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Directeur sportif des Coupes de l’America de 2013 à San Francisco et 2017 aux Bermudes, l’Australien Iain Murray a été nommé aussi à la tête de la 36e édition de la Cup. Peu connu du public français, ce passionné d’innovation architecturale est aussi une légende du skiff, dériveur planant surtoilé dont la culture et les marins ont envahi la Coupe. Pour Voiles et Voiliers, il partage son regard d’expert.

Emirates Team New Zealand.

Emirates Team New Zealand. | ENCADRÉ : AMERICA’S CUP. PHOTO : EMIRATES TEAM NEW ZEALAND

Christophe FAVREAU. Publié le 09/06/2020 à 12h23

Voiles et Voiliers : Iain Murray, pouvez-vous nous décrire dans un premier temps votre fonction au sein de la Coupe de l’America ?

Iain Murray : Je suis le directeur sportif de l’événement, ce qui veut dire que je dois superviser et garantir la sécurité, la qualité et l’équité des régates de la Coupe de l’America, en toute impartialité, pour toutes les parties prenantes de la compétition.

J’ai toujours aimé essayer de repousser les limites de la vitesse à la voile

L’Australien Iain Murray est une figure reconnue de la voile internationale, passionné de design et nouvelles technologies. | AMERICA’S CUP

Voiles et Voiliers : Vous êtes vous-même architecte naval. Quel regard portez-vous sur l’évolution récente de la Coupe de l’America ?

Iain Murray : J’ai vécu toute ma vie dans le monde de l’innovation architecturale. Enfant, je faisais beaucoup de voile légère et j’étais déjà passionné par le design et tous les détails qui permettaient de rendre un bateau plus rapide. L’America’s Cup est passée de voiliers lents à des engins extrêmement rapides, en une décennie à peine. Elle a fait progresser notre sport de façon exponentielle pour l’amener à un niveau d’excellence qui n’est accessible qu’aux meilleurs marins. J’ai toujours aimé essayer de repousser les limites de la vitesse à la voile. Pour moi, la Coupe de l’America offre aujourd’hui cette quête au grand public, à travers le monde, et de façon très spectaculaire.

Véritable légende du 18 pieds Australien, Iain Murray a été 6 fois champion du monde, sur des bateaux de sa conception. | AMERICA’S CUP

Voiles et Voiliers : Les syndicats ont fait des choix architecturaux différents. Avez-vous une préférence pour l’un d’entre-eux ?

Iain Murray : Chaque équipe à sa propre personnalité, ce qui va donner beaucoup de couleur à l’événement et le rendre très intéressant. Pour autant, je n’ai pas de préférence.

Le syndicat américain a été le premier à faire voler un AC 75, une heure et demie seulement après sa mise à l’eau. Le partenariat avec Airbus n’est pas étranger à cette performance… | AMORY ROSS / NYYC AMERICAN MAGIC

Les prises de décisions des équipages se font aujourd’hui dans un laps de temps beaucoup plus court qu’il y a 10 ans

Voiles et Voiliers : L’évolution récente de la Coupe de l’America a entraîné l’arrivée de nombreux spécialistes du skiff. En tant que légende du 18 pieds vous-même, quel regard portez-vous sur ce changement de culture ?

Iain Murray : L’arrivée de bateaux rapides a mis en avant les experts des skiffs ou des catamarans de sport, pour leur capacité à tirer le meilleur parti du vent apparent. Mais l’évolution très rapide du monde des foilers a encore accéléré les choses et les prises de décisions des équipages se font aujourd’hui dans un laps de temps beaucoup plus court qu’il y a 10 ans.

Cela a encore réduit le nombre de marins capables de naviguer à bord de ces bateaux extrêmes et ceux qui ont réussi à progresser pendant cette période d’accélération technologique et de vol ont acquis des compétences inimaginables, qui demandent un entraînement incroyable.

Pour répondre honnêtement à cette question, j’aime l’idée que les bateaux soient devenus très rapides et difficiles à mener, particulièrement en régate. Et le fait que cela a mis les meilleurs skiffeurs au premier plan me fait vraiment plaisir !

L’Australien aime aussi régater au large. Il a participé à 26 Sydney / Hobart, avec 3 victoires au général. | AMERICA’S CUP

Voiles et Voiliers : La crise du COVID-19 a considérablement bouleversé le programme sportif précédant la Coupe de l’America. Comment pensez-vous que cela va impacter les premières confrontations à Auckland ?

Iain Murray : Cette crise a effectivement fortement impacté la préparation des équipes. L’annulation des America’s Cup World Series de Cagliari et de Portsmouth n’a pas permis aux syndicats de se confronter les uns aux autres. Les AC75 sont issus de l’imagination d’équipes de designers qui ont à leur disposition un grand nombre de paramètres avec lesquels jouer.

C’est un process qui demande beaucoup d’étapes de validation, d’entraînement. La crise du COVID-19 a rendu ces phases compliquées et ralenti les programmes de vérification. Cela nous fait revenir à des temps plus anciens où les syndicats se présentaient à la Coupe avec un bateau qu’ils n’avaient pas testé en compétition. Pour les fans de l’America’s Cup, cela crée beaucoup d’intrigue et d’excitation, de surprises potentielles. Alors espérons que tous les syndicats seront de niveaux similaires et que la compétition sera féroce !

De l’équilibre avant toute chose. | LUNA ROSSA PRADA PIRELLI TEAM

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Iain Murray, tout à gauche, était le responsable du programme de l’équipe de 18 pieds Gotta Love it 7, skippé par Seve Jarvin (tout à droite), qui a remporté sept championnats du monde entre 2008 et 2015. | CHRISTOPHE FAVREAU

Qui est Iain Murray ?

Affectueusement surnommé « Big fellow » (que l’on pourrait traduire par « grand gaillard ») par ses congénères australiens, du fait de son impressionnant gabarit, Iain Murray, 62 ans, n’est pas vraiment un inconnu de l’univers très sélectif de la Coupe de l’America. En tant que régatier, il a participé à quatre campagnes pour conquérir l’aiguière d’argent, auxquelles il faut ajouter une campagne olympique en Star, aux Jeux olympiques de Pékin, en 2008.

Mais si l’Australien s’est illustré à la barre de lourds quillards, tout récemment encore en remportant pour la deuxième fois le mondial d’Etchells 2019 (après un premier titre en 1984), il a principalement construit sa réputation dans l’univers spectaculaire des 18 pieds australiens, dont il est une véritable légende, avec 6 titres mondiaux consécutifs remportés entre 1977 et 1982, sur des bateaux de sa conception. Il est également le designer des 18 pieds modernes.

Britannia, l’AC75 du défi anglais Ineos Team UK, skippé par le multimédaillé olympique « Big Ben » Ainslie. | INEOS TEAM UK