Plan Obésité : « Tout l’enjeu est de développer une vision globale … »
24/10/2011
Diabétologie/endocrinologie, Hépato gastro-entérologie, Nutrition , Pédiatrie , Politique, Santé publique
Plan Obésité : « Tout l’enjeu est de développer une vision globale … »
Le Plan Obésité a été lancé le 20 juillet dernier, et son Comité de suivi vient d’être mis en place. Entretien avec le Pr Arnaud Basdevant, chef du service de Nutrition de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), en charge du pilotage de ce Plan.
 
Vous avez été chargé du pilotage du Plan Obésité et de la coordination de l’ensemble des ministères et opérateurs concernés, en concertation avec le 3ème Plan National Nutrition Santé (PNNS). Quels sont les principes directeurs qui ont guidé l’élaboration de ce Plan ?
 
Nous sommes partis d’un principe très pragmatique : les gens qui souffrent d’obésité ont du mal à identifier les bons interlocuteurs dans le système de soins. Les premiers de ces interlocuteurs sont les médecins traitants et les pédiatres. La base du projet est donc de leur fournir les outils pour construire une consultation « surpoids/obésité » de premier recours. C’est tout le sens de la réactualisation des recommandations de la HAS, publiées début octobre, sur le dépistage et la prise en charge du surpoids et de l’obésité, chez l’enfant ou l’adulte, par le médecin traitant. En aval de ces soins de premier recours, il s’agit d’optimiser l’ensemble de la chaîne de soins en précisant le rôle des autres acteurs : bien sûr, les médecins spécialistes qui sont sollicités pour les situations complexes, les centres spécialisés publics ou privés, les établissements de soins de suite et de réadaptation. Les réseaux, notamment les RePPOP (Réseaux territoriaux de prévention et de prise en charge de l’obésité pédiatrique) jouent ici un rôle important. Sans oublier le rôle essentiel du secteur médico-social et des associations. Tout cela s’inscrit dans le cadre du premier axe du Plan : améliorer l’offre de soins et promouvoir le dépistage chez l’enfant et l’adulte, faciliter une prise en charge de premier recours par le médecin traitant, organiser la prise en charge au niveau du territoire de santé…
 
Après cette réactualisation des recommandations de la HAS, quel est le calendrier prévu dans la mise en œuvre de ce premier axe ?
D’ici un ou deux mois, chaque territoire d’ARS aura identifié et reconnu des Centres spécialisés dédiés à la prise en charge des obésités sévères et massives ou des situations complexes. L’accueil des patients présentant des obésités sévères en médecine, dans les situations justifiant une hospitalisation, pose en effet problème, notamment parce que les équipements ne sont pas adaptés. L’idée est donc de structurer l’offre de soins à partir de la médecine, en collaboration avec les médecins traitants, les spécialistes et les structures de chirurgie qui prennent en charge la chirurgie de l’obésité. Il y aura de 1 à 4 centres spécialisés par territoire, selon la taille de la région et la fréquence de l’obésité. Ces centres doivent avoir accès à une imagerie (IRM et scanner) et des matériels médicaux adaptés. Le point clé est la collaboration entre médecins et chirurgiens au service du patient. Ce premier axe s’intéresse également au dépistage et à son aval : nous attendons avec grand intérêt les résultats de l’initiative de la CNAM-TS, qui mobilise plusieurs dizaines de milliers de médecins de premier recours : il s’agit d’organiser le dépistage de l’obésité chez les jeunes et la prise en charge d’aval.. C’est une expérimentation en vie réelle pour déterminer les conditions optimales du dépistage. Les résultats sont attendus dans quelques mois : quelles actions seront généralisables ? Lesquelles ne le seront pas ?
 
Quels sont les grands points à améliorer dans la prise en charge de l’obésité, selon vous ?
Longtemps cette prise en charge s’est limitée à des conseils hygiéno-diététiques. Mais tout l’enjeu est de développer une vision globale de l’obésité, qui prenne en compte les multiples co-morbidités et complications associées (diabète, HTA, problèmes respiratoires, articulaires, hépato-biliaires…), sans oublier les problèmes de stigmatisation et le retentissement psycho-social, ainsi que la prise en compte du contexte socio-économique…
 
Quid du deuxième axe, dédié à la prévention ?
Cet axe rejoint le PNNS-3 et le Plan National Alimentation. Il mobilise à la fois des partenaires médicaux et non médicaux. Ses effets seront tangibles à moyen terme car il faudra du temps pour que les mesures préconisées puissent porter des effets évaluables. Il s’agit d’agir sur l’environnement, de promouvoir une alimentation et une activité physique saines. Nous développons ici une coordination entre de nombreux ministères : Santé, Agriculture et alimentation, Education nationale, Sports, Ville, Ecologie, Cohésion sociale… Beaucoup de démarches via les associations et les entreprises seront mises en œuvre. Un effort particulier sera fait sur l’activité physique adaptée aux problèmes de cette maladie chronique très liée à la sédentarité et aux modes de vie qu’est l’obésité.
 
Les deux derniers axes ciblent la lutte contre la vulnérabilité et la discrimination, ainsi que l’investissement dans la recherche…
Le gradient social, dans le surpoids et l’obésité, est bien connu. Les différents axes du PNNS-3 et du PNA visent à mettre en place une offre alimentaire adaptée aux personnes en difficulté. Une attention particulière sera portée aux patients en institution – notamment psychiatrique – et aux patients handicapés, très vulnérables à l’obésité. Quant au dernier axe, il mise sur la recherche. Le Grand Emprunt et les investissements d’avenir donnent une impulsion considérable à ces recherches sur l’obésité : un des IHU retenu porte sur cette thématique (l’IHU dirigé par Karine Clément, à la Pitié Salpêtrière), l’équipe de Philippe Froguel à Lille est aussi très impliquée… Prochainement on peut espérer qu’un Nutripôle soit reconnu à Lyon pour fédérer tous les sites de recherche et d’investigation clinique sur l’obésité. Un enjeu essentiel sera de bâtir des ponts entre sciences biologiques (fondamentales ou cliniques), imagerie et sciences humaines, économiques et sociales. Une des priorités sera l’analyse des comportements de consommation et de l’impact de la communication et des messages de santé publique…
 
Quel est le financement prévu ?
Un budget total de 210 millions d’euros a été alloué aux deux Plans (Obésité et PNNS-3), dont 140 millions d’euros sur trois ans pour le seul Plan Obésité. C’est le financement global maximal que pourra atteindre ce Plan : chaque administration ou institution en charge de la mise en œuvre d’une mesure en assurera le financement. Pour la majorité des mesures, les financements ont été fixés et le porteur du projet défini. Pour certaines mesures, par exemple le transport bariatrique, les dossiers sont en cours d’instruction car des problèmes techniques et logistiques sont à résoudre et/ou des questions de modèle économique se posent. Nous sommes actuellement en train de finaliser le chiffrage des budgets des différentes mesures du Plan. Concernant les Centres spécialisés, par exemple, un budget de 70 000 euros par centre – pour un total de 36 centres – a été retenu par la DGOS pour financer leur travail d’animation territoriale, en lien avec les médecins de premier recours et les associations de patients.
Florence ROSIER