Dr Irène Drogou  | 13.05.2019

meditationLe Quotidien du Médecin

Crédit Photo : PHANIE Zoom

La méditation est-elle la panacée espérée par nos sociétés surmenées et stressées ? Tout n’est pourtant pas rose dans l’art de méditer, comme le rappelle une étude britannique dans « PLOS ONE ». Plus d’un quart des adeptes réguliers de la méditation (25.3 %) disent avoir éprouvé des sensations déplaisantes, est-il rapporté chez 1 232 méditants d’au moins deux mois de pratique.

Si le phénomène n’est pas inconnu – décrit dans un petit nombre de cas cliniques et dans certains textes bouddhiques –, les expériences particulièrement déplaisantes liées à la méditation – à type de peur, d’anxiété et de distorsion de la pensée et des émotions, perception modifiée de soi et du monde – ont fait l’objet de peu d’études.

Une étape nécessaire ou évitable ? 

En confirmant cet état de fait, l’équipe de l’University College London (UCL), en collaboration avec l’université Witten/Herdecke (Allemagne) et l’université de Ljubljana (Slovénie), appelle à élargir la compréhension publique et scientifique de la méditation au-delà d’une technique pour être en bonne santé.

« Pourquoi, quand et comment surviennent de telles difficultés liées à la méditation ? s’interroge Marco Schlosser, chercheur en psychiatrie à l’UCL et premier auteur. Quand ces expériences déplaisantes sont des éléments nécessaires pour le développement méditatif et quand ne sont-elles que des effets négatifs à éviter ? »

Un lien établi par le méditant

Dans cette enquête, la prévalence de telles expériences était évaluée à l’aide d’une seule question : « Avez-vous déjà eu une expérience désagréable particulière, que vous pensez pouvoir avoir été causée par votre pratique de la méditation ? »

Le questionnaire demandait par ailleurs l’ancienneté et la fréquence de la pratique méditative, si les participants avaient suivi une retraite méditative au cours de leur vie et quelle forme de méditation était pratiquée (attentionnelle, constructive ou déconstructive). Plusieurs items avaient pour objectif d’évaluer le niveau de pensées négatives récurrentes et de compassion envers soi-même.

Une fréquence moindre chez les femmes et les croyants

Les chercheurs montrent que ces expériences surviennent moins souvent chez les femmes et chez les croyants. À l’inverse, un haut niveau de pensées négatives récurrentes, la pratique d’un type méditatif déconstructiviste (Vipassana, insight) et le fait d’avoir suivi une retraite méditative sont associés à une fréquence plus élevée d’expériences désagréables.

Mieux accompagner la pratique

Dans « le Quotidien », le psychiatre Christophe André indiquait que la méditation en pleine conscience pouvait être utile en médecine, dans les troubles anxio-dépressifs en particulier mais aussi dans de nombreuses autres indications, mais à déconseiller dans certains cas, notamment « quand le patient va trop mal ».

Les chercheurs britanniques écrivent clairement ne pas vouloir tirer de conclusions prématurées sur les effets négatifs potentiels de la méditation. Bien au contraire, ils appellent à mener des études longitudinales pour comprendre quand et dans quelles circonstances ces expériences ont lieu, et quels en sont les effets à long terme. L’objectif poursuivi est d’éclairer « les recommandations cliniques, les manuels de pleine conscience et la formation des instructeurs en méditation », est-il écrit.

Source : Lequotidiendumedecin.fr