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François Gabart sur son futur trimaran Ultim : « On a même pensé construire un catamaran ! »

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L’actuel trimaran Ultim Macif est en chantier pour réparer ses appendices endommagés lors des 14 000 milles de Brest Atlantiques (2e). François Gabart, son skipper, se prépare pour The Transat CIC, dernière course à bord de ce bateau qui sera à vendre au mois de mai.

Son prochain multicoque géant, Macif 101, lui, sera à l’eau dans un an… et probablement étonnant. Voiles et Voiliers a interrogé François Gabart en tête à tête. Tous azimuts, Ultim et bateaux du Vendée Globe inclus.

François Gabart va courir sa dernière course sur l’actuel Ultim Macif. Son prochain bateau sera disponible dans un an. Voiles et Voiliers a interrogé le skipper en tête à tête.

François Gabart va courir sa dernière course sur l’actuel Ultim Macif. Son prochain bateau sera disponible dans un an. Voiles et Voiliers a interrogé le skipper en tête à tête. | JÉRÉMIE ELOY- MACIF

Dominic BOURGEOIS. Modifié le 18/01/2020 à 18h53

Voiles et Voiliers : François, où est donc l’Ultim Macif après la course Brest Atlantiques ?

François Gabart : Il est à Lorient. Comme après la Route du Rhum, le bateau est en parfait état parce que nous n’avons pas eu de dégâts sur le bateau en lui-même, ce sont les appendices qui ont souffert : deux dérives, deux safrans et un foil !

Mais la plateforme (flotteur, coque centrale, bras, accastillage, gréement, voiles, électronique…) n’a pas eu de problèmes techniques : nous avons mis le trimaran en chantier parce que c’est une visite annuelle programmée après 25 000 milles de mer… Nous en profitons pour améliorer quelques détails : le bateau va bien !

Voiles et Voiliers : Mais tout de même, pendant Brest Atlantiques, Macif a tapé beaucoup d’objets…

François Gabart : On a eu cinq chocs, avec des dégâts qui étaient tout de même assez conséquents : on a abîmé deux safrans, deux fois la dérive et une fois le foil tribord. Sur la dérive, c’est « l’aile de raie » (le plan porteur horizontal en bas de la dérive) qui a été impactée mais cela a aussi touché toute la partie basse de la dérive. À la fin de la course, nous n’avions plus que les trois quarts de la dérive initiale avec un délaminage sur la face bâbord ! Il est temps qu’elle se repose… Alors on en fait une autre.

On n’a pas tout dit pendant Brest Atlantiques : c’est un peu de ma faute… C’est aussi pour cela que le bateau était plus difficile à mener et qu’on allait moins vite.

Voiles et Voiliers : Et les safrans aussi ?

François Gabart : On refait un nouveau safran de coque centrale et on répare le foil tribord qui a été bien entamé aussi ! Il est certain qu’on n’a pas tout dit pendant Brest Atlantiques : c’est un peu de ma faute… C’est aussi pour cela que le bateau était plus difficile à mener et qu’on allait moins vite.

On peut encore aller très vite sans safran, mais le foil esquinté dans l’eau, c’est un vrai frein : on était « collé » en bâbord amures et on perdait énormément d’appui dans l’eau parce que le « tip » ne fonctionnait plus. Et avec la dérive en vrac, ça impactait le contrôle du bateau : aujourd’hui, le vol est totalement dépendant de l’équilibre de ces appuis.

Voiles et Voiliers : L’aile de raie, c’est devenu indispensable pour voler ?

François Gabart : Indispensable, peut-être pas, mais c’est un plus. Il y a un « flap » à l’arrière qui permet de gérer la hauteur du vol et une partie de la gîte : cela permet d’accélérer ! Il n’y a qu’un seul « flap » horizontal, sur l’aile de raie et sur les safrans : on régule ainsi l’équilibre de la plateforme.

Voiles et Voiliers : Et vous refaites les mêmes ?

François Gabart : Le foil est réparé donc ce sera quasiment le même, mais le safran de coque centrale (les safrans de flotteur sont intacts) va être revisité et la nouvelle dérive sera assez différente du profil initial.

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L’Ultim Macif (M100) sera disponible pour un nouveau skipper dès le mois de juin 2020, après la dernière transat de François Gabart sur ce trimaran mis à l’eau en 2013. | ALEXIS COURCOUX

Voiles et Voiliers : On a quand même eu l’impression que Gitana avait un petit plus en vitesse !

François Gabart : C’est un super bateau, très rapide. Macif est en moyenne un peu moins véloce, mais il y a aussi un « gap » de mise à l’eau : il a été construit en 2013 alors que Gitana date de 2016. Gitana est plus rapide dans certaines conditions, particulièrement en ligne droite, mais Macif peut encore l’accrocher, peut-être plus en solo d’ailleurs…

En plus, je trouve que l’écart que nous avions avec Gitana s’est sensiblement réduit la saison dernière. L’été 2018 avant la Route du Rhum, on se faisait « tourner autour » ! En moyenne, ils vont plus vite de manière constante et régulière.

L’actuel Ultim Macif sera en vente en mai, le nouveau bateau sera lancé dans un an

Voiles et Voiliers : Mais l’année prochaine, il y aura une « version 2 » de Macif, un nouveau trimaran Ultim…

François Gabart : Dans un an. On espère bien sûr faire mieux, mais sans trop se tromper, M101 (l’Ultim Macif actuel étant M100) sera plus rapide : de combien de pour cent, c’est difficile à estimer avant les premiers bords…

A la mise à l’eau, on verra tout de suite que ce ne sont pas les mêmes Ultim

Voiles et Voiliers : Mais ce qui change, puisque la jauge donne 32 mètres de long et 23 mètres de large, ce sont les appendices ?

François Gabart : Nous ne sommes déjà pas à 32 mètres de long ! Que ce soit M100 ou M101… L’actuel Ultim Macif sera d’ailleurs en vente dès le mois de mai 2020, disponible après The Transat CIC. Et j’espère bien qu’il continuera à naviguer. Quant au nouveau bateau, tout sera nouveau : il n’y a pas de pièces que nous récupérons et lors de la mise à l’eau, on verra tout de suite que ce ne sont pas les mêmes Ultim. On avait même réfléchi pour faire un catamaran à foils avec un « pod » central (comme les D35), mais nous ne sommes pas allés jusque-là…

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Voiles et Voiliers : Le programme de François Gabart en 2020 ?

François Gabart : Je fais The Transat CIC avec Macif (M100) qui sera donc en vente après, puis je me consacre au nouvel Ultim (M101) puisque la mise à l’eau est prévue début 2021. Bon, s’il y a une opportunité au retour de Charleston, on tentera le record de l’Atlantique (en solo ou en équipage) mais on ne restera pas en stand-by à New York pour ça : il y aura une fenêtre ou pas.

Mais il faut se souvenir que ce record est très dur à accrocher ! Nous avons déjà voulu faire une tentative en 2016…

Il faut un déroulé météo très favorable pour traverser l’Atlantique en moins de 3 jours 15 heures 25 minutes et 48 secondes ! Certes Macif est plus véloce (on peut tenir des moyennes de 40 nœuds) que Banque Populaire V en 2009 (désormais Spindrift 2), mais tout de même, quelle trajectoire…

Et quelle moyenne : 32,94 nœuds sur près de 3 000 milles. (NDR François évoque l’incroyable record de l’Atlantique de Banque Populaire V, alors skippé par Pascal Bidégorry)

Nous, il faut que nous volions en solitaire…

Voiles et Voiliers : La Coupe de l’America apporte aussi son lot d’innovations…

François Gabart : C’est très différent de ce que nous faisons, mais c’est génial. Il y a plein d’enseignements à tirer, mais il y a un décalage avec ce qui se fait ici, que ce soit avec les trimarans Ultim ou avec les monocoques Imoca.

La Coupe de l’America précédente avait des problématiques similaires avec les Ultim parce qu’il y avait le vol en 2013 : structure de foil, coude de foil, stabilité de vol, profil de foil… Il y avait convergence en 2013 : il y a plus de divergences en 2020, parce que les concepts sont différents. Nous, il faut que nous volions en solitaire…

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François Gabart a également travaillé avec Charlie Dalin sur Apivia, vainqueur de la Transat Jacques Vabre et qui sera un des favoris du Vendée Globe. | JEAN-MARIE LIOT / ALEA / APIVIA

Voiles et Voiliers : Justement, quel est ton regard sur les nouveaux monocoques Imoca ?

François Gabart : Il y a plusieurs voies architecturales, certes, et nous avons la chance de travailler avec Apivia et l’équipe de Charlie Dalin : c’est très excitant de défricher ce terrain-là. J’ai pris beaucoup de plaisir à faire de l’Imoca et même si aujourd’hui je suis archi-convaincu par les multicoques, je reste fasciné par ces monocoques qui sont capables d’aller aussi vite au grand large !

En IMOCA, c’est intéressant ces croisements entre les architectes

Voiles et Voiliers : Il y a quand même des parallèles entre Gitana et Macif d’un côté, Charal et Apivia de l’autre ?

François Gabart : Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a des croisements entre les architectes… Guillaume Verdier a conçu Gitana et Apivia, VPLP Macif et Charal !

Il y a des variantes dans un même concept : formes de coques, profils d’appendices… Mais il faut aussi souligner que Charal a été mis à l’eau il y a un an et demi : la mise au point de ces nouveaux prototypes est longue.

L’évolution technologique est extrêmement rapide en ce moment. On verra ce que cela donne cette saison avec Charal modifié (deuxième version de foils) et Apivia optimisé (deuxième version de foils).

Voiles et Voiliers : Mais les nouveaux monocoques Imoca sont très différents tout de même !

François Gabart : Il y a des divergences de carène : il y a des moments où l’un ou l’autre va plus vite, de ce que j’en ai vu à bord d’Apivia. Mais il y a plein d’autres bateaux pour le prochain Vendée Globe : Arkéa-PaprecHugo BossCorum l’épargneL’Occitane

Et de ce que j’en ai vu, le concept de foils d’Hugo Boss est efficace quand on voit sa première nuit de navigation en sortie de Manche !

Je ne suis pas convaincu qu’il faille changer de profil de foils selon la course

Voiles et Voiliers : Mais on va voir de nouveaux foils, plus typés pour le Vendée Globe que pour une transat, même si la Jacques Vabre était un parcours Nord-Sud ?

François Gabart : Je ne suis pas sûr qu’il y ait une orientation différente entre une transat et un tour du monde : c’était, en tout cas pour Apivia, déjà une première version pour le Vendée Globe.

Je ne suis pas convaincu qu’il faille changer de profil de foils selon la course… Le tour du monde en solitaire, ce n’est pas seulement les mers du Sud, il y a aussi la descente et la remontée de l’Atlantique !

Francis Joyon s’est élancé sur le record de la Route du thé…

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Le maxi-trimaran IDEC Sport de Francis Joyon a quitté Hong Kong samedi à 9 h 00′ 47’’ (8h 00′ 47’’ TU). Cap sur Londres pour tenter de battre en équipage le record de la Route du thé qui appartient depuis 2018 à l’Italien Giovanni Soldini sur son trimaran Maserati en 36 jours, 2 heures et 37 minutes.

Pour battre ce record, le skipper de La Trinité-sur-Mer devra arriver à Londres avant le dimanche 23 février 2020 à 12 heures 36 minutes et 58 secondes (heure française).

Francis Joyon et son équipage ont quitté Hong Kong samedi matin pour s’attaquer au record de la Route du thé.

Francis Joyon et son équipage ont quitté Hong Kong samedi matin pour s’attaquer au record de la Route du thé. | FRANÇOIS VAN MALLEGHEM / ALEA

Voiles et Voiliers. Publié le 18/01/2020 à 16h16

Quatrième acte de son Asian Tour, la Route du thé est sûrement le plus long et le plus difficile sur le plan sportif de la tournée asiatique de Francis Joyon. Un périple retour de près de 13 000 milles attend le maxi-trimaran rouge vainqueur de la dernière Route du Rhum en solitaire et toujours détenteur du Trophée Jules Verne en équipage.

Suivez en direct la Route des records de Francis Joyon : cartographie

Francis Joyon et ses quatre hommes d’équipage : Antoine Blouet, Christophe Houdet, Bertrand Delesne et son fils Corentin, ont décidé de larguer les amarres samedi matin pour profiter d’une fenêtre météo favorable afin de tenter de battre le record de la route du Thé, entre Hong Kong et Londres.

Francis Joyon va repartir sur la Route du Thé, un itinéraire mythique chargé d’histoire

Un départ tout en modération.

Un départ dans des conditions modérées, la mousson faisant souffler le long des côtes chinoises un vent de Nord-Est d’une quinzaine de nœuds. Plus de 13 000 milles séparent le maxi-trimaran IDEC Sport de son but Londonien. Un périple immense que les clippers d’autrefois bouclaient en plusieurs mois. Il faudra à Francis et ses hommes réaliser moins de 36 jours, 2 heures et 37 minutes pour rajouter une ligne à leur palmarès.

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Le record de la Route du thé constitue l’acte 4 de la tournée asiatique de Francis Joyon. | GILLES CHIORRI / IDEC SPORT

« Ce n’est pas une fenêtre météo extraordinaire, mais elle nous convient ! » a précisé Francis Joyon peu avant son départ. Le parcours de cette tournée asiatique avait été réalisé à l’aller en trois étapes : île Maurice, Ho Chi Minh Ville puis Shenzhen.

Francis Joyon explose son record à l’île Maurice ! « J’avais faim d’escales… »

Une première phase complexe à souhait !

Le retour se fera d’une seule traite et dans une configuration alizéenne apparemment plus aisée. Apparemment seulement… Les analyses auxquelles Christian Dumard, le routeur météo à terre, se livre ces dernières heures révèlent en effet quantité d’embûches.

Route du Thé. Risque cyclonique dans l’océan Indien pour Joyon et ses hommes

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À commencer par ce franchissement de l’équateur au niveau de Singapour, et le passage du détroit de la Sonde qui relie la mer de Chine à l’océan Indien, marqués par l’inquiétante combinaison de calmes plats et de forts courants contraires. Un début de course relativement lent est ainsi anticipé par Francis et ses hommes qui se voient rallier le sud de la péninsule Malaysienne en un peu plus de 4 jours.

VIDÉO. Francis Joyon filmé à plus de 30 nœuds sur sa route des records d’Asie

Un Indien tortueux

L’océan Indien, habité en décembre dernier par un alizé de Nord-Est puissant qui avait contraint, à l’aller, IDEC Sport à rajouter près de 1 500 milles à sa route au plus près des rivages Australiens, est pour l’heure agité de moult petites dépressions qui perturbent l’établissement de flux organisés.

La situation y évolue très vite et Francis Joyon, fort d’un équipage rodé sur ce maxi-trimaran triple vainqueur de la Route du Rhum et détenteur du Trophée Jules Verne, espère bien rallier Bonne Espérance dans les temps de Giovanni Soldini.

Suivez en direct la Route des records de Francis Joyon : cartographie

Déborder Sainte-Hélène

Il faudra aussi éviter que les risques cycloniques repérés par le routeur du team du côté du Mozambique ne viennent jouer les trouble-fêtes. De la vitesse, des transitions : l’océan Indien sera sportif.

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Sur son Ultim aux bras déjà chargés de trophées, Francis Joyon tente cette fois le record de la Route du thé, accompagné de son fils Corentin, d’Antoine Blouet, de Christophe Houdet et de Bertrand Delesne. | THÉODORE KAYE / ALEA

Le team Joyon devra se méfier aussi des forts courants des Aiguilles, à la pointe australe du continent Africain. Combinés aux vents d’Ouest, ils pourraient contraindre IDEC Sport à un « arrêt buffet » comparable à celui qu’avait subi le maxi-catamaran Gitana 13 de Lionel Lemonchois en 2008, lors d’une tentative victorieuse contre ce même record.

Suivez en direct la Route des records de Francis Joyon : cartographie

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La suite du menu s’annonce copieuse, avec les Atlantiques Sud puis Nord, tous deux marqués par le contournement de leurs masses anticycloniques. « par le Nord et l’Est semble à ce jour le plus judicieux. Le long de la Namibie, peut-être… » précise Christian Dumard. Pot-au-noir, Açores, golfe de Gascogne, Manche, estuaire de la Tamise… autant d’épisodes à venir ensuite. (Source Service presse)