La santé de l’adulte se prépare in utero, voire avant…
14/10/2011 | Gynécologie, Nutrition , Pédiatrie , Santé publique
 
Le Fonds Français Alimentation et Santé a tenu un colloque à Paris le 6 octobre 2011 sur le thème « Déterminants précoces de la santé future de l’enfant : alimentation et épigénétique ». Chercheurs et médecins ont fait le point sur le concept de DOHaD, ou Origine développementale de la santé et des maladies. Ont également été discutés ses implications sociologiques et les enseignements à tirer en matière de politique de santé publique.
 
Le concept de DOHaD (acronyme anglais de l’Origine développementale de la santé et des maladies) a émergé depuis une vingtaine d’années, comme l’a rappelé en début de colloque le Dr Pascale Chavatte-Palmer, chercheuse à l’INRA. Que dit-il ? Les conditions environnementales dans lesquelles baigne un enfant aux stades très précoces de son développement laissent leur empreinte tout au long de sa vie. Et préparent le terrain pour de futures maladies chroniques. A l’appui, des données épidémiologiques montrent que des enfants de petit poids de naissance ont plus de risque de développer des pathologies cardiovasculaires à l’âge adulte. Ou que la restriction nutritionnelle des femmes pendant la grossesse engendre des individus sujets à l’obésité, l’hypertension et le diabète, même s’ils ont grandi ensuite avec une alimentation normale.
 
Le Pr Claudine Junien, professeur de génétique, a décrit les principes de l’épigénétique (étymologiquement : « sur les gènes »), sous-jacents au concept de DOHaD. L’épigénétique exprime l’empreinte du vécu et de l’environnement sur le génome, portée par tous les composants de la chromatine hors ADN. Les mécanismes épigénétiques expliquent pourquoi des jumeaux homozygotes n’ont pas le même métabolisme ni les mêmes maladies s’ils ont grandi dans des environnements différents. Ils expliquent aussi des effets transgénérationnels, ou comment l’alimentation d’une femme avant qu’elle soit enceinte peut avoir des conséquences sur la santé de ses enfants, voire de ses petits enfants.
 
Les marques épigénétiques sont réversibles et modelables, contrairement aux gènes qui sont figés. La période périconceptionnelle apparait comme une période critique du développement, propice à la plasticité épigénétique, comme l’ont souligné le Dr Marie-Aline Charles (épidémiologiste en charge des études EDEN et ELFE) et le Pr Jean-Louis Bresson (pédiatre à l’hôpital Necker). Dans ce contexte, il semble important d’agir auprès de jeunes femmes en désir d’enfant, ou en tout début de grossesse, afin d’enrayer le développement des maladies chroniques. Les conseils hygiéno-diététiques dispensés lors d’une consultation pré-conceptionnelle (adopter une alimentation équilibrée, combler des carences en vitamines et micronutriments, éviter les variations de poids intempestives, limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens, etc.) auraient un fort potentiel bénéfique pour les générations futures.
Le Pr Richard Tremblay, pédiatre et spécialiste de santé publique, a montré que de telles actions ciblant les populations les plus précaires constituent probablement de forts leviers de santé publique, avec des répercussions socio-économiques non négligeables.
Odile CAPRONNIER