affirmé le Dr Manson. En effet, l’étude étant négative sur le critère principal, les analyses comparatives sur les critères secondaires ne sont pas ajustées en tenant compte de différentes facteurs, liés notamment au profil des participants.

Une supplémentation sans grand intérêt

« En résumé, une supplémentation quotidienne avec une dose élevée de vitamine D pendant cinq ans chez des individus américains initialement en bonne santé ne réduit pas l’incidence des cancers ou d’événements cardiovasculaires majeurs », ont conclu les auteurs.

Venue commenter l’étude après sa présentation en conférence de presse, Jane Armitage (University of Oxford, Royaume-Uni) a souligné la qualité de l’étude, considérée comme robuste. « Il faut désormais admettre qu’une supplémentation en vitamine D en prévention primaire, notamment du risque de cancer, n’a pas vraiment d’intérêt ».

En ce qui concerne l’apport en oméga-3, « beaucoup d’études ont montré une absence de bénéfice, malgré les espoirs suscités en prévention cardiovasculaire », a ajouté la chercheuse, qui a par ailleurs participé à l’essai ASCEND. « C’est le cas également de cette nouvelle étude, qui conteste, elle aussi, les résultats rapportés dans les études observationnelles ».

Pour ce qui est du bénéfice observé avec les critères secondaires, « les résultats sont très intéressants, mais on doit rester prudent dans l’interprétation. L’analyse ne me semble pas assez solide pour leur donner de l’importance ».

Il faut désormais admettre qu’une supplémentation en vitamine D en prévention primaire, notamment du risque de cancer, n’a pas vraiment d’intérêt – Jane Armitage

Actualités Medscape © 2018

Citer cet article: Prévention du cancer et du risque CV: la vitamine D et les oméga-3 hors-jeu dans VITAL – Medscape – 13 nov 2018.

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