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Congrès douleur 2018 : Structures anti-douleur, bientôt des recommandations…

ALGOLOGIE  –  Par Corinne Tutin le 03-12-2018

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Structures anti-douleur, organisation du parcours de soins, traitement médicamenteux et non médicamenteux… les algologues réévaluent l’ensemble des éléments pouvant améliorer la prise en charge des patients.

Les algologues préparent des recommandations de bonne pratique sur les structures douleur chronique en France, a expliqué le Pr Frédéric Aubrun (CHU de Lyon), nouveau président depuis ce congrès de la Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD). Les 245 structures douleur qui existent en France, 72 centres et 173 consultations, connaissent en effet aujourd’hui des difficultés. Il était important d’émettre des propositions pour tenter d’améliorer cet état des lieux.

La SFETD a établi une cinquantaine de recommandations, qui pourraient être rendues publiques dans un texte publié d’ici quelques mois. Parmi les éléments mis en avant : la nécessité que les structures douleur soient labellisées et travaillent en pluridisciplinarité et pluriprofessionnalité, avec information du médecin traitant et participation au parcours de soins ville-hôpital préconisé dans le plan gouvernemental « Ma santé 2022 ». Les spécialistes de la douleur souhaitent aussi que le burn-out des soignants des centres anti-douleur récemment mis en évidence dans des études soit pris en compte, que les équipes disposent d’un temps suffisant de psychologue, de secrétariat.

Fiche FORMATION : Repérage et traitement des douleurs neuropathiques

Sur le plan thérapeutique, ils conseillent d’organiser une réunion de concertation pluriprofessionnelle et pluridisciplinaire, en cas de prise en charge de patients vulnérables, en mésusage de traitement antalgique, ou dès qu’un geste invasif est programmé. « Les recommandations insistent aussi sur l’importance d’utiliser le questionnaire DN4 pour le dépistage des douleurs neuropathiques car celles-ci sont sous-diagnostiquées, tandis que le questionnaire NPSI sera employé pour leur suivi », a souligné le Dr Aline Le Chevalier (Bayeux), qui a fait partie du groupe de pilotage à l’origine de ces recommandations. Un accent spécifique est mis « sur la douleur du cancer qui devra bénéficier d’un diagnostic physiopathologique et d’un maillage régional renforcé pour identifier les acteurs de premier recours ».

Des solutions pour les douleurs réfractaires

Certains centres de la douleur sont actuellement visés par l’Assurance maladie en raison de traitements hors AMM en hôpital de jour avec injections de kétamine, un anesthésique doté d’action antalgique mais aussi d’effets psychotropes et avec des effets secondaires notables (hallucinations, hypotension). Ce traitement doit être réservé aux douleurs réfractaires sévères ou en situation palliative avancée, et il faut informer le patient de son rapport bénéfices/risques avec trace dans le dossier et, de préférence, après avis d’un psychiatre ou d’un psychologue. Une surveillance par cardioscope doit aussi être mise en place pour une dose intraveineuse supérieure à 0,5 mg/kg/h. Par ailleurs, le traitement ne sera poursuivi que si l’amélioration de la douleur et/ou de la qualité de vie atteint au moins 30 %. Une analgésie intrathécale par morphine, bupivacaïne, ropivacaïne, ziconotide, baclofène, clonidine pourra aussi être proposée dans certaines douleurs chroniques réfractaires, cancéreuses ou non.

Douleurs neuropathiques : des guidelines pour 2019

Les experts de la SFETD révisent également les recommandations de prise en charge des douleurs neuropathiques chroniques, les dernières datant de 2010*. « Le nouveau texte qui pourrait être publié en septembre 2019 devrait, à la différence du précédent, prendre en compte tous les traitements y compris les approches complémentaires (hypnose, sophrologie…). Il s’intéresse aussi aux associations de médicaments, aux effets observés en fonction des phénotypes douloureux, ce qui est nouveau », a précisé le Dr Nadine Attal (Hôpital Ambroise Paré, Boulogne-Billancourt, 92). Au vu des nouvelles études, les modifications devraient être notables : « certains médicaments recommandés en première intention en 2010 comme la prégabaline semblent avoir en fait une efficacité modeste, avec 3 essais négatifs sur 4 publiés depuis 2014 ; tandis que d’autres, non recommandés comme l’oxcarbazépine, le lacosamide, les cannabinoïdes, le tapentadol, sont probablement efficaces ».

*Martinez V, et al. Douleurs. Évaluation – Diagnostic – Traitement. 2010 ; 11 : 3-21.

Sources :   D’après les communications de F. Aubrun (Lyon), A. Le Chevalier (Bayeux), N. Attal (Boulogne-Billancourt), dans le cadre du 18 ème congrès national d la Société française d’étude et de traitement de la douleur (Sfetd, Lille 14-16 novembre 2018).

https://www.egora.fr/sites/egora.fr/files/styles/90x66/public/visuels_actus/aiguille_1.jpg?itok=uWbIxR8iCongrès douleur 2018 – La douleur, oubliée des pouvoirs publics

https://www.egora.fr/sites/egora.fr/files/styles/90x66/public/visuels_actus/jeuxvideooo_0.jpg?itok=XFyTK547Congrès douleur 2018 – Jeux thérapeutiques, montre connectée, au service de la lutte contre la douleur

https://www.egora.fr/sites/egora.fr/files/styles/90x66/public/visuels_actus/oldhandssss.jpeg?itok=ezMbK0zZCongrès douleur 2018 – « Ne pas banaliser la douleur du sujet âgé »

https://www.egora.fr/sites/egora.fr/files/styles/90x66/public/visuels_actus/neurologieeee_0.jpeg?itok=VO7hGJNwCongrès douleur 2018 – La stimulation médullaire peu utilisée

 

DURÉE de VIE : Plus dans le cortex que dans le corps… !

Actualités  –  publiée le 8/12/2018 par Équipe de rédaction Santélog

Neuroscience 2018 et Journal of Comparative Neurology

Plus une espèce possède de neurones corticaux, plus elle vit longtemps et peu importe qu'il s'agisse d'un oiseau, d'un primate ou de tout autre mammifère, de sa taille et de sa rapidité à brûler de l'énergie.

Première question posée et réponse apportée par les chercheurs de l’Université Vanderbilt dans leur communiqué : « Pourquoi les humains mettent-ils si longtemps à mûrir par rapport aux autres animaux ? Regardez vos neurones ! ». Leurs travaux, présentés au Congrès Neuroscience 2018 et publiés dans le Journal of Comparative Neurology suggèrent que la durée de vie une fois la maturité sexuelle atteinte, chez l’Homme et les autres espèces à sang chaud, dépend en fait plus du cerveau que du corps. 

Les chercheurs de Nashville concluent ici plus spécifiquement que ce ne sont pas les animaux dont le corps est le plus grand ou le métabolisme le plus lent qui vivent le plus longtemps ; ce sont ceux qui ont le plus de neurones dans le cortex cérébral, et cela quelle que soit la taille du corps. Leur étude plus anthropologique que psychologique estime ainsi à 75%, le « poids » du nombre de neurones présents dans le cortex dabs la variation de la longévité d’une espèce. L’auteur principal, Suzana Herculano-Houzel, professeur agrégé de psychologie et biologie minimise ainsi, avec ces nouvelles données, l’impact de la taille du corps et du métabolisme, deux influences d’ailleurs souvent incohérentes, sur la longévité d’une espèce.

L’étude examine plus de 700 espèces animales à sang chaud issues de la base AnAge, une base de données exhaustives sur la longévité puis compare ces enregistrements avec le nombre de neurones dans le cerveau des différentes espèces. En pratique, par quelle méthodologie ? L’auteur appelle sa méthode d’analyse « la soupe de cerveau ». Cela consiste à prélever du tissu cérébral, à en extraire les cellules, puis en appliquant des étiquettes fluorescentes aux noyaux flottants dans la « solution », à les compter. L’équipe a produit ainsi le premier décompte précis du nombre de neurones dans le cerveau humain, soit environ 86 milliards, ce qui en fait « simplement un cerveau de primates élargi. Et l’analyse de ces décomptes montre que la longévité est associée de manière dose-dépendante au nombre de neurones dans le cortex cérébral.

  • Plus une espèce possède de neurones corticaux, plus elle vit longtemps et peu importe qu’il s’agisse d’un oiseau, d’un primate ou de tout autre mammifère, de sa taille et de sa rapidité à brûler de l’énergie.

Quid des humains ? Si les humains sont parfois considérés comme une exception évolutive caractérisée par une enfance et une période post-ménopausique prolongées, cette recherche s’inscrit en faux : les humains mettent exactement le temps nécessaire pour « mûrir » tel que prédit par ce nouveau modèle basé sur le nombre de neurones corticaux. Et c’est idem pour leur durée de vie à partir de la maturité sexuelle. Ainsi, l’espèce humaine est caractérisée par une enfance et une adolescence extrêmement longues pour permettre l’apprentissage et les interactions sociales. Les nouvelles données montrent que les humains ne sont pas une exception par rapport autres espèces de mammifères en regard de ce modèle de longévité : compte tenu du nombre de neurones dans notre cortex, les humains mettent le temps nécessaire pour atteindre leur maturité sexuelle et vivent bien la durée associée au nombre de leurs neurones corticaux.

Tout cela est décrit comme « logique » : « plus vous avez de neurones dans le cortex, plus il vous faut de temps pour atteindre la maturité sur le plan physiologique, mais aussi sur le plan mental. Un délai qui laisse aux humains ayant plus de neurones corticaux le temps de l’apprentissage notamment par des interactions plus complexes avec leur environnement ».

Donc davantage de neurones corticaux, des vies plus longues mais aussi plus d’opportunités de transmettre à la descendance…Une théorie certes déjà évoquée mais qui s’appuie ici sur un décompte précis des neurones du cortex.

Quel lien entre les neurones du cortex et la longévité ? « Les données suggèrent que les espèces à sang chaud accumulent les dommages au même rythme que leur âge. Mais ce qui nuit à la vie, ce sont les dommages au cortex cérébral plus qu’au reste du corps. Car contrairement au reste du corps, qui renouvelle ses cellules, les neurones corticaux sont censés durer toute la vie. Pour ces scientifiques, au-delà de sa fonction globalement cognitive, le cortex est donc aussi une clé de la longévité. « Le cortex est la partie de notre cerveau capable de rendre notre comportement complexe et flexible, il donne également à notre corps une adaptabilité, car il apprend à réagir au stress et à le précéder. S’il est essentiel de maintenir des fonctions physiologiques en bonne santé, il est tout aussi essentiel de ressentir, d’analyser et de prévoir, un ensemble de fonctions cognitives déterminantes pour la longévité ».

En pratique, quelles implications ? Le vieillissement commence lorsque les humains et autres espèces atteignent l’adolescence, et il devient alors impossible de récupérer (ou presque) des neurones.

Prendre soin de son esprit et de la santé de ces neurones corticaux, en adhérant à un mode de vie sain par exemple, est donc « le meilleur moyen de vivre longtemps et en bonne santé ».

Source : Journal of Comparative Neurology 23 October 2018 DOI : 10.1002/cne.24564 Longevity and sexual maturity vary across species with number of cortical neurons, and humans are no exception et Neuroscience 2018 30-Oct-2018 Lifespan and sexual maturity depends on your brain more than your body

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