GÉRIATRIE  Par Charline Delafontaine le 29-04-2020

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Chaque année en France, près de 400 000 personnes âgées font une chute accidentelle et près de 12 000 personnes en décèdent. Comment prévenir et réduire le risque de chute ?  Les propositions de la Fondation de l’Académie de Médecine.

« La prévention des troubles de l’équilibre et des chutes doit débuter dès l’âge de 60 ans », rappellent les spécialistes réunis à l’occasion du deuxième débat organisé par la Fondation de l’Académie de Médecine dans le cadre de son cycle de conférences « Société & Vieillissement ».

Des débats coordonnés par le Pr Jean-Pierre Michel, gériatre, académicien et Président du groupe de travail ayant réalisé le rapport sur le vieillissement rédigé par la Science Advice for Policy by European Academies (Sapea) pour l’Union européenne.

« Dans un contexte de vieillissement de la population, la prévention des chutes constitue un enjeu majeur de santé publique. Chaque année en France, on recense près de 400 000 chutes chez les personnes âgées : 35 % des 65-80 ans sont touchés, et 50% des plus de 80 ans. Avec près de 12 000 décès annuels dus aux chutes ou aux conséquences de ces chutes, il s’agit là de la première cause de décès accidentel », retrace le Pr Jean-Pierre Michel.

Au-delà des traumatismes psychologiques tels que « la peur de tomber », ces chutes ont des conséquences importantes en matière économique, sociale et politique, du fait des traumatismes physiques qui en découlent, conduisant souvent à des limitations fonctionnelles, une diminution de la qualité de vie des patients, une perte d’autonomie voire une entrée en institution. « Le coût annuel en matière de santé publique est aujourd’hui estimé entre 1,5 et 2 milliards d’euros », souligne ainsi le Pr Jean-Pierre Michel.

Identifier les sujets fragiles et / ou ceux à haut risque de chute

Pour évaluer le risque de chute chez un patient, le Pr Patrice Tran Ba Huy, ancien chef de service ORL de l’hôpital Lariboisière (Paris) et ancien Président de la Société Française d’ORL, recommande le recours à deux tests, très rapides. Le premier : le sujet est-il capable de maintenir l’équilibre en station unipodale au-delà de 5 secondes ? Le second : le test « Up and go » (« lève-toi et marche »).

« Faites asseoir votre patient sur un siège sans accoudoirs et placé à 3 mètres d’un mur. Demandez-lui de se lever, d’aller toucher le mur et de revenir s’assoir en moins de 20 secondes. Si votre patient met plus de 30 secondes à effectuer l’exercice, c’est qu’il présente un risque de chute », explique le Pr Patrice Tran Ba Huy.

Premier réflexe ? Rechercher une auto ou polymédication psychotropes (antidépresseurs, somnifères…), antihypertenseurs, diurétiques, anti-vertigineux, vasodilatateurs, etc.  Second réflexe ? Corriger une déficience en vitamine D ou un éventuel désordre métabolique. Enfin, veiller à identifier les facteurs de risque tels que les antécédents de chutes, les troubles cognitifs, ceux de la vision, de l’audition ou du rythme. En cas de suspiscion, faites appel à un spécialiste.

Des interventions multifactorielles pour réduire le risque

Un bilan clinique multidisciplinaire peut s’avérer nécessaire : O.R.L. (examen vestibulaire, recherche d’une pathologie de l’oreille moyenne…), ophtalmologique (bilan de l’acuité et du champ visuel), orthopédique (bilan podal, articulaire, étude de la marche…), gériatrique (altération de l’état général, maladies chroniques) et neurologique.

Au-delà du port d’appareils auditifs, lunettes et verres correcteurs adaptés, l’aménagement de l’habitat ne doit pas être négligé : éclairages, revêtements de sol etc. Les équipements domotiques peuvent également s’avérer utiles pour non seulement prévenir mais également agir en cas de chute. Informez-en les patients et leur entourage. Enfin la contribution de l’activité physique ne doit pas être négligée.

« Les expériences montrent que la pratique d’une activité physique régulière et adaptée permet de réduire de 30% le risque de chute », souligne le Pr Jean-Pierre Michel. Les exercices recommandés ? Ceux centrés sur le travail de l’équilibre (le tai-chi-chuan par exemple), le renforcement musculaire et l’amélioration de l’endurance.

L’Académie s’engage pour améliorer la prise en charge du vieillissement
En 2020, la Fondation de l’Académie de Médecine ouvre un cycle de débats consacré au vieillissement. Au programme : cinq séances ayant à la fois une portée scientifique et une visée opérationnelle avec des recommandations concrètes, ainsi qu’un appel à projets associatifs avec un gala de remise des prix. Une Conférence de restitution à l’Assemblée nationale est prévue à l’automne 2020 afin de porter au plus haut niveau des décideurs publics les analyses et propositions issues de ces 5 conférences.

Sources :   D’après un débat organisé par la Fondation de l’Académie de Médecine dans le cadre de son cycle de conférences « Société & Vieillissement »

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