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Fin du changement d’heure : les chronobiologistes contre l’heure d’été permanente…

Charlène Catalifaud     –     | 19.04.2019

chgt heureLe Quotidien du Médecin

Crédit Photo : S. ToubonZoom

Cardiométabolisme, troubles de l’humeur, immunité

Le sommeil, un levier de prévention des maladies

Chronobiologie

En mars, le Parlement européen s’est positionné en faveur de la fin du changement d’heure saisonnier d’ici à 2021. Chaque pays devra alors faire un choix entre heure d’été et heure d’hiver. Si les Français ont plébiscité, dans le cadre d’une consultation citoyenne, le maintien de l’heure d’été, les spécialistes de la chronobiologie ne sont pas de cet avis.

Absence de réponse gouvernementale

« Nous nous sommes mobilisés en octobre avec les sociétés européennes et américaines de chronobiologie et de médecine du sommeil et la Société française de recherche et médecine du sommeil, indique Claude Gronfier, chercheur INSERM à Lyon et vice-président de la Société francophone de chronobiologie. Nous avons interpellé le président de la République, le Premier ministre, les ministères chargés de la Santé et des Transports en leur apportant des éléments de réflexion sur le changement d’heure au regard des données scientifiques. »

Six mois plus tard, ils n’ont toujours reçu aucune réponse gouvernementale. Le chercheur regrette que les citoyens français n’aient pas eu accès à une information éclairée sur le sujet avant d’être invités à se prononcer.

L’heure d’été correspond à un décalage de 2 heures avec l’heure solaire (UTC + 2 heures), contre un décalage d’une heure (UTC + 1 heure) pour l’heure d’hiver.

« Le passage définitif à l’heure d’été pourrait avoir un impact négatif sur un grand nombre de nos concitoyens », estime Jacques Taillard, chercheur CNRS à Bordeaux. En pratique, tout l’ouest du pays sera encore dans la pénombre à 10 heures du matin en hiver. « C’est l’exposition à la lumière au cours de la journée qui synchronise notre horloge centrale, souligne Claude Gronfier. Avec l’heure d’été, le fait de percevoir de la lumière que tardivement va retarder l’horloge et entraîner une heure de coucher tardive. » Avec un risque accru d’une privation de sommeil.

Si des études ont montré l’impact négatif du passage de l’heure d’hiver à l’heure d’été − augmentation des accidents de la route le lendemain du changement, du risque d’infarctus du myocarde dans la semaine qui suit, heure du coucher retardée −, les deux chercheurs regrettent le peu d’études sur les changements d’heure et la notion de fuseau horaire.

Une étude russe a néanmoins montré que la prévalence de cancer augmente dans les zones du pays se trouvant dans les fuseaux horaires où le soleil se lève le plus tard. « Ce phénomène est comparable au fait de rester de manière permanente à l’heure d’été. Il s’agit d’un élément de suspicion qui fait craindre une augmentation des troubles avec l’heure d’été », souligne Claude Gronfier.

Le phénomène de jet lag social

Pour les deux chercheurs, les personnes dites du soir (« lève tard-couche tard »), qui représentent 25 % de la population, les adolescents et les jeunes adultes sont les plus susceptibles de souffrir d’une heure d’été permanente.

En cause : le phénomène de jet lag social. « Il s’agit d’un mauvais alignement entre les heures de lever et de coucher imposées par la société et ce que l’horloge biologique indique, définit Jacques Taillard. C’est ce que vivent la plupart des adolescents et des jeunes adultes, qui sont plus du soirLe week-end, les horaires préférentiels reprennent le dessus, car ils sont en dette de sommeil. »

« Ce décalage social serait amplifié chez les adolescents et jeunes adultes et les « lève tard-couche-tard » avec le passage à l’heure d’été », avance également Claude Gronfier.

Les enfants constituent également une population sensible. « Ils vont également avoir tendance à se coucher plus tard, entraînant une dette de sommeil malgré leur grand besoin de sommeil », souligne Claude Gronfier.

Autre problème : chaque État membre de l’Union européenne est libre de choisir le fuseau horaire qui lui convient. Une non-harmonisation ne serait pourtant pas sans conséquence, en particulier pour les personnes qui travaillent dans un pays frontalier et qui subiraient tous les jours un décalage horaire.

Source : Lequotidiendumedecin.fr

La consommation d’aliments industriels est associée à une mortalité globale supérieure…

egora.fr  NUTRITION

Par Pr Philippe Chanson le 18-04-2019

On dispose de plus en plus d’arguments pour penser qu’une consommation élevée de produits alimentaires dont les multiples ingrédients ont été préparés par toute une série de procédés industriels est associée à une incidence supérieure de maladies métaboliques et cardiovasculaires.

Ces aliments sont faciles à réchauffer et à manger, peu chers et très attrayants sur le plan gustatif. Ils vont des plats tout préparés aux boissons sucrées, aux sandwichs en paquet….

La consommation de ces aliments industriels a augmenté au cours des dernières décennies et est associée à un profil nutritionnel déséquilibré.

Afin d’évaluer l’association entre la consommation d’aliments préparés et la mortalité globale, les données de l’étude d’observation prospective française NutriNet-Santé ont été analysées chez les sujets de plus de 45 ans.

L’étude a commencé en 2009 et a été suivie jusqu’en 2017 (médiane de suivi de 7.1 années). Les participants étaient sélectionnés s’ils avaient complété au moins un des trois questionnaires alimentaires qui leur étaient demandés par Internet au cours des 2 premières années de suivi.

Le groupe des aliments industriels était caractérisé par des formules de plats ou de poissons prêts à consommer ou prêts à réchauffer, généralement combinés à des additifs.

44 551 participants ont été inclus dont 32 549 (73.1 %) étaient des femmes d’âge moyen 56.7 ± 7.5 ans. Les aliments industriels comptaient pour 14.4 ± 7.6 % du poids total de l’alimentation consommée, correspondant à une proportion moyenne de 29.1 ± 10.9 % de la consommation énergétique totale.

La consommation d’aliments industriels préparés était associée à un âge plus jeune (p < 0.001), un revenu plus faible (p < 0.001), un niveau éducatif plus bas (p < 0.001), le fait de vivre seul (p < 0.001), un IMC supérieur (p < 0.001) et un plus faible niveau d’activité physique (p < 0.001).

Un total de 602 décès (1.4 %) sont survenus au cours du suivi. Après ajustement pour toute une série de facteurs confondants, une proportion supérieure d’aliments industriels consommés étaient associée à un risque supérieur de mortalité globale (hazard ratio par 10 % d’augmentation = 1.14 ; IC 95 % 1.04-1.27, p = 0.008).

En conclusion, une augmentation de la consommation d’aliments industriels, qu’il s’agisse de plats préparés ou de boissons sucrées, etc. est associée à une mortalité globale supérieure chez les adultes. Des études prospectives sont nécessaires pour confirmer ces données et mieux comprendre les mécanismes par lesquels ces plats industriels touchent la santé.

Sources :  Schnabel L. et al. Association between ultraprocessed food consumption and risk of mortality among middle-aged adults in France. JAMA Intern Med 2019 ; 79 : 490-498.