https://www.jim.fr/e-docs/00/02/C0/FE/carac_photo_1.jpg Publié le 22/11/2019

La fibrillation auriculaire est l’arythmie cardiaque la plus fréquente. Elle affecterait environ 6 millions de personnes aux États-Unis, mais sa prévalence est sans doute sous-estimée. Il s’agit en effet d’un diagnostic parfois difficile, son caractère paroxystique la rendant souvent peu aisée à objectiver à l’électrocardiogramme. Le diagnostic ne serait ainsi pas posé pour environ 700 000 patients aux États-Unis.

Mais dans notre monde connecté, cette situation pourrait trouver des solutions. Les montres connectées possèdent désormais des applications pour enregistrer des ECG à la demande et qui peuvent émettre un signal en cas d’anomalie. Pour évaluer cette aptitude des montres connectées à dépister un trouble du rythme, une équipe a recruté plus de 400 000 personnes porteuses d’une Apple Watch, et chez lesquelles aucun diagnostic de fibrillation auriculaire n’avait encore été porté.

Pendant un suivi médian de 117 jours, 2 161 participants (0,52 %) ont reçu une notification de pouls irrégulier. Ce taux monte à 3,2 % dans le sous-groupe des personnes de plus de 65 ans. Ces participants recevaient ensuite par courrier un patch ECG leur permettant d’enregistrer leur ECG en continu pendant plusieurs jours. Parmi les 450 patchs analysables retournés, une fibrillation auriculaire était constatée dans 34 % des cas, dans 35 % des cas pour les plus de 65 ans, et 18 % pour les moins de 40 ans.

La valeur prédictive positive pour une fibrillation auriculaire à l’ECG est de 0,84 avec une notification de fibrillation auriculaire. Elle est de 0,71 après notification d’un trouble du rythme.

Quatre cent quatre cas de FA dépistés

Sur les 2 161 personnes ayant reçu une notification, des informations sur le suivi 3 mois après sont disponibles pour la moitié d’entre elles : une fibrillation auriculaire a bien été diagnostiquée dans 44 % (n = 404) des cas (contre 1 % des personnes n’ayant pas reçu de notification). Une cardioversion a été réalisée chez 95 patients, un moniteur implantable placé chez 12 patients, un anti-arythmique prescrit pour 82 et enfin une ablation par cathéter effectuée chez 71 patients.

Pour les auteurs, cette application pourrait permettre d’améliorer le diagnostic de fibrillation auriculaire. L’éditorialiste du New England Journal of Medecine modère toutefois cet enthousiasme. Il observe en premier lieu que l’intérêt de l’utilisation de la montre connectée ne pourra être décrété que si elle fait la preuve de son efficacité sur la réduction du risque d’accident vasculaire cérébral.

Mais il adresse surtout une mise en garde contre l’utilisation qui peut être faite des données personnelles ainsi recueillies, données médicales qui ont une valeur financière considérable pour ceux qui voudraient les exploiter sur le marché florissant de la santé. Pour cet éditorialiste, les médecins doivent faire preuve de vigilance et protéger leurs patients contre une diffusion large et incontrôlée de leurs données de santé.

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCES: Perez MV et coll. : Large-Scale Assessment of a Smart watch to Identify Atrial Fibrillation. N Engl J Med 2019;381:1909-17. doi: 10.1056/NEJMoa1901183. Campion EW et coll. : Watched by Apple. N Engl J Med., 2019 ; 381 : 1964-1965. doi: 10.1056/NEJMe1913980.

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